C’est une première pour une cause LGBTQI+ : une pétition citoyenne européenne visant à interdire les « thérapies de conversion » a franchi le cap du million de signatures, forçant la Commission européenne à y répondre. À l’origine de cette initiative, l’étudiant en relations internationales Mattéo Garguilo, co-président de l’association Against Conversion Therapy (ACT), revient sur cette campagne d’ampleur.
1,2 million de signatures, dont la moitié en France
Lancée dans le cadre de l’Initiative citoyenne européenne (ICE), la pétition demande l’interdiction à l’échelle de l’UE des pratiques prétendant « guérir » l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Le dispositif, en vigueur depuis 2012, permet à des citoyen·ne·s de proposer à la Commission européenne de légiférer, à condition de réunir un million de signatures dans au moins sept pays. Si elle est tenue d’y répondre, la Commission n’est toutefois pas obligée d’agir. À ce jour, aucune ICE sur les droits LGBTQI+ n’avait atteint ce seuil.
Avec 1 245 822 signatures, dont plus de la moitié issues de France, la campagne menée par ACT entre désormais dans la phase de validation. Chaque pays doit vérifier les signatures selon ses propres règles. Ironie du sort, en France, cette tâche revient au ministère de l’Intérieur dirigé par Bruno Retailleau — qui s’était opposé à une loi nationale interdisant ces pratiques en 2022.
Une idée née d’un échange entre étudiant·e·s
C’est en 2021, lors des débats parlementaires en France sur les « thérapies de conversion », que Mattéo Garguilo découvre le mécanisme de l’ICE. Mais ce n’est qu’en 2023, après une discussion avec un camarade italien à Sciences Po Lyon, que l’idée prend forme. Ensemble, ils créent ACT et déposent officiellement l’initiative à Bruxelles. Les débuts sont difficiles, notamment en Europe de l’Est, où les associations locales sont confrontées à des urgences plus vitales. Mais peu à peu, l’initiative prend de l’ampleur et rallie des soutiens en Irlande, en Finlande, et au-delà.
Une accélération spectaculaire en fin de course
Longtemps plafonnée à 250 000 signatures, la pétition connaît une envolée dans les dernières semaines grâce à une campagne virale sur les réseaux sociaux, orchestrée notamment par Le Coin des LGBT. Le soutien public de personnalités comme Hoshi, Angèle, et de figures politiques comme Gabriel Attal ou Emmanuel Macron donne une visibilité décisive à la mobilisation. La réaction en chaîne atteint même la Slovénie, où le Premier ministre relaie la pétition après le tweet de Macron.
Et maintenant ?
La Commission européenne a neuf mois pour donner une réponse officielle. Mattéo Garguilo espère qu’elle ira au-delà d’un simple avis : « Nous attendons une directive ou, mieux, une modification des traités pour classer ces pratiques parmi les crimes européens. » L’enjeu est d’autant plus crucial que l’UE doit annoncer sa prochaine stratégie contre les LGBTphobies pour 2026-2030. Si la pétition ne garantit pas une loi, elle constitue une pression politique inédite.

