Mercredi, 12 juin 2024
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    Héros de notre histoire, Claude Gosselin

    Détenteur d’un baccalauréat spécialisé en recherches culturelles et histoire de l’art, à l’Université du Québec à Montréal, Claude Gosselin est surtout connu pour son apport dynamique et novateur dans le domaine des arts visuels.
     
    Critique d’art au journal Le Devoir durant quelque temps, il œuvrera au fil des ans à titre d’agent des arts au Service des bourses pour artistes, au Conseil des arts du Canada ; de responsable des expositions temporaires au Musée d’art contemporain de Montréal ; de conférencier, comme au
    Colloque annuel de l’organisme L’Art et la Ville en 2003 ; et de commissaire invité de plusieurs événements, dont : Vent et Eau pour le compte de la Corporation Québec 1984, commémorant l’arrivée de Jacques Cartier au Canada, ainsi que Arts Le Havre 2006, la première biennale d’art
    contemporain du Havre, en France.

    En 1983, il pose un geste déterminant en créant le Centre international d’art contemporain de Montréal (CIAC) dont le mandat est de produire et de diffuser des événements en arts visuels. Parmi eux, les Cent jours d’art contemporain de Montréal dont l’exposition annuelle offre aux artistes une « structure professionnelle intermédiaire entre le musée et la galerie 1 ». En effet, selon Claude Gosselin : « Exposer dans des lieux non finis, non muséographiés, fait ressortir l’œuvre. [L’œil] ne se dirige pas vers la qualité du fini, les belles rampes en cuivre, l’éclairage. Il n’y a rien d’autre à regarder que l’œuvre et l’espace 2. » En faisant se côtoyer les créations d’artistes québécois, canadiens et étrangers, l’événement deviendra un outil de diffusion de l’art actuel sans équivalent au Québec et au Canada — tout comme le sera La Biennale de Montréal qu’il fonde et dirige de 1998 à 2012.

    En parallèle à ces initiatives sur la scène artistique, Claude Gosselin s’implique activement auprès de la communauté gaie, entre autres comme membre fondateur du Front de libération homosexuel (FLH), le premier regroupement gay francophone au pays. Il en relate les débuts épiques. « Arrivé à Montréal en septembre 1968, rappelle-t-il, je frayais alors avec les gens de la revue Mainmise et des étudiants de l’École des beaux-arts de Montréal. À partir de l’été 1971, avec des amis et connaissances nous nous réunissions et discutions d’actions à entreprendre afin de faire connaître l’homosexualité. Nous avons ouvert un local sur la rue Saint-Denis et les premiers mois ont été quelque peu difficiles. Il fallait tout inventer : préciser des buts et des objectifs, trouver du financement et faire du recrutement. L’année suivante, nous avons aménagé dans un nouvel espace situé au 279, rue Sainte-Catherine Est. Comme il fallait trouver des sous, une danse a été organisée le 17 juin. On ne sait trop comment la Police de Montréal a su que de l’alcool était vendu sans permis. Elle a donc utilisé ce prétexte pour y faire une descente et arrêter une quarantaine d’individus, dont je suis. Emmenés au Poste de Police de la rue Bonsecours, on a dû décliner notre identité et se faire prendre en photo. Après une nuit sous les verrous, on nous a relâché le matin, sans suite. Cet incident a eu un effet dévastateur sur l’exécutif et les membres du FLH. Plusieurs ont craint des répercutions sur leurs vies familiale et professionnelle, se demandant s’ils auraient un casier judiciaire ? Tous se sont faits discrets par la suite, le local a été abandonné, et finalement le FLH a été dissous peu après 3. »

    Fort de son expertise et de son expérience dans le secteur des arts, Claude Gosselin met sur pied en 2017 l’exposition Cabinets de curiosités LGBTQ+, « traitant de la tolérance et de l’ouverture à l’égard de la diversité sexuelle : des vitrines sympathiques racontant des tranches de vie d’individus et de collectifs liés aux sexualités LGBTQ+. Le public est invité à ouvrir les tiroirs des cabinets pour y découvrir des œuvres, des artefacts, des documents d’archives d’organismes communautaires, des photos, des publications et des témoignages personnels 4. »

    En 2019, en partenariat avec Fierté Montréal et appuyé par le cocommissaire André Dudemaine du festival Présence autochtone, il réalise l’événement Les bispirituels chez les peuples autochtones, regroupant des œuvres d’artistes, des performances, des films et des conférences. Selon Albert McLeod, codirecteur du Two-Spirited People of Manitoba, « l’identité bispirituelle est portée par des individus qui assument des rôles et qui ont des attributs et des attitudes multigenrés pour des raisons personnelles, spirituelles, culturelles, cérémoniales ou sociales 5. » Septuagénaire proactif et déterminé, toujours à l’affut des besoins, du mieux-être et de l’essor de ses pairs, Claude Gosselin agit à titre de fier gouverneur de la Fondation Émergence, un organisme essentiel pour les communautés LGBTQI+ dont il endosse totalement la mission. De même, il a rédigé un vibrant plaidoyer publié dans Le Devoir afin que l’ancienne École des beaux-arts de Montréal abrite la Fondation Jean Paul Riopelle, affirmant que retourner ce bâtiment exceptionnel « au milieu des arts visuels serait le rendre à son activité première et constituerait un juste retour des choses 6. » Il a également proposé au gouvernement du Québec que la bâtisse soit reconnue comme Espace Bleu pour y faire la promotion des artistes et des architectes émérites du Québec. Au moment d’écrire ces lignes, il travaille — depuis le décès inattendu de Jeanne Renaud —, à finaliser l’événement Cartographie des Automatistes, tout en préparant l’exposition Yves Navarre, Stephen Schofield et Michel Daigneault : Écrits et dessins, qui sera présentée en collaboration avec les Archives gaies du Québec en 2023. « On ne chôme pas », tel qu’il le dit lui-même…7

    Un parcours unique et exceptionnel qui lui a valu de nombreux prix et distinctions, notamment le Prix Carrière de la Société des musées québécois (1986), le Prix Louis-Philippe-Hébert pour les arts visuels de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (1987), le Prix du Gouverneur général du Canada en arts visuels et médiatiques (2005), et le Prix Reconnaissance UQAM (2009). Il a été reçu Membre de l’Ordre du Canada en 2006.

    Notes

    1. Jérôme Delgado, « Claude Gosselin, l’homme des Cents jours et des mille projets, est toujours là », Le Devoir, 10 novembre 2018.
    2. Ibid.
    3. Courriel, 19 septembre 2022.
    4. http://ciac.ca/cabinets-de-curiosites-lgbtq. Consulté le 19 septembre 2022.
    5. http://ciac.ca/les-bispirituels-exposition. Consulté le 19 septembre 2022.
    6. Claude Gosselin, « L’École des beaux-arts de Montréal pour la Fondation
      Jean Paul Riopelle », Le Devoir, 18 février 2021.
    7. Courriel, 18 septembre 2022.

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