Le musicien britannique Dave Ball, cofondateur du mythique duo synth-pop Soft Cell, est décédé paisiblement dans son sommeil à Londres, à l’âge de 66 ans. L’annonce a été confirmée par ses représentants, qui ont précisé que le décès est survenu mercredi dernier. Ball formait, avec Marc Almond, chanteur ouvertement gai, un tandem devenu emblématique de la culture queer des années 1980 grâce à leur reprise électrisante de Tainted Love, chanson d’abord interprétée par Gloria Jones en 1964.
Un génie discret derrière un hymne queer intemporel
Dans un communiqué empreint d’émotion, Marc Almond a rendu hommage à son ami et collaborateur de longue date, le qualifiant de « merveilleux et brillant génie musical ». Il a aussi révélé que Ball, dont la santé déclinait depuis plusieurs années, « était malade depuis longtemps ».
Victime d’une chute en 2022, Dave Ball avait souffert de pneumonie et de septicémie, ce qui l’avait conduit à être plongé dans un coma artificiel. Malgré cela, il avait retrouvé la scène récemment, se produisant en fauteuil roulant lors du Rewind Festival à Henley-on-Thames.
Selon Almond, Ball était dans un état d’esprit positif avant sa mort : « Dave était dans un bon endroit émotionnellement. Il était concentré, heureux et fier du nouvel album Danceteria, que nous venions tout juste de terminer. C’est un immense chagrin, mais je trouve un certain réconfort en sachant qu’il l’a entendu et qu’il en était fier. »
Une complicité unique, entre ombre et lumière
Les deux artistes s’étaient rencontrés à l’Université de Leeds en 1977. Leur alchimie musicale — aussi improbable que magique — reposait sur leurs différences : « On était comme le jour et la nuit, expliquait Almond. Mais c’est justement cette opposition qui créait notre force. Il y avait toujours une chaleur, une complicité, un respect profond qui nourrissaient notre écriture. »
Pour Almond, Dave Ball était littéralement « le cœur de Soft Cell » : « Je me suis toujours dit que le groupe, c’était son bébé. Il sera toujours aimé des fans, parce que sa musique continue de vivre. Quelque part, à chaque instant, quelqu’un écoute, danse ou trouve du plaisir dans une chanson de Soft Cell. »
Il a conclu avec un hommage personnel : « Merci, Dave, d’avoir été une partie immense de ma vie et pour la musique que tu m’as donnée. Je ne serais pas là où je suis sans toi. »

Du cabaret érotique à l’électro nostalgique
Né en 1959 à Blackpool dans une famille adoptive, Dave Ball a marqué la scène new wave avec son sens aigu de la production électronique et son flair mélodique. Avec Soft Cell, il a contribué à redéfinir la pop britannique des années 1980. Leur version de Tainted Love, sortie en 1981, est devenue le single le plus vendu au Royaume-Uni cette année-làet un hymne queer incontournable, à la fois sensuel, mélancolique et résolument subversif.
Leur premier album, Non-Stop Erotic Cabaret, est aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre du synth-pop — un mélange de désir, d’aliénation urbaine et de critique sociale, à l’image des clubs gais de Soho et des excès de l’époque.
Après la séparation du groupe en 1984, Ball a cofondé le projet électronique The Grid avant de retrouver Almond en 2001, puis à nouveau en 2018. Leur sixième album, Danceteria, qu’ils venaient d’achever, sortira au printemps 2026.

Un dernier album comme un adieu
Dans une entrevue donnée avant sa mort, Dave Ball décrivait Danceteria comme un hommage aux clubs des débuts de Soft Cell, mais aussi comme une œuvre marquée par ses expériences d’hôpital et ses rêveries sous morphine : « J’avais des souvenirs étranges, entre conscience et délire. Les nouvelles chansons sont une sorte de reflet numérique de ces sons que j’entendais dans ma tête, tout en évoquant les folies des années 80 avec Marc », confiait-il au magazine Classic Pop.
Ce dernier album promet d’être à la fois nostalgique et visionnaire, un dernier éclat d’un artiste qui, sans jamais chercher la lumière, a façonné la bande sonore d’une génération queer en quête de liberté.

