Vendredi, 23 janvier 2026
• • •
    Publicité

    Des preuves d’amour, quand une mère cherche sa place et sa légitimité

    Cette comédie romantique sur l’homoparentalité dans un couple de femmes est le premier long métrage d’Alice Douard. Présenté en grande première nord-américaine au récent festival Cinémania, en présence de la réalisatrice-scénariste et de l’actrice québécoise Monia Chokri, Des preuves d’amour, qui prendra l’affiche à la fin décembre, a remporté le prix Coup de cœur du public.

    Parlez-nous du film en une ou deux phrases…
    Alice Douard : Des preuves d’amour, c’est l’histoire de Céline et Nadia, un couple de femmes qui attendent leur premier enfant. On suit surtout Céline, qui n’est pas enceinte et qui cherche sa place — physique, juridique, intime — sa légitimité dans cette histoire. C’est une histoire d’amour entre ces deux femmes, mais aussi une histoire d’adversité. Et c’est une comédie : à la fois romance et comédie.

    Les films sur l’homoparentalité sont encore assez rares au cinéma. Pourquoi avoir choisi ce sujet et qu’est-ce qui vous a inspirée ?
    Alice Douard : Au départ, je suis maman d’une petite que je n’ai pas portée et que j’ai dû adopter — c’était la loi en France à ce moment-là. Quand ma femme était enceinte, je cherchais des modèles, des images auxquelles me raccrocher, et je ne les trouvais pas. Je me sentais très peu — ou très mal — représentée. Alors je me suis dit qu’il fallait faire un film sur le sujet. J’ai rencontré beaucoup de couples de femmes qui avaient traversé des expériences similaires, pour sortir un peu de la mienne et proposer une image de notre réalité. Il y a mille et une formes de familles, mais partout revient la même question : quelle est la place de celle qui ne porte pas ? Et : quelle mère vais-je être dans ce contexte ? Le point de départ est très intime.

    Comment s’est déroulée la préparation du film, autant pour la réalisation que pour les rôles ?
    Alice Douard : Ça a été un travail très long, bien en amont du tournage. Je travaille avec ma femme, qui est directrice de production et coproductrice. Le film était complexe : beaucoup de scènes de foule, des scènes musicales, la question des faux ventres pour le personnage de Monia, des faux bébés, des vrais bébés… Il y avait énormément de choses techniques à mettre en place pour qu’au moment de la préparation — quand toute l’équipe entre en piste — on puisse se concentrer sur les questions artistiques et que les difficultés logistiques soient déjà réglées. C’était une préparation dans le temps, pour que ce que j’avais écrit soit réalisable avec le budget qu’on avait.

    Monia Chokri : On a passé beaucoup de temps ensemble. Pour créer un couple, il faut d’abord créer une intimité. Je connaissais très peu Ella Rumpf, alors il fallait apprivoiser ça. On a passé du temps simplement à être ensemble, avec Alice, avec Noémie Lvovsky aussi : réfléchir, parler, essayer des choses, lire quelques scènes, discuter de ton parcours… juste exister ensemble pour que notre intimité soit naturelle et évidente à l’écran. Et puis j’avais un faux ventre, ce qui m’a donné une préparation physique aussi. Mais essentiellement, notre préparation, c’était de créer l’intimité.

    Ça paraît vraiment à l’écran : vous êtes très proches, c’est crédible, vous percez l’écran toutes les deux. C’est très beau, bravo. Avez-vous reçu des réactions depuis la sortie, particulièrement de familles homoparentales ou du milieu LGBT ?
    Alice Douard : Ma grande inquiétude, c’était que le milieu queer reçoive bien le film, parce que ce n’est qu’une proposition parmi d’autres. Ce sont des personnages que je traite de manière banale : il n’y a rien de marginal. Ce sont deux femmes qui attendent un enfant, comme n’importe quel autre couple. La communauté se reconnaît énormément dans le film. J’ai déjà fait plusieurs festivals LGBTQ à travers le monde et l’accueil est énorme. Il y a tellement d’amour. Pour moi, c’est une victoire, ça me rend hyper fière et hyper heureuse.

    Monia Chokri : Je trouve que c’est ça, l’intelligence du film d’Alice. Il n’y a pas de folklore LGBTQIA+ dans le film, contrairement à beaucoup d’images qu’on voit encore : l’extrême, la fête, la vie alternative… Ici, on montre un couple homosexuel dont la vie ressemble à celle de beaucoup de gens : deux femmes assez simples qui vivent dans un appart, qui ont parfois des conflits de couple comme les hétéros, et qui veulent un enfant. Et à travers leur désir d’enfant, elles deviennent des héroïnes face à l’adversité politique et sociale. Ce que je trouve beau, c’est qu’en regardant ce qu’on croit être différent, on se rend compte que finalement, la différence n’est pas si grande. C’est une grande humanité, une grande intelligence.

    Il y a de beaux moments où le film aborde les relations familiales et la difficulté, parfois, de faire comprendre aux autres ce qu’on traverse. J’aime que le film ne soit pas centré uniquement sur le couple, mais aussi sur leur entourage…
    Alice Douard : C’est vrai que quand on crée une famille comme ça, on est constamment exposé au regard des autres, et les gens ont un avis. Il y a une forme d’impudeur. On nous demandait : « Mohamed, tu ne veux pas être enceinte ? » On nous posait plein de questions techniques sur le donneur, etc. Les gens entrent vraiment dans l’intimité. Et nous — et le film aussi — on prend presque un devoir de répondre, d’être pédagogues pour amener les gens à nous. Se braquer, ça ne fonctionne pas. En France, énormément de gens se sont opposés au projet de loi qui ouvrait le mariage à tous. C’était massif. Et le film répond de manière non violente : il dit simplement que c’est aussi simple que ça : aussi simple que l’amour.


    INFOS | DES PREUVES D’AMOUR sortira en salles au Québec, le 25 décembre 2025.
    https://imminafilms.com/fr/films/des-preuves-damour/
    Visionnez la bande-annonce : bit.ly/4qhUUiV

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Actualités

    Les plus consultés cette semaine

    Publicité