Mardi, 28 avril 2026
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    Chloé Robichaud vous présente «enfin» ses deux femmes en or

    Chloé Robichaud pourrait faire exploser le box-office pour la première fois avec l’adaptation du film Deux femmes en or. La réalisatrice à qui l’on doit Féminin/Féminin s’est déjà taillé une place de choix dans la cinématographie avec Sarah préfère la course, Pays et Les jours heureux, mais le travail qu’elle a accompli avec le savoureux scénario de Catherine Léger et les performances de Karine Gonthier-Hyndman et de Laurence Leboeuf ont le potentiel de faire courir les foules.

    Quand as-tu vu le film original la première fois ?
    Chloé Robichaud : À 18 ans, durant mes études en cinéma au Cégep Garneau de Québec. On parlait du courant des années 1970 et des films de fesses comme Valérie. Ça m’avait frappée à quel point c’était révolutionnaire dans ces années-là de voir deux femmes au foyer s’approprier leur sexualité. Pourtant, on n’en parlait pas comme ça en classe. On faisait surtout allusion à sa cote 6 (pauvre) sur Mediafilms, alors que l’âme du film a quelque chose de très féministe.

    Avais-tu vu l’adaptation théâtrale de Catherine Léger, avant de lire son scénario ?
    Chloé Robichaud : J’ai d’abord lu le scénario il y a cinq ans. À ce moment-là, sa pièce avait été jouée uniquement à Carleton et je n’avais pas eu la chance de la voir. Je suis une grande fan de son travail. J’ai vu presque toutes ses pièces. Elle a un ton unique, un humour singulier, un féminisme complexe et décomplexé. Il n’y avait aucun doute que je voulais me lancer là-dedans.

    Catherine Léger a marié quelques éléments de l’histoire originale avec plusieurs enjeux contemporains. Comment décrirais-tu cet équilibre ?
    Chloé Robichaud : Un travail de dentelle. Elle est allée chercher l’âme du film original. En 1970, ces deux femmes-là étaient prises chez elles parce qu’elles étaient femmes au foyer. Aujourd’hui, comment justifier que deux femmes soient prisonnières de leur maison ? Catherine a pensé au congé maternité et aux impacts de l’allaitement et de la maternité sur le corps. Puis, à la dépression chez les femmes. Ces deux enjeux sont tellement contemporains. C’est devenu l’âme de notre adaptation.

    Le ton est à cheval entre le drame qui n’est pas lourd, l’humour fin et certains gags éclatants. À quel point était-ce difficile de rendre justice à cette proposition ?
    Chloé Robichaud : Tôt dans le processus, j’ai mentionné que son texte était un immense cadeau et un énorme défi. Je voulais être dans un univers réaliste auquel on peut s’identifier, même il y a aussi du surréalisme dans son écriture. Comment arrimer tout ça ? Ça a nécessité beaucoup de discussions. Il y avait des lignes de dialogue ou des scènes où on poussait un peu trop de burlesque. On a fait du dosage à l’écriture ensemble. Ensuite, il fallait trouver les interprètes qui comprendraient son timing comique.

    Que cherchais-tu d’autre pour jouer les deux rôles principaux ?
    Chloé Robichaud : Je voulais deux femmes complémentaires dans leurs énergies, avec une chimie crédible. C’est un film culte dans l’histoire du cinéma québécois. Je sentais la pression du projet. Ce sont des rôles importants. Je voulais aller à la rencontre de grandes comédiennes pour trouver la bonne Violette et la bonne Florence. Je regardais le timing comique naturel des actrices. Dans un scénario aussi verbeux, tout passe par les dialogues. Il fallait donc une lecture quasi inconsciente des gags. Laurence Leboeuf, je la trouvais étonnante en comédie : elle apportait une naïveté et une force tranquille dont on a besoin chez Violette. Karine Gonthier-Hyndman, je savais qu’elle était drôle, mais elle ajoutait une fougue, une rébellion et une authenticité incroyables.

    Comment avez-vous choisi la ribambelle d’acteurs et d’humoristes qui interprètent les amants et les chums dans le film ?
    Chloé Robichaud : Le film original avait des humoristes très connus comme Yvon Deschamps et Gilles Latulipe. Je voulais leur faire un clin d’œil en trouvant des humoristes capables de rentrer dans le ton du film. Je leur disais d’emblée : il n’y a pas de one-man show et je veux qu’en-dehors du Québec, les gens ne se rendent pas compte que vous êtes des humoristes. À Sundance, les gens les voyaient comme des acteurs comme les autres. On voulait aussi jouer avec l’idée des sex-symbols québécois comme Claude Legault, Maxime Le Flaguais et Claude Bégin.

    Dirais-tu que l’esthétique de Deux femmes en or est différente de tes autres projets ?
    Chloé Robichaud : Depuis quelques années, j’ai envie d’offrir un cinéma plus généreux. Pas que mes autres films ne l’étaient pas. Je suis très fière de ma filmographie. Mais quelque chose s’ouvre en moi. Deux femmes en or, c’est extrêmement différent des Jours heureux dans la facture visuelle, les couleurs et le ton. Cela dit, il y a dans les deux une générosité.

    Il y a des surprises amusantes dans Deux femmes en or. Mes choix de mise en scène sont faits en fonction des spectateurs. Ils font de plus en plus partie de ma réflexion.

    Voulais-tu gâter le public en choisissant des chansons de femmes fortes québécoises ?
    Chloé Robichaud : Je suis contente que tu l’aies remarqué ! Oui, je voulais leur rendre hommage. Depuis le film original, il s’est passé 55 ans. J’avais envie de retracer les femmes de ces années qui ont construit le Québec et qui nous construisent comme femmes aujourd’hui. Le film est aussi tourné en pellicule. Il y a des petites références rétro. Je voulais montrer qu’on a évolué, mais à quel point ? Sommes-nous en danger parfois de revenir en arrière ? Absolument. Ce côté moderne vs nostalgie vs rétro, c’était pour parler de ça.

    En quoi ta posture de femme lesbienne a-t-elle eu un impact sur le projet ?
    Chloé Robichaud : Il n’y avait pas de caméo homosexuel dans le scénario au départ. Après ma première lecture, j’ai suggéré qu’il y ait une histoire avec une femme. Catherine y avait déjà pensé et elle était d’accord. En plus, c’est ma blonde (Katherine Levac) qui fait le caméo. Ensuite, je dirais que c’est plus ma posture de femme. J’avais une grande sensibilité au female gaze en comparaison avec le male gaze : je voulais qu’on présente le corps féminin d’une façon inattendue. Dans le film de 1970, il y avait beaucoup de nudité et je voulais jouer avec les attentes. Oui, on va voir les filles nues, mais si on voit des seins, ça va être quand Violette allaite. Ou on va voir des fesses quand Florence s’installe pour uriner. Le corps féminin n’est pas que sexuel. Et je voulais filmer les scènes de sexualité dans la sensualité et dans ce que ça générait comme sensations chez elles.

    Que signifie la sélection du film au Festival de Sundance ?
    Chloé Robichaud : J’en rêvais pour ce film-là ! C’est un festival de cinéma indépendant qui a fait de la place à d’incroyables comédies dramatiques que j’aime beaucoup. Un événement avec des films mainstream d’auteur. Je veux rejoindre le grand public avec une signature d’auteur.

    INFOS | 2 FEMMES EN OR, de Chloé Robichaud, sort en salle au Québec le 30 mai

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