Samedi, 26 novembre 2022
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    Entrevue avec Marion Desseigne-Ravel sur son film «Les meilleures»

    Il s’agit de l’histoire d’amour contrariée entre deux jeunes filles qui habitent la banlieue et appartiennent à deux bandes rivales. Un projet séduisant et un peu casse-gueule tant il est délicat de filmer les émotions irrésistibles, les amours naissantes, empêchées, attaquées par le reste de la société. Les meilleures aborde avec franchise et tendresse les thèmes de la diversité, des classes populaires et de l’homosexualité, dans une histoire d’amour lyrique et réaliste, pleine de rage et de ferveur.

    Marion Desseigne-Ravel a répondu à cinq de nos questions.

    Les meilleures est votre premier long métrage. Portiez-vous cette histoire en vous depuis longtemps ?
    Marion Desseigne-Ravel : Quand je suis arrivée à Paris pour faire la FEMIS [une prestigieuse école de cinéma], j’ai trouvé un appartement dans un quartier populaire. En bas de chez moi se trouvait une association qui faisait du soutien scolaire et j’ai tout de suite eu envie d’y aller voir, de rencontrer ces jeunes. Je me suis retrouvée bénévole pour l’aide aux devoirs et certains samedis nous tournions de petits courts métrages dans le cadre d’un atelier cinéma.

    C’était l’époque du « mariage pour tous ». On en parlait partout et les manifestants anti-mariage avaient eu cette étrange idée de venir tracter à Barbès, pensant que les musulmans du quartier allaient rejoindre les catholiques du 16e arrondissement. Ça n’a pas marché, mais les ados de l’association ont débarqué un jour et m’ont prise à partie sur la question de l’homosexualité. J’étais en couple avec une femme et je le leur ai dit. Ça a ouvert un espace de dialogue entre nous. Leurs questions m’ont secouée et bouleversée.

    Tout cela a fait naitre l’envie de raconter une histoire d’amour entre deux jeunes femmes maghrébines dans un quartier populaire. En préparant le film, je me suis rendu compte que quasiment rien n’avait été fait sur le sujet, qu’il y avait là comme un angle mort… Le film m’a paru d’autant plus nécessaire.

    Comment avez-vous dessiné les personnages centraux de Nedjma et Zina ?
    Marion Desseigne-Ravel : Pour Nedjma, ce fut assez évident : j’ai beaucoup pensé à des filles que j’ai côtoyées lorsque j’étais adolescente. Je lui ai aussi donné […] l’énergie que j’avais à cet âge-là. Ce qui m’intéressait chez elle, c’était ce mélange de brutalité en surface et de tendresse camouflée. Nedjma a quelque chose de désarmant, une sensibilité à fleur de peau qu’elle essaie de cacher.

    J’ai écrit le personnage de Zina à contre-courant de celui de Nedjma, afin qu’elles se situent à deux pôles opposés dans le film. Je me disais que Zina allait apporter à Nedjma tout ce qu’elle ne s’autorise pas à montrer […], notamment sa tendresse. Si au début du film Nedjma suit la loi du quartier, Zina est à l’inverse celle qui se place en marge. Zina possède davantage de liberté d’esprit et c’est aussi ce qu’elle va offrir à Nedjma.

    Votre film alterne des séquences d’altercations et de tendresse. Comment les avez-vous chorégraphiées ?
    Marion Desseigne-Ravel : J’ai eu un vrai plaisir à chorégraphier les séquences d’affrontements, que j’avais envisagées comme des danses. […] J’aime cette idée que les corps se touchent et se manipulent. J’avais aussi envie de montrer que la violence n’est pas l’apanage des garçons et qu’elle existe aussi chez les jeunes femmes. Je ne voulais pas l’édulcorer. J’avais envie de montrer un monde dur avec des personnages tendres au fond d’eux.

    La cousine de Zina, par exemple, interprétée par Laetitia Kerfa, a quelque chose de très agressif de prime abord, mais c’est pourtant elle qui aura les mots les plus bienveillants et aidants envers Nedjma. C’est elle qui témoigne de la plus grande ouverture d’esprit et de la plus grande maturité.

    Deux séquences mettent en scène avec beaucoup de nuances la question du rejet de l’homosexualité : celle entre Nedjma et sa copine, et celle entre Nedjma et sa mère…
    Marion Desseigne-Ravel : Je tiens beaucoup à ces deux scènes, qui me permettent d’aller voir derrière la surface des choses. Dans le rejet de Samar envers Nedjma, il y a sans doute du dégoût relatif à son homosexualité, mais c’est surtout du dépit qu’elle exprime en lui reprochant de ne pas s’être confiée.

    En vivant son histoire d’amour « en cachette », Nedjma a, en quelque sorte, trahi les codes de leur amitié. De la même manière, sa mère n’est jamais directement homophobe. C’est juste qu’elle n’a jamais envisagé l’éventuelle homosexualité de sa fille. Cette présomption d’hétérosexualité est quelque chose de très douloureux à vivre quand on est homosexuel.le.

    Pourquoi ce titre, Les meilleures ?
    Marion Desseigne-Ravel : C’était un tic de langage des ados avec lesquels j’ai travaillé, elles s’appelaient toujours comme ça : « les meilleures », « ma meilleure ». Les dialogues ont changé au cours du tournage et cette expression ne figure plus dans le film, mais j’ai eu envie de garder ce titre. J’avais envie d’un titre lumineux, qui porte en lui une note d’espoir.

    PAR Anne-Marie Cieutat

    INFOS | Ce film de Marion Desseigne-Ravel sera présenté dans le cadre de la 35e édition du festival image+nation. PROJECTION en salle seulement au Cinéma IMPÉRIAL, 26 NOVEMBRE 2022, à 19H

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