Destination-phare historique chez les membres des communautés LGBTQ+, Miami Beach est une terre d’accueil pour les adeptes de rayons UV, de boissons alcoolisées et d’excellents DJ. La ville offre un terrain de jeu touristique bien garni aux voyageurs de mon espèce en quête de sable blanc et de vitamine D. J’y ai donc planifié l’automne dernier une escapade hivernale comme je les aime afin de couper la saison froide, le temps de me réchauffer les fesses au soleil.
C’était avant la tempête politico-économique sans précédent que l’on vit actuellement. Entre le moment de planifier ce voyage et le jour du décollage, les choses se sont envenimées entre les États-Unis et le Canada. J’avais d’abord pour objectif de vous proposer une liste des meilleurs endroits à visiter à Miami Beach, comme je l’ai fait pour la Riviera Maya et Puerto Vallarta. Cependant, compte tenu du contexte actuel très tendu, suggérer aux lecteurs et aux lectrices de ce magazine d’aller se dorer la pilule en Floride comme si de rien n’était, sur le ton jovial qui me caractérise, relèverait d’une déconnexion totale avec la réalité et avec le sentiment d’indignation des Québécois.
Ce serait aussi une inconscience totale de la déception des personnes issues de la diversité envers la situation sociale américaine. En effet, les récentes attaques en règle de l’extrême droite américaine contre les communautés LGBTQ+ et contre l’économie canadienne se traduisent actuellement par une dégradation historique des droits et libertés des résidents des États-Unis et par une baisse historique du taux de change pour les touristes du Canada.
Dans ce contexte, il m’est impossible en toute conscience de recommander aux voyageurs et voyageuses canadien.ne.s de choisir la Floride pour leurs vacances en ce moment. Le tourisme n’est pas un acte passif, c’est un choix délibéré d’ouverture à une culture d’accueil et de soutien économique à un pays hôte, je vous encourage donc à faire un choix alternatif durable et éclairé pour votre prochaine escapade.
Cela dit, l’expérience particulière vécue cette semaine en terre étasunienne dans le climat actuel mérite d’être documentée et les attraits touristiques enviables dont regorge Miami demeureront bien au-delà de la présente crise. J’ai donc choisi tout de même de publier ce texte afin d’outiller les personnes qui retourneront à Miami une fois le contexte actuel dissipé et de leur proposer des destinations de rechange d’ici là.
En plus des habituels conseils de voyage et d’une liste des meilleurs endroits à voir à Miami, je vous propose donc de découvrir ici plusieurs destinations de rechange qu’il est plus responsable de visiter en ce moment et qui sont tout aussi exaltantes (sinon plus) que la Floride.
Bon voyage, où que vous alliez !
Comment se rendre à Miami : FLL ou MIA ?
Pour les vols directs en provenance de Montréal, deux options s’offrent à nous : l’aéroport de Miami (MIA) ou l’aéroport de Fort Lauderdale-Hollywood (FLL). Il est souvent possible de dénicher un vol pour la modique somme de 350 $ en choisissant d’atterrir à Fort Lauderdale. Puisqu’il faut parcourir quelque 45 km deux fois pour aller et venir entre l’aéroport de Fort Lauderdale et Miami Beach, les économies effectuées en choisissant d’atterrir plus loin n’en valent pas toujours la peine. Il est donc prudent de tenir compte du transport terrestre avant d’acheter son billet d’avion.
En ce moment, la Martinique constitue une excellente alternative francophone à Miami pour ceux et celles qui cherchent des vols directs accessibles vers le sable chaud à partir de YUL.
Où se loger à Miami ?
Pour les personnes qui ne sont pas familières avec le sud de la Floride et qui se demandent où loger à Miami, démêlons les cartes. La plupart des gens qui disent visiter Miami se rendent en fait à la ville de Miami Beach. En effet, Miami se situe sur la portion « continentale » de la Floride et comprend plusieurs quartiers incontournables, dont le centre-ville financier, Brickell, Wynwood et la Petite Havane. De son côté, Miami Beach est située sur une petite île accessible uniquement par ses ponts. On y retrouve des plages à l’infini, une ambiance de fiesta jour et nuit, plus de restaurants et de bars qu’il soit possible de compter, ainsi que la spectaculaire architecture de style Art déco qui fait la renommée mondiale de la ville. Tout y est accessible à pied et les rues sont structurées en quadrillage, ce qui fait qu’il est impossible de s’y perdre. Pour ces raisons, il est préférable de séjourner à Miami Beach plutôt qu’à Miami. La portion sud de l’île, South Beach, et son iconique avenue Ocean Drive se situent entre la 15e et la 1re rue, on peut donc louer un hôtel ou un appartement dans ce secteur pour être au cœur de l’action.
Les touristes LGBTQ+ qui cherchent en ce moment une île isolée où faire la fête peuvent se tourner vers Mykonos, en Grèce, ou Ibiza, dans les îles Baléares, qui sont sécuritaires, accessibles et ouvertes à la diversité.

Où entreposer ses bagages à Miami ?
La majorité des établissements d’hébergement accueillent leurs invité.e.s à partir de la fin de l’après-midi. Les personnes qui ne séjournent pas dans un hôtel doivent donc trimballer leurs bagages toute la journée. Pour régler ce problème, Luggage Lounge offre un service d’entreposage de bagages sympathique et sécuritaire à très petit prix (entre 6 $ US et 10 $ US par valise). Une pièce pour se changer y est aussi disponible et il n’est pas nécessaire d’effectuer de réservation à l’avance.
Hablan español ?
Pour les hispanophiles, Miami est une destination tout indiquée. En effet, quelque 70 % de la population de Miami est d’origine latino-américaine et 66 % de ses habitant.e.s parlent uniquement l’espagnol à la maison. Il faut donc savoir se débrouiller dans la langue de Cervantes pour prendre un taxi ou une margarita parce qu’on s’adressera d’abord à vous en espagnol, puis (possiblement) en anglais. Si vous ne savez pas encore dire la cuenta porfa ou ¿dondé está la playa?, il faut s’y mettre avant de partir !
Pour pratiquer son espagnol, on peut opter pour un séjour au Mexique, à Cuba ou encore partir à l’aventure autour de la péninsule ibérique. ¡Ándale !
Taux de change, prix et pourboires
Je suis arrivé à Miami le jour où les États-Unis ont annoncé l’imposition de tarifs douaniers de 25 % au Canada. Résultat : un taux de change à son plus bas niveau en 10 ans, soit environ 0,66 $ CA pour 1 $ US. Le seul moment où le taux de change a été aussi bas est à la suite du 11 septembre 2001. That’s how bad it is. Additionnez à ceci l’inflation postpandémique et vous vous retrouvez avec des bouteilles de Corona à 9,25 $ US (13,25 $ CA) au Palace Bar ou des coupes de Pinot Grigio à 16 $ US (22,93 $ CA) chez Españolita. Pour couronner le tout, plusieurs restaurants incluent maintenant 20 % de pourboire obligatoire sur la facture, ce qui vous amène à débourser quelque 40 $ CA de pourboire obligatoire pour une bouteille de vin et deux repas sur Ocean Drive. Il faut par ailleurs être très attentif parce que certains serveurs sans scrupule tenteront de camoufler ce détail et vous inviteront à ajouter un pourboire additionnel en surplus au pourboire obligatoire.
Au moment d’écrire ces lignes, le dollar américain coûte environ le même prix que l’euro. Il est donc actuellement plus intéressant d’aller se délecter de riche cuisine du Portugal, par exemple, où vos sorties seront beaucoup plus savoureuses et nettement moins onéreuses qu’en Floride. Si ce sont les plages et l’architecture qui vous attirent à Miami Beach, pensez plutôt à visiter Valence, l’une des destinations les plus esthétiques, dynamiques et ouvertes aux communautés LGBTQ+ de la Méditerranée.
Quoi faire à Miami Beach ?
Si vous désirez prendre un bain de soleil, mais que voulez éviter la plage, Miami Beach regorge de day clubs haut de gamme qui vous permettront de vous prélasser sur le bord de la piscine, sur un lit douillet avec un (ou plusieurs) cocktail à la main au son des meilleurs DJ. L’une des adresses les plus réputées est sans contredit le Hyde Beach, niché dans l’élégant hôtel SLS South Beach. Dessiné par Philipe Starck, le club propose une nourriture de qualité et de savoureux cocktails artistiques (je recommande la margarita épicée à la pastèque ou le Mule mexicain aux mûres). Entre deux shots de crème solaire, vous profiterez d’un traitement de luxe et d’une ambiance survoltée, le tout en maillot de bain, mesdames et messieurs. J’ai eu la chance de discuter avec Tyler Newell, directeur régional du marketing et du nightlife de l’établissement, qui m’a confié que des DJ de renom comme Fatboy Slim, James Hype et Marshmello sont régulièrement de passage. Cette petite oasis au bord de la mer méritera donc d’être ajoutée à une future bucket list.
Pour les touristes ayant l’habitude des day club, l’ambiance et l’excellent service du Hyde Beach rappellent l’expérience de haut niveau que l’on retrouve au Cenit Hotel ou au Ocean Beach d’Ibiza, ainsi qu’au Fives Downtown ou au Reef 28 de Playa del Carmen.

Où sortir à Miami Beach ?
Le Palace Bar et le Twist sont probablement les bars destinés à la communauté LGBTQ+ les plus connus à Miami Beach, et avec raison. Commencez votre soirée sur la terrasse du Palace, devant la plage, où les drags vous divertiront toute la soirée pendant que vous dégustez votre repas. Chapeau bien bas à l’hôtesse Tiffany Fantasia, qui anime au Palace depuis 21 ans et que j’ai eu la chance de voir performer à six reprises depuis 2011. À un coin de rue du Palace se trouve la légendaire boîte de nuit Twist, qui propose un véritable labyrinthe de bars, de pistes de danse et de terrasses sur deux étages. On n’y charge aucun cover et l’ambiance est assurée par diverses drags qui vous divertiront en español.
La Zona Romantica de Puerto Vallarta offre une multitude de shows de drags spectaculaires, de diner clubs déjantés et de boîtes de nuit plus éclatées les unes que les autres, on peut donc choisir la côte ouest du Mexique pour éviter la Floride en ce moment.
Où manger à Miami Beach ?
Si vous avez davantage envie de people watching que de queens qui font la split entre deux frites, direction Taco Taco, sur Collins, qui propose un superbe menu mexicain, ainsi que d’excellents DJ. En couple, on choisira la magnifique Española Way, qui offre une multitude de terrasses avec musique, spectacles et menus variés.
Cette charmante petite rue gastronomique n’est pas sans rappeler la Calle de Blai, où l’on retrouve les meilleurs tapas de Barcelone, que je vous recommande.
Et Miami dans tout ça ?
Ce serait une grave erreur de passer ses vacances à Miami Beach sans traverser le pont au moins une fois jusqu’à Miami pour une journée sur le continent avec les locaux. Wynwood, le quartier artistique par excellence avec ses murales et ses bars de quartier, est probablement un cousin lointain de la légendaire Camden Town de Londres. Pour bruncher, je recommande le Pastis, pour dîner ou souper, la terrasse extérieure du 1800, Lucky. Pour sortir, le Willy’s propose à la clientèle LGBTQ+ une foule d’événements des plus colorés.
Brickell, tout près du centre-ville, est l’un des quartiers les plus en vue de Miami, et les plus ignorés des visiteurs et visiteuses. Pour le shopping, le tout nouveau Brickell City Center propose une expérience unique où le design urbain donne l’impression de vous faire visiter une ville dans un centre commercial. Pour manger, on réserve à la terrasse sur le toit du Dolores but you can call me Lolita.
Logé dans une ancienne caserne de pompier, ce bijou fréquenté majoritairement par les locaux et les professionnels du centre-ville vous offre une vue à couper le souffle sur les gratte-ciels de Miami, ainsi qu’un service amical et un menu de très (très) haute qualité. Pour la mixité entre le design ultramoderne, la gastronomie et l’ambiance festive, les secteurs de Barangaroo et Darling Harbour, à Sydney, proposent une expérience inégalée qui saura plaire à tout coup.
Finalement, un détour par Miami n’est pas complet sans un arrêt dans la petite Havane. Comme son nom l’indique, ce quartier donne l’impression de se retrouver dans une version américanisée de la capitale cubaine. Pour avoir visité La Havane à deux reprises, l’expérience n’est pas nécessairement authentique (sauf pour les poulets en liberté qui déambulent dans les rues !). Toutefois, l’immersion espagnole est complète, l’accueil est chaleureux et les cocktails sont délicieux. En effet, plusieurs terrasses proposent des Mojito Happy Hour accompagnés de groupes musicaux, qui justifient à eux seuls la visite de ce quartier.
* Si l’on recherche une ville dans une ville ou une culture dans une culture, on peut se tourner du côté de la Little India, à Singapour, qui vous plonge en plein cœur de l’Inde le temps d’un verre ou d’un repas.