Vendredi, 28 août 2026
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    La Mouette se pose au Théâtre Denise-Pelletier

    Parmi les œuvres les plus jouées de Tchekhov, La Mouette met en scène des êtres portés par leurs rêves, leurs désirs et leurs ambitions, mais confrontés à un réel implacable parce que rejeté. Les espoirs et les déceptions s’y entrecroisent, entre aspirations artistiques, amours contrariées et désillusions. Tragi-comédie, théâtre dans le théâtre, chassé-croisé amoureux : Tchekhov multiplie les fenêtres de lecture, bousculant les codes du drame romantique de l’époque. La pièce est de retour au Théâtre Denise-Pelletier, dans une adaptation et une dramaturgie de Guillaume Corbeil et une mise en scène de Catherine Vidal.

    « C’est comme une pièce qui parle de l’espèce de clash entre les jeunes et les vieux, pour la résumer grossièrement », avance dès le début de l’entrevue Guillaume Corbeil, qui y reconnaît la façon dont il était lorsqu’il était jeune. « J’ai réalisé, en adaptant le texte, que moi-même, jeune, j’étais complètement le personnage de Konstantin, qui rêve d’être un auteur de théâtre, mais avec l’intransigeance et la radicalité que peut avoir la jeunesse, et qui se heurte à des personnages plus âgés et désabusés. Et c’est, je crois, encore d’actualité. »

    Catherine Vidal a demandé à Guillaume Corbeil d’adapter la pièce pour ne pas donner
    l’impression d’aller voir un classique avec une langue surannée. « Nous voulions que le public se connecte, se reconnaisse dans les personnages et qu’il y ait un niveau d’identification très brut et très pur », poursuit Guillaume Corbeil.

    Tout commence dans une propriété campagnarde où le jeune Konstantin tient à présenter sa pièce à sa mère, comédienne reconnue. Pour l’interpréter, une jeune femme, Nina, qui rêve d’une grande carrière de comédienne. Comme public, on retrouve tous les personnages de la pièce : Irina, la mère de Konstantin, son amant, son frère, un médecin, un lieutenant à la retraite et un maître d’école, entre autres.

    Une pièce chorale qui tourne autour des deux jeunes personnages, Konstantin et Nina, qui verront leurs rêves se fracasser. À cela s’ajoute un chassé-croisé amoureux. Le maître d’école aime Macha, la fille du lieutenant, qui, elle, aime Konstantin, qui aime Nina. Cette dernière a jeté son dévolu sur l’écrivain célèbre. Aucun·e n’atteindra son but. Tout est voué à l’échec, à la stagnation des idéaux, comme une mouette abattue et empaillée.

    Comme le résume Guillaume Corbeil : « Comme public, on peut facilement prendre du recul face à ces personnages et se reconnaître en eux : nous, êtres humains, essayons tant bien que mal d’évoluer dans le grand cirque de la vie, en rêvant d’une vie plus grande, en nous donnant ou non de l’importance, en portant des masques ou non, pour construire notre propre destin. Dans La Mouette, les personnages sont des doubles les uns des autres.

    Les plus âgés, ayant plus ou moins échoué, se moquent de l’idéalisme des plus jeunes, entre autres de Konstantin et de Nina, qui seront broyé·es. » Outre le conflit de générations, reste une question : peut-on conserver toute sa vie la foi en ses idéaux de jeunesse, au risque d’y perdre sa vie ? Konstantin et Nina incarnent cette ardeur à tout risquer pour atteindre leur objectif, refusant toute concession qui risquerait d’éteindre la flamme qui les illumine.

    Pour Mattis Savard-Verhoeven, le rôle de Konstantin s’apparente aux grands héros du théâtre, Hamlet ou Roméo, un rêve qui, pour le coup, se réalise pour lui. « C’est pour moi une grande chance, d’autant que j’arrive à la trentaine et que les occasions d’incarner ces grandes figures du théâtre se font de plus en plus rares. »

    L’adaptation dépoussière, sans le dénaturer, le texte de Tchekhov. D’autant que la construction de la pièce reste d’une étonnante modernité : sauts dans le temps, très peu d’actions, personnages qui se racontent plus qu’ils n’agissent, évoquent leurs espoirs déçus et acceptent leur sort avec résignation. Bien sûr, il y a de l’humour, ou du comique, mais il arrive par petites touches. La metteuse en scène Catherine Vidal a tenu à le faire ressortir pour alléger l’ambiance étouffante dans laquelle cette non-histoire se construit.

    La Mouette, un classique des classiques incontournable qui traverse le temps et touche toutes les générations. Pouvons-nous réellement choisir notre vie ou sommes-nous condamnés à devenir une mouette ?

    INFOS | La Mouette, d’Anton Tchekhov. Du 29 septembre au 17 octobre 2026, au Théâtre Denise-Pelletier. Adaptation et dramaturgie : Guillaume Corbeil.
    Mise en scène : Catherine Vidal
    https://www.denise-pelletier.qc.ca

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