Mercredi, 26 août 2026
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    De la manosphère à la femcelosphère

    Alors que septembre annonce le retour à l’école, il me semblait pertinent de réfléchir à la montée des discours masculinistes qui trouvent preneur sur les bancs de nos institutions d’enseignement. De l’attentat terroriste islamiste survenu à la Pride de Berlin, en juillet, en passant par les drapeaux arc-en-ciel brûlés et vandalisés à la Semaine de la Fierté à Val-David, en août dernier, des manifestations homophobes d’envergure diverse croissent, ici comme ailleurs, et affichent les revendications de plus en plus manifestes de la droite conservatrice.

    Peu surprenant si l’on regarde les valeurs et agissements des figures de proue de la manosphère, les hommes les plus riches et nécessairement influents de la planète : Donald Trump (avons-nous besoin de mentionner la façon dont il a fait taire ses implications dans l’affaire Epstein?), Elon Musk (plusieurs plaintes visent l’homme le plus riche de la planète, qui utilise son argent pour acheter le silence) et Andrew Tate (de nouveau accusé avec son frère Tristan de douzaines d’infractions sexuelles, dont le viol); des stars de la misogynie qui sont devenues millionnaires par l’entremise d’un réseau virtuel dont les membres apprennent comment devenir riches en exploitant des femmes.

    Ces hommes nourrissent l’écosystème MAGA et sont ouvertement homophobes et misogynes; on ne se surprend guère de voir ces derniers devenir des « modèles » à suivre pour les plus jeunes ou ceux de la droite populiste numérique. Ils sont vénérés par de nombreux jeunes hommes comme des symboles absolus de réussite financière, de pouvoir et de rébellion contre le politiquement correct ou le
    mouvement « woke ». Pour comprendre davantage le phénomène, je vous suggère le documentaire Louis Theroux: Inside the Manosphere, disponible sur Netflix depuis mars 2026. Le documentaire s’intéresse à la promotion de l’hypermasculinité, à la philosophie de la « pilule rouge » et aux dérives misogynes, à travers la parole d’influenceurs. Si on aimerait mieux que certains soient relégués aux oubliettes, le travail du célèbre journaliste d’investigation britannique Louis Theroux est pertinent pour souligner l’ironie d’une société en perte de valeurs et qui, tiraillée entre celles de la gauche et de la droite, voit naître des philosophies extrémistes.

    Justement, on ne peut taire ces célibataires involontaires (incels) qui font l’actualité, notamment avec la fusillade survenue en juin 2026 à Montréal, dans le quartier Côte-des-Neiges, dont le manifeste associé au tireur contenait des thèmes misogynes et des théories propres à cette mouvance. « Des spécialistes en extrémisme et des intervenants sociaux de la métropole soulignent le rôle d’Internet et des réseaux sociaux dans la propagation rapide de ces discours haineux auprès des jeunes hommes. » (1) Ce qui n’augure rien de bon pour nos jeunes générations… D’ailleurs, qu’en est-il des femmes qui sont célibataires involontaires? En août dernier, La Presse publiait un reportage intitulé « L’univers méconnu des femcels », pour faire la lumière sur le phénomène.

    Si elles ont un problème commun aux incels, soit la difficulté à nouer des relations romantiques et sexuelles, au contraire de leurs pendants masculins, les femcels ne blâment pas la société (et n’y commettent pas de gestes haineux en revendiquant à coups de manifestes) pour leurs difficultés à entrer en relation avec les autres.

    « Les symptômes du mal-être des femcels sont majoritairement “intériorisés” : grande solitude, dépression, anxiété, manque de confiance en soi, sentiment de ne pas être aimée ou idées suicidaires peuvent être vécus. » (2) Si les études actuelles sur la femcelosphère ne représentent que des « fragments », il convient de dire que ce phénomène — socialement méconnu — est nié par les incels, car, pour ces derniers, ce sont les femmes qui « contrôlent le marché sexuel » : ils croient que, peu importe le « niveau de beauté » d’une femme, celle-ci peut trouver une relation, invisibilisant ainsi les femcels.

    Dans un contexte social truffé de masculinité toxique, de misogynie et d’actes LGBTQphobes, l’ouverture à la diversité, lire à la gauche parfois jugée « trop » politically correct, semble difficile. Nous avons ici, de gauche à droite, deux extrêmes, qui ont tous deux une attention médiatique considérable depuis plusieurs années; cela dit, la droite conservatrice américaine rafle rapidement le Prix visibilité, avec des mises en échec constantes provenant du roi Trump, de ses fous et de ses chevaliers… pendant ce temps, les petits pions, à l’avant de l’échiquier, y jouent leur vie. La métaphore du jeu d’échecs est bien réelle, mais la force de la visibilité numérique qui adjoint, à tort, toute visibilité à la crédibilité est néfaste, particulièrement pour de jeunes hommes qui n’ont pas encore développé leur pensée critique et qui sont avides de modèles.

    Plusieurs études récentes, annexées aux témoignages sur le terrain, ont confirmé le retour des tendances misogynes et homophobes sur les bancs d’école. Par exemple, le troisième volet de la campagne On s’écoute, lancé en février 2026 et dirigé par la chercheuse, réalisatrice, autrice et professeure à l’Université Concordia Léa Clermont-Dion, s’attaque aux liens entre les discours masculinistes et la banalisation des violences à caractère sexuel. Lancée dans le cadre du Plan d’action visant à prévenir et à contrer les violences à caractère sexuel en enseignement supérieur 2022-2027, la campagne, appuyée par le ministère de l’Enseignement supérieur, vise à sensibiliser l’ensemble des communautés collégiales et universitaires à la montée de la rhétorique masculiniste en ligne et à son rôle dans la banalisation des violences sexuelles chez les jeunes.

    L’initiative s’appuie d’ailleurs sur des statistiques alarmantes : 34 % des jeunes Montréalais adhèrent à une prise de position masculiniste (Miconi, 2023), 75 % des jeunes Québécois (15-25 ans) adhèrent à des mythes qui remettent en question la crédibilité des femmes victimes d’agression sexuelle (Baril et al., 2025), 1 jeune Québécois sur 5 (18-34 ans) croit que le féminisme vise à contrôler la société (Morin et coll., 2022) et plus de 7 jeunes Québécois sur 10 (15-25 ans) adhèrent à des mythes qui tendent à déresponsabiliser les hommes auteurs d’agressions sexuelles (Baril et al., 2025). (3) Ces chiffres confirment une certaine tendance que l’on retrouve en société; par exemple, en France, l’horreur de l’affaire Pelicot n’a pas empêché les séances de viols collectifs de Christophe B. (4) À n’en point douter, agir devient primordial. C’est pourquoi une campagne comme On s’écoute propose des ressources et des formations d’intérêt sur le sujet. On le sait, le changement et l’ouverture aux autres réalités passent par l’éducation.

    Pour ce faire, il faut que le lieu éducatif soit empreint de respect, un lieu d’ouverture où tous peuvent s’exprimer pour développer leur pensée critique. Faisons en sorte que ce lieu demeure le plus sain possible pour l’apprentissage, exempt de préjugés et axé sur le respect de l’autre. Là seulement, l’apprentissage devient possible.

    1-Raphaël Bédard. « Ce qu’il faut savoir sur le mouvement incel », Le Droit, 24 juin 2026.
    2-Léa Lemieux. « L’univers méconnu des femcels », La Presse, 7 août 2026.
    3-Site Web de la campagne On s’écoute.
    4-Martine Delvaux. « Une guerre contre les femmes », La Presse, 31 juillet 2026.

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