Jeshua est le jeune propriétaire d’un salon de beauté. La nuit, il se travestit et sort avec ses amis pour parcourir les parcs publics à la recherche de liberté, de sensualité et d’un peu d’argent. L’arrivée d’une épidémie dévastatrice, jamais nommée, mais évoquant le sida, bouleverse rapidement ce quotidien.
Basé sur le roman de Mario Bellatin, Quentin Zuttion plonge dans un univers feutré où le salon de beauté, habituellement lieu de bonheurs insouciants et de confidences, devient un mouroir et un théâtre où les personnages, révèlent leurs fragilités, leurs désirs et leurs blessures.
Le virus se caractérise par l’irruption d’écailles de poisson multicolores, qui ne sont pas sans évoquer un sarcome de Kaposi qui, bien que magnifié par le bédéiste, n’en livre pas moins ses porteurs à la vindicte populaire. Dans cette atmosphère anxiogène, chaque geste et chaque silence prennent une nouvelle signification. Un humour très ironique et « camp » désamorce cependant le drame sous-jacent : « si tu passes ta soirée à sucer du flic, tu perds du fric »; « Le jour, les femmes me payent pour les faire belles. La nuit, leurs hommes me payent pour oublier leur femme ».
Au-delà de l’intrigue, la bande dessinée interroge notre rapport au corps, à l’image et à la norme. Le salon devient à la fois un lieu de transformation, mais également de révélation qui appelle une réflexion sur le corps et l’identité. Le graphisme se distingue par la délicatesse des traits et l’omniprésence de couleurs pastel qui contrastent avec la gravité des sujets abordés – solitude, vieillissement, mortalité – et permet ainsi d’apaiser la brutalité des réalités exposées.
Une œuvre bouleversante qui surprend, par ailleurs, par l’inclusion de la chanson « Le monde est stone » de Starmania : une décision surprenante pour un ouvrage imprimé, mais qui se révèle d’une grande puissance et parvient à émouvoir le lecteur jusqu’aux larmes.
Salon de beauté / Quentin Zuttion, basé sur le roman de
Mario Bellatin. Paris : Dupuis, 2024. 184 p.

