Jeudi, 22 janvier 2026
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    L’association des résidents du Village, plus de logements sociaux en vue de régler la problématique de l’itinérance

    En 2024, la mairesse Valérie Plante demandait à Office de consultation publique de Montréal (OCPM) de sonder les citoyen.ne.s sur la problématique de l’itinérance et ses nombreuses conséquences. Le 10  juillet dernier, l’OCPM publiait son rapport Itinérance et cohabitation sociale à Montréal, un rapport de 300 pages. L’Association citoyenne du Village de Montréal (ACVMtl) participait aux audiences en présentant son propre mémoire. L’ACVMtl plaide pour le logement social et supervisé pour régler la question de l’itinérance. Par ailleurs, l’Association mène une nouvelle enquête sur le sentiment de sécurité. On voudrait ainsi faire pression sur les candidat.e.s à la mairie de Montréal pour les élections du 2 novembre prochain.

    En résumé, voici ce que dit ce rapport : reconnaître les personnes en situation d’itinérance comme citoyennes à part entière ; arrêter les démantèlements sans alternatives, tout en installant des services essentiels à proximité des campements ; instaurer une gouvernance claire et un appui renforcé aux organismes communautaires ; cultiver la solidarité citoyenne pour bâtir une cohabitation sociale digne et inclusive. 

    Le constat est accablant : on enregistre une augmentation de 33 % de l’itinérance visible dans la métropole entre 2018 et 2022. L’OCPM fait ainsi 22 recommandations à la Ville de Montréal pour mieux gérer ce que la mairesse Plante a appelé la « crise humanitaire » que constitue l’itinérance. 

    Plus de 90 organisations et organismes communautaires diversifiés y ont participé,
    y compris l’ACVMtl, la SDC du Village, le RAPSIM (Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal), l’Accueil Bonneau, la STM, ou encore la Direction régionale de la santé publique de Montréal, entre autres. En tout, 114 mémoires y ont été présentés. Dans le titre du rapport, il y a les mots « cohabitation sociale ». L’Office désire ainsi un meilleur dialogue avec la population et plus d’information sur la situation. La recommandation 18 demande de consulter les résidents des quartiers, ce qui est une bonne chose en soi, mais encore faut-il qu’il y ait « une véritable consultation entre la Ville et les diverses associations de résidents, parce qu’il y en a plusieurs, nous sommes ouverts », dit Jérôme Vidry, membre du comité de coordination de l’ACVMtl. Il nomme, par exemple, les regroupements du Quartier chinois, du Vieux-Montréal ou de Milton Parc (Mile-End).   

    « Une des recommandations de l’Office parle de créer une table de concertation, mais cela existe déjà, pourquoi vouloir multiplier les tables, on ne va pas réinventer la roue », observe Jérôme Vidry.

    Une discrimination systémique à l’égard des communautés LGBTQ+
    « On ne peut que constater la concentration des organismes [qui luttent contre l’itinérance] dans le secteur du Village. On en compte 12 sur 80 », indique André Gagnon, membre du comité de coordination de l’ACVMtl. Les plus importantes ressources, dont la Maison du père, le Refuge des jeunes, la Mission Old Brewery, entre autres, sont à proximité ou carrément dans le Village. Le Village représente à peu près 1 % de la population de Montréal, mais concentre 20 % des ressources en itinérance. Il s’agit là d’une discrimination systémique par laquelle on concentre de telles ressources dans un quartier où les LGBTQ+ n’ont pas de familles, avec l’idée que cela ne les dérangera pas et qu’ils peuvent tolérer les itinérants. C’est ce qui a prédominé jusqu’à présent. On a pelleté le problème vers l’Est, vers le Village. C’est en partie ce qui ressort du mémoire présenté par l’ACVMtl à l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM). 

    En général, ici, le Village a été très tolérant, toujours selon ce mémoire, entre autres parce que beaucoup de gens LGBTQ+ rejetés par leurs familles se sont retrouvés dans la rue. « Le Village les a acceptés en règle générale », poursuit André Gagnon, qui fait partie du comité sécurité. Ce dernier s’interroge sur l’absence de ressources spécifiques pour les besoins des personnes LGBTQ+ itinérantes, alors que c’est criant de réalité. Il y en a pour les hommes, pour les femmes, pour les femmes autochtones, pour les jeunes, mais pas pour la communauté LGBTQ+. « Serait-ce encore de la discrimination systémique envers la communauté LGBTQ+ ? La communauté devrait intervenir pour créer une telle ressource ! » 

    Du logement supervisé
    Pour régler une partie de cette problématique, le mémoire de l’ACVMtl préconise le logement comme solution et, surtout, le logement supervisé. On prône que les ressources actuelles soient mieux financées et se transforment en logements de manière pérenne.  Le mémoire de l’ACVMtl cite le cas de la Norvège, qui a mis l’accent sur le logement comme première étape vers la réintégration sociale. Au lieu de mettre le logement conditionnel à la participation à des programmes de traitement ou de réhabilitation, le pays fournit d’abord un logement stable et sûr aux personnes sans-abri, puis offre un soutien pour les aider à résoudre d’autres problèmes. « Ils ont construit massivement du logement, ce qui a réduit de 80 % l’itinérance dans ce pays-là », rajoute-t-il.
     
    « L’approche de base [en itinérance] en ce moment est complètement dépassée, poursuit André Gagnon. Il faut s’attaquer au fond du problème et la prévention, quant à elle, n’existe tout simplement pas. De plus en plus de voix s’élèvent [pour dire] qu’il faut s’attaquer au problème à la base de l’itinérance, qui est le logement, le logement social et supervisé. » À titre d’information, la STM a dépensé 35 M$ uniquement pour des incidents en lien avec l’itinérance. Le gouvernement du Québec, quant à lui, met sur la table une somme de 55 M$ pour cette problématique, et ce, pour toute la province ! « C’est une politique à courte vue », dénonce André Gagnon.

    Le sénateur Hugh Segal (1950-2023), du Parti progressiste-conservateur du Canada, publiait en effet un rapport d’un comité sénatorial intitulé Pauvreté, Logement, Itinérance : les trois fronts de la lutte contre l’exclusion, c’était en décembre 2009. Sur 74 recommandations, plus d’une dizaine concernent directement l’itinérance et l’ensemble de ces recommandations vont dans le sens de diminuer la pauvreté et augmenter l’accessibilité au logement et au logement social et abordable en particulier. Il demandait à ce que les programmes fédéraux soient révisés en vue de diminuer l’itinérance et de collaborer avec les provinces, territoires et municipalités dans l’objectif d’encourager la construction de tels logements. « Le sénateur Hugh Segal parlait déjà du logement comme la solution pour vaincre l’itinérance et Hugh Segal était un conservateur, il était avec Brian Mulroney. Cela ne date pas d’hier, c’était en 2009 ! Donc, on connaît la solution depuis longtemps, ce n’est pas nouveau. Qu’est-ce qu’on attend ? », s’interroge André Gagnon. Si on investissait 100 M$, on aurait moins de problèmes et moins de gens seraient dans la rue. » 

    Un nouveau sondage sur la sécurité
    Le 4 août dernier, l’Association lançait la version 2025 du sondage sur la sécurité. Dès maintenant et jusqu’au 15 septembre, les résidentes et résidents du secteur (voir la carte géographique sur le site Web) peuvent remplir le questionnaire. « On veut que les données soient compilées dès la fin septembre ou début octobre, soit juste avant les élections municipales pour avoir les réactions des candidates et candidats aux différents postes, que ce soit à la mairie [ou pour les districts de Saint-Jacques et de Sainte-Marie] », de dire Jérôme Vidry du comité de coordination de l’ACVMtl.

    L’an dernier, plus de 700 personnes avaient répondu au sondage en ligne. 68,2 % d’entre elles estimaient qu’elles trouvaient le Village peu ou pas sécuritaire du tout, un autre 66,5 % d’entre elles considéraient comme mauvaise ou très mauvaise la qualité de vie dans le Village en raison des problèmes reliés à l’itinérance, la consommation de drogues, les violences physiques ou verbales, etc. « On veut voir si les choses ont changé et si la perception du sentiment de sécurité s’est améliorée », rajoute Jérôme Vidry.  

    INFOS | https://www.acvmtl.ca

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