Mercredi, 22 avril 2026
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    Le gouvernement québécois interdit les néopronoms et le « Mx »dans les communications officielles

    À la surprise générale, le 24 septembre dernier, le ministre québécois de la Langue française, Jean-François Roberge, a annoncé la mise en place d’une politique visant à « mettre fin à la confusion linguistique » dans les communications de l’État, en interdisant plusieurs néologismes utilisés par et en référence aux personnes non binaires.

    Cette politique proscrit l’usage du pronom « iel », de la salutation « Mx », du mot « froeur » (équivalent non genré de « frère » ou « sœur »), ainsi que des termes « celleux » et « toustes » (utilisés à la place de « ceux » et « tous » pour inclure les personnes de tous genres) dans les communications officielles de l’État. La directive encadre aussi la féminisation de certains mots, en privilégiant les parenthèses ou les crochets plutôt que les points médians, et précise que « l’utilisation du masculin générique est acceptable, notamment en alternance avec les doublets et des formulations neutres ».

    « Le français, notre langue officielle qui nous unit collectivement, ne doit pas être dénaturé, » a déclaré le ministre Roberge dans l’annonce envoyée par courriel aux médias. « Il doit demeurer accessible pour en faciliter la compréhension et l’apprentissage. Conserver une cohérence dans les communications de l’Administration permet d’être compris par le plus grand nombre de personnes. » La directive ne remet toutefois pas en question la possibilité — instaurée en 2024 — pour les personnes non binaires d’utiliser le marqueur « X » sur leur carte d’assurance-maladie ou leur permis de conduire. Une porte-parole de Santé Québec précise qu’il n’y aurait « pas d’impacts immédiats » pour les professionnel.le.s de la santé qui emploient « iel » ou « Mx » avec leurs patients. (Ceci dit, tous les représentants gouvernementaux avec lesquels l’auteur de ces lignes a échangé dans le cadre de cet article l’ont appelée « Madame », malgré le « Mx » dans sa signature.)

    Aucune consultation
    Le Conseil québécois LGBT (CQ-LGBT) et d’autres groupes ont rapidement dénoncé ce qu’ils considèrent comme un recul en matière de reconnaissance, adopté sans consultation auprès des communautés concernées. « On n’a pas du tout été mis au courant que cette politique était sur la planche à dessin », relate Magali Boudon, directrice générale du CQ-LGBT. « C’est d’autant plus étonnant… parce qu’on sert nos membres, mais on sert aussi à ça, d’être une instance consultative pour ce genre de politique, ou de questionnement de société. »

    La politique envoie le message que le ministre Roberge « veut nous invisibiliser, et encore taper sur la tête des citoyens et citoyennes LGBTQ+ », poursuit Magali Boudon. « Et je pense que cette sortie-là fait plaisir à un certain électorat. C’est la tendance du moment au Canada, comme ailleurs, de nous taper sur la tête. Ça évite de parler d’autres affaires. »

    Magali Boudon précise que, selon ses contacts au Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie, ainsi qu’au Secrétariat à la condition féminine, la politique touchera surtout les communications internes. « Mais ce n’est pas non plus très clair pour nous. » « Cette décision risque d’avoir des conséquences concrètes pour les personnes trans et non binaires qui interagissent avec les institutions publiques… et pourrait les exposer à des situations de mégenrage dans l’accès aux services et aux communications officielles, remarque Sara Gagné Somarriba, codirectrice générale de l’Alliance Arc-en-ciel de Québec. L’État a le devoir de montrer l’exemple en matière de respect et d’inclusion. » Roxanne Gervais, directrice générale de Diversité 02 — un organisme de défense des droits des
    personnes LGBTQ+ au Saguenay — rappelle que son organisation a utilisé les néopronoms iel, al, ielle et ul dans une campagne de sensibilisation financée par Justice Québec plus tôt cette année. « Les communautés LGBTQ+ sont déjà largement invisibles dans notre région… et le simple fait de rendre les personnes non binaires visibles [avec cette campagne] a été très apprécié », dit-elle. « Cette politique marginalise encore davantage cette population. »

    « Le français est une belle langue, mais il est complexe et très genré, ajoute-t-elle. Y a-t-il moyen de le rendre plus inclusif ? Une langue est vivante. Ce ne serait pas la première fois qu’on invente des termes — regarde le monde de la technologie ! »

    Comme Roxanne Gervais, Sara Gagné Somarriba estime que cette politique constitue un recul pour la reconnaissance des personnes LGBTQ+ au sein même de la langue française utilisée au Québec. « Ces usages linguistiques reflètent l’évolution de notre société et permettent à toustes de se voir représenté.e.s dans la langue commune, écrit-elle dans une déclaration. Le langage n’est pas qu’un outil de communication : il est aussi un vecteur de dignité et de reconnaissance. »

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    1 COMMENTAIRE

    1. Je viens vous dire comment votre article dans Fugues sur la décision gouvernementale de bannir l’écriture inclusive des documents de l’État manquait d’équilibre.

      Je fus le président de la Table de concertation des Gais et Lesbiennes du Québec (devenu le Conseil québécois…) d’où je crois qu’il y a une certaine résonance de ce que je vais vous écrire.

      Le Québec, par sa directive, a pris une décision partagée par la France, la Belgique, la Suisse et l’ensemble du monde francophone. Il aurait été plus juste que vous le mentionniez.

      Les non-binaires constituent une frange minuscule de la société. On l’évalue à quelque chose comme 0.01% ou 0.02% de la population. Est-il raisonnable alors de chambouler une langue aussi belle que le Français au point de la rendre incompréhensible, lourde, irritante, etc. pour tenter de faire en sorte de ménager des susceptibilités qui pourraient
      trouver autrement matière à s’adoucir? On utilise de plus en plus des termes neutres existants chaque fois que possible visant à alléger plutôt qu’allourdir le discours, par exemple en évitant autant que possible de parler de Québécoises et Québécois, Montréalaises et Montréalais, etc. On peut respecter les différences sans créer de la lourdeur dans l’élocution ou dans les textes écrits. Voilà l’orientation qu’il faut privilégier plutôt que de créer toutes sortes de barbarismes impraticables.

      Votre article aurait été plus recevable si vous aviez cité des tenants d’une autre vision des choses, plutôt que de vous borner à ne faire entendre qu’un son de cloche.

      Cette approche aurait ainsi été plus respectueuse de l’opinion que j’entends partout de gens qui n’en peuvent plus des exigeances des gais, lesbiennes, transgenres, non-binaires et autres queers allant toujours plus loin dans les revendications. On atteint présentement un point d’exaspiration de l’ensemble de la société. Je l’entend s’exprimer passeulement de gens hors de nos communautés mais par l’ensemble des gais eux-mêmes. Ils sont nombreux à me dire ce que je pense personnellement, qu’à force de n’en avoir plus que pour les trans, les travestis, les non-binaires on finira par créer un “back-lash” qui fera reculer les gains que nous avons obtenus. Un élastique trop étiré finit par se rompre. La victoire électorale sans équivoque de Trump est en partie le résultat de l’exaspération face au wokisme.

      Je vous invite à sortir de la bulle des tenants du jusqu’auboutisme. La modération et l’équilibre des prétentions présentent des avantages d’importance.

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