Samedi, 22 juin 2024
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    L’Affaire Arnaud Dubé : ça suffit de tolérer l’homophobie en milieu sportif

    De récentes révélations du Bureau d’enquête du Journal de Montréal concernant les violences physiques et homophobes d’un entraîneur de hockey M18 AAA, Arnaud Dubé, ont amené ce dernier à démissionner brièvement de son poste… qu’il a rapidement réintégré. 

    Ce retour en poste n’est pas étranger à la lettre de soutien rédigée par les membres de son équipe, les Élites de Jonquière. Les signataires justifient publiquement leur démarche en soutenant n’avoir subi aucune violence physique ou psychologique de la part de M. Dubé depuis sa sanction.

    Tant mieux pour vous.

    Problématique sociétale
    Or, l’enjeu des violences de M. Dubé ne s’arrête pas aux joueurs immédiatement placés sous sa supervision, dans la mesure où ses fautes s’inscrivent dans un problème sociétal bien plus large, trop longtemps banalisé. L’homophobie dans les sports masculins, le hockey en particulier, est extrêmement bien documentée, dans les médias comme dans la littérature scientifique. Les athlètes ouvertement homosexuels sont rares dans le hockey, le football, le basketball ou le soccer pour une raison simple. Ils évoluent dans des environnements hostiles, dans lesquels ils sont la proie de harcèlement psychologique, d’humiliations sexuelles et, à terme, d’ostracisme.

    Combien d’homosexuels n’ont jamais pu évoluer dans une équipe sportive parce qu’ils se sont butés à des cultures intolérantes relayées par les commentaires de l’entraîneur? Dans ce dossier, les homosexuels forment une catégorie de parties prenantes très importante, ayant des revendications légitimes et urgentes. Ces doléances doivent être considérées dans le processus de sanction et de réhabilitation de l’entraîneur.

    La punition!
    À cet effet, la punition initiale de M. Dubé est au mieux maladroite, au point où il aurait peut-être été plus approprié de le convoquer directement devant la Commission des droits de la personne. La réhabilitation de l’entraîneur aurait été socialement plus acceptable s’il avait été soumis à une sanction plus costaude qu’une risible formation de trois à cinq heures.

    Du point de vue de la légitimité procédurale, une formation à peine suffisante pour visionner un documentaire comme Franchir la ligne (2019) envoie un très contre-productif signal de banalisation des violences. Par son laxisme, le Comité de protection de l’intégrité a donc une coresponsabilité dans le dérapage de ce dossier. En réaction, la ministre responsable du Sport, Isabelle Charest, a signalé son intention de renforcer les mécanismes du Comité, ce qui mérite d’être encouragé.

    Chers hockeyeurs, sachez que nous nous dirigeons progressivement vers un modèle sportif civique qui rompt avec la détestable culture Slap shot. Nous ne tolérons plus les initiations sexuellement violentes, pas plus que les insultes racistes. La lutte contre l’homophobie est une importante pierre de cet édifice. Compte tenu du défi, la résolution de ce problème haineux nécessitera des changements structurels et culturels allant bien au-delà des solutions cosmétiques et de vos intérêts immédiats.

    Souhaitons que les tribulations de M. Dubé servent d’avertissement à tous ceux qui seraient tentés de minimiser la gravité de l’homophobie en milieu sportif. L’enjeu sociétal consiste dorénavant à déterminer en quoi consistent une sanction juste et un processus de réhabilitation approprié pour les fautifs.

    Benoit Genest, Doctorant, Stratégie, responsabilité sociale et environnementale, École des sciences de la gestion, UQAM

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