Des centaines de milliers de Québécois-es ont découvert Oli Corno dans la deuxième saison de Survivor Québec, tournée aux Philippines en 2024. Deux ans plus tard, le peintre a vécu une autre expérience renversante au bout du monde, en participant à la biennale organisée à Ushuaia, la ville la plus australe de la planète, en Argentine, du 19 au 22 février dernier.
Quelle est cette biennale?
Oli Corno : C’est un événement artistique organisé tous les deux ans dans des lieux différents du pays. J’avais participé à la cinquième édition à Buenos Aires il y a deux ans, après que l’organisatrice m’ait repéré à New York lors d’un événement de réseautage. Cette année, la thématique était le bout du monde et ça se passait à la pointe de la Patagonie, complètement au sud. Le musée a été installé dans une ancienne prison, un peu comme Alcatraz et Guantanamo, qui ont été créées pour empêcher les gens de s’échapper.
Pourquoi voulais-tu y participer?
Oli Corno : En 2019, j’avais fait des expositions à Venise, Genève, Séville et Paris. J’étais sur une lancée de perches tendues à des galeries et à des événements. La pandémie a mis fin à ce trip-là. Je me suis concentré sur le marché au Québec. J’ai ouvert une galerie dans le Vieux-Port pendant trois ans. Maintenant, j’ai envie de recommencer à l’étranger peu à peu. J’ai la liberté de dire oui à une invitation pareille.
Raconte-nous ce qui t’est arrivé d’incroyable là-bas?
Oli Corno : Il faut savoir que je devais présenter une œuvre créée auparavant pour cet événement : une toile de six pieds de haut sur laquelle j’apparaissais en clown. J’avais apporté mon costume de clown pour poser devant le tableau et créer un effet miroir à l’inauguration, en amenant un aspect performatif très contemplatif. Finalement, la toile n’est jamais arrivée! Elle est restée prise aux douanes pendant des semaines et ils l’ont perdue.

Comment as-tu réagi?
Oli Corno : Quand je suis arrivé au musée, le jour précédant l’inauguration, je pensais que la toile serait sur un mur. J’ai vu les équipes techniques installer les autres œuvres et je ne trouvais pas la mienne. On m’a avisé qu’ils n’avaient rien reçu. Je venais de faire 30 heures de vol pour arriver là-bas avec mon costume de clown dans le carry-on…
J’imagine que tu t’es mis en mode solution.
Oli Corno : Oui, j’ai essayé d’être créatif. Dans le musée situé dans l’ancienne prison, j’ai remarqué qu’ils installaient des œuvres dans les cellules. En baragouinant l’espagnol, j’ai demandé si je pouvais avoir une cellule entière pour offrir une performance, sans savoir ce que j’allais faire… Mais je me croyais! Après une heure de négociation, on m’a confirmé que j’aurais ma propre cellule, alors que les autres cellules accueillaient deux ou trois artistes.
Quelle était ton idée?
Je me suis demandé ce qu’un clown ferait s’il était emprisonné au bout du monde dans une cellule. Ma première idée : il écrirait des lettres d’amour. J’ai décidé d’en écrire à l’infini jusqu’au lendemain. Je suis parti vers la ville pour trouver du papier à lettres. Dans une boutique de cadeaux touristiques, j’ai vu l’ancien chemisier de prisonnier officiel pour compléter mon costume de clown. Je me suis installé dans la cellule pour écrire des lettres durant huit heures. Je les mettais en boule et je les lançais dans la cellule pour créer un volume. J’ai fini dans un océan de papier avec plein de mots d’amour clownesques à mon chum et à un chum symbolique.
Et puis?
Oli Corno : L’installation m’a valu le premier prix parmi 90 artistes de 13 pays différents, principalement d’Amérique latine, mais aussi de la Chine et du Royaume-Uni.
À quoi ressemblaient les lieux?
Oli Corno : Ushuaia est une ville portuaire relativement riche avec plein de beaux restaurants. Ça ressemble à une version argentine de Charlevoix. C’est une destination de voyageurs. Plusieurs bateaux de croisière passent par là, car la ville se trouve à la pointe sud du continent. Ceux qui vont en Antarctique partent de cet endroit. Il y a beaucoup de touristes sportifs haut de gamme. C’est pittoresque, entouré de grosses montagnes et de glaciers.
Les randonnées sont impossibles! C’était à se morfondre tellement c’était extrême.

D’un bout du monde à l’autre, je te ramène à ton expérience asiatique durant la deuxième saison de Survivor Québec. À quel point cette émission grand public a-t-elle eu un impact sur l’intérêt porté à ton travail d’artiste?
Oli Corno : Le public québécois adore la télévision. Ça change une vie de passer à la télé. J’étais content de vivre cette expérience-là. Mais je me considère maintenant oublié, car de nouveaux participants prennent les projecteurs à chaque saison. Sur les réseaux sociaux, tout était relatif. Mon Facebook était à 5 000 abonnés avant de partir et j’étais à 10 000 en revenant. Je trouvais ça fantastique. Pourtant, l’année suivante, avec d’autres opérations marketing, je suis monté à 110 000.
Aujourd’hui, à quoi aspires-tu pour ta carrière?
Oli Corno : En ce moment, je suis dans une phase de retour à la création. Au cours des dernières années, j’étais beaucoup en promotion, en communications, en ventes et en événements. Maintenant, je veux me donner beaucoup d’espace mental pour la création et les nouvelles idées. Ça implique de faire des recherches, de retomber dans la lecture, de consommer l’art en ville, de parler à d’autres artistes et de m’ouvrir aux idées. Je n’ai pas encore une vision claire de la prochaine production.
Te verrais-tu explorer un autre style?
Oli Corno : Oui, je veux aller ailleurs. La série Oracle que j’ai faite durant trois ou quatre ans a connu énormément de succès. C’est difficile de se détacher d’une formule qui fonctionne bien, car c’est payant. Je sens l’appréciation des gens et les toiles ne restent pas longtemps dans l’inventaire. C’est tentant de continuer, mais ça vient aussi avec des dangers : à long terme, ça va s’essouffler et le public va se rendre compte si je me répète. Je dois prévoir la fin des cycles pour conserver une image de créateur proactif qui se renouvelle.
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