Mercredi, 8 février 2023
• • •
    Publicité

    Entrevue avec Maryam Touzani, sur son film «Le Bleu du Caftan»

    Avec Le Bleu du Caftan, présenté en novembre à image+nation, Maryam Touzani signe un film sur l’amour et la liberté, celle d’être qui on est, et d’aimer qui l’on veut aimer.

    Halim et Mina, la petite cinquantaine, vivent dans la médina de Salé où ils tiennent un magasin de confection de Caftans. Depuis vingt-cinq ans, Halim s’occupe de la couture, pour laquelle il ressent une véritable passion, tandis que Mina s’occupe des clientes. 

    Mais derrière les apparences, Halim cache une lourde vérité, celle d’une homosexualité qu’il vit dans l’ombre. Mina, qui est une femme extrêmement sensible, a commencé à s’en rendre compte au fil des années. Pourtant, elle a fait semblant de ne rien voir et a fait le choix de partager sa vie avec un homme qui l’aimait et qu’elle aimait, mais autrement.

    L’arrivée de Youssef, un jeune apprenti qui cherche un travail, va tout bousculer. Halim se sent immédiatement attiré par le jeune homme et essaye d’étouffer comme il le peut ses sentiments, se renfermant davantage dans son travail. Pendant ce temps, Mina, qui a fait une rechute suite à un cancer du sein, voit son état de santé se détériorer.

    Au fur et à mesure que sa maladie progresse, Mina remet en question ses propres appréhensions, défiant les limites de l’amour tel qu’elle l’avait imaginé, transcendant ses propres peurs et redéfinissant la foi religieuse qui la caractérise. Car elle ressent l’urgence, avant de partir, de faire en sorte que l’homme qu’elle aime n’ait plus peur, n’ait plus honte, de qui il est vraiment.


    Voici un court échange que nous avons eu avec la réalisatrice, Maryam Touzani.

    Racontez-nous la genèse de ce film.
    Maryam Touzani : Pendant les repérages de mon précédent film, j’ai fait une rencontre dans la médina de Salé (au Maroc) avec un homme qui tenait un salon de coiffure pour dames. J’ai ressenti quelque chose de l’ordre du non-dit dans sa vie, quelque chose d’étouffé par rapport à qui il était dans son for intérieur, et qui il essayait d’être face au monde, en raison de son milieu très conservateur. Je me suis retrouvée à imaginer sa vie. Les mois ont passé, et il était toujours là, refaisant surface de temps à autre dans mes pensées. 

    J’ai imaginé ce que c’était que d’être dans la peau d’un tel homme, d’être constamment en lutte, de vivre toute une vie dans la contradiction et trop souvent dans la honte. Ce que c’était que d’être l’épouse de cet homme-là, de mener une existence parsemée de doutes, de vivre dans l’insatisfaction, ou même dans la culpabilité… Et presque toujours, dans le non-dit, si lourd à porter, si dur à briser.

    Dans une société, comme le Maroc, qui peut être très conservatrice, cela demande un courage démesuré de réussir à affronter une telle vérité que son attirance pour une personne de notre sexe…
    Maryam Touzani : Oui… et cette vérité, j’ai eu besoin de l’entendre, de m’y confronter. J’ai donc cherché à échanger avec des personnes qui la connaissaient. Au fur à mesure de mes rencontres, le désir est devenu de plus en plus fort, de parler de ces hommes et de ces femmes qui s’effacent où qu’on efface.
     
    Quelques mots sur les interprètes ?
    Maryam Touzani : J’avais déjà travaillé sur le tournage d’Adam (son précédent film) avec Lubna Azabal, et je savais de quoi elle était faite, je savais qu’elle allait comprendre et aimer véritablement Mina. En écrivant Le Bleu du Caftan, j’avais son visage en tête, certainement parce qu’elle a cette même force de caractère que Mina. Avec du recul, je pense qu’elle a inconsciemment influencé mon écriture. Le tournage a été très dur pour elle : pendant que Mina perdait la vie, Lubna a découvert que son père était gravement malade. Lubna a eu un courage extraordinaire de vivre en parallèle l’agonie de son personnage et la fin de vie de son père. C’était très dur, mais il y avait une forme de poésie dans cette situation, comme si elle accompagnait son père à distance, comme si elle vivait la mort avec lui. 

    Quand Saleh Bakri a lu le scénario, il est tombé amoureux du personnage de Halim. Il a compris quelles étaient ses déchirures, à quel point il était beau, à quel point il avait des choses à dire au monde.  Des choses qu’il avait, lui aussi en tant qu’artiste, envie de défendre. Pour interpréter un personnage homosexuel tel que Halim, dans le monde arabe, il faut beaucoup de courage. 

    Ayoub Missioui, tout comme Saleh, a fait preuve du même courage. Youssef, le personnage qu’il interprète, est son premier rôle au cinéma. Face à l’incertitude des réactions que le film pourrait susciter au Maroc, il s’est montré totalement investi. J’ai senti très vite qu’il avait la maturité pour le comprendre, qu’il aimait le personnage, et qu’il avait la sensibilité et le talent pour porter et défendre ce rôle.

    PAR CHARLOTTE PAVARD

    INFOS | Ce film de Maryam Touzani sera présenté dans le cadre de la 35e édition du festival image+nation.

    PROJECTION en salle seulement au Cinéma IMPÉRIAL, 19 NOVEMBRE 2022, à 21H

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Actualités

    Les plus consultés cette semaine

    Publicité