Deux importantes organisations médicales américaines ont récemment apporté des ajustements à leurs recommandations concernant les chirurgies d’affirmation de genre chez les personnes trans et non binaires mineures. Des prises de position qui ont été présentées par certains comme un recul, mais qui demeurent plus nuancées qu’il n’y paraît.
L’American Medical Association (AMA) et l’American Society of Plastic Surgeons (ASPS) ont toutes deux modifié, partiellement, leur discours sur les soins d’affirmation de genre destinés aux jeunes. Selon une déclaration rapportée par le New York Times le mercredi 4 février, l’AMA — la plus grande organisation médicale nationale aux États-Unis, représentant près de 200 sociétés de spécialités médicales — recommande désormais que les chirurgies d’affirmation de genre soient, de manière générale, reportées à l’âge adulte.
La veille, l’ASPS avait adopté une position similaire, affirmant que les données scientifiques disponibles demeuraient insuffisantes pour établir clairement les bénéfices des chirurgies d’affirmation de genre chez les personnes mineures. Cette conclusion s’appuie sur une revue de littérature publiée en parallèle de son communiqué.
Un signal politique dans un climat déjà tendu
Ces annonces sont perçues par plusieurs militant·e·s et organismes LGBTQ+ comme un signal préoccupant, tant aux États-Unis qu’à l’international. Depuis plusieurs années, les recommandations de l’AMA et d’autres institutions médicales sont régulièrement invoquées pour démontrer que les soins d’affirmation de genre reposent sur des bases scientifiques solides et qu’ils contribuent de manière significative à la santé et au bien-être des personnes trans.
Il importe toutefois de rappeler que les chirurgies génitales, telles que les phalloplasties, hystérectomies ou vaginoplasties, ne sont pratiquement jamais effectuées chez les personnes trans de moins de 18 ans. Dans de rares cas, certains adolescents âgés de 16 ans et plus peuvent avoir accès à des interventions comme une mastectomie ou une chirurgie de féminisation faciale, mais ces situations demeurent exceptionnelles.
De nombreuses études démontrent par ailleurs que l’accès à des soins de santé appropriés pour les jeunes trans améliore considérablement leur qualité de vie et contribue à réduire les risques de détresse psychologique et de suicidabilité.
Une désinformation persistante autour des soins trans
Depuis plus d’une décennie, des groupes conservateurs et des responsables politiques de droite entretiennent l’idée fausse que les chirurgies d’affirmation de genre seraient courantes chez les mineur·e·s. Cette rhétorique repose sur une confusion volontaire entre les chirurgies et l’ensemble des soins d’affirmation de genre, qui incluent principalement des traitements réversibles et largement reconnus comme sécuritaires, tels que les bloqueurs de puberté.
Les données disponibles montrent d’ailleurs que les jeunes cisgenres sont, de loin, plus nombreux à subir des chirurgies dites « d’affirmation de genre » que leurs pairs trans — notamment dans le cadre de traitements pour des anomalies congénitales ou des conditions médicales spécifiques — selon des recherches menées par l’Université Harvard.
Malgré cela, le climat politique continue de se radicaliser. La semaine dernière, un élu républicain du Tennessee est allé jusqu’à appeler à la peine de mort pour les parents d’enfants trans qui soutiennent l’accès aux soins d’affirmation de genre.
L’AMA maintient son appui aux bloqueurs de puberté
Dans une mise au point transmise aux médias, l’AMA a tenu à préciser qu’elle ne revenait aucunement sur son soutien aux bloqueurs de puberté. Selon un porte-parole, l’organisation estime simplement que « les interventions chirurgicales chez les personnes mineures devraient généralement être reportées à l’âge adulte ».
D’autres grandes organisations médicales, dont l’American Academy of Pediatrics (AAP), ont pour leur part indiqué au New York Times que leurs recommandations n’avaient pas changé et qu’elles ne préconisaient pas de « recommandation générale » en faveur de chirurgies chez les mineur·e·s.
« L’AAP continue de défendre le principe selon lequel ce sont les patient·e·s, leurs familles et leurs médecins — et non les politicien·ne·s — qui doivent prendre ensemble les décisions concernant les soins les plus appropriés », a déclaré le Dr Andrew Racine, président de l’organisation.
Une offensive politique accrue contre les soins trans
Ces prises de position surviennent dans un contexte de durcissement marqué des attaques politiques contre les soins d’affirmation de genre aux États-Unis. Depuis son retour au pouvoir, l’administration Trump a intensifié ses offensives contre les établissements et les organisations médicales qui offrent ces soins, y compris dans les États où ils demeurent légaux.
Cette pression s’est accentuée après une décision récente de la Cour suprême des États-Unis confirmant l’interdiction des soins d’affirmation de genre pour les jeunes trans au Tennessee, ouvrant ainsi la voie à la validation de lois similaires, actuelles ou futures, dans d’autres États.
Selon la Human Rights Campaign, près du quart des jeunes trans aux États-Unis vivent aujourd’hui dans un État où l’accès aux soins d’affirmation de genre est interdit ou sévèrement restreint.
Dans ce contexte, les nuances apportées par certaines organisations médicales risquent d’être instrumentalisées par des acteurs politiques hostiles aux droits des personnes trans, malgré le consensus scientifique persistant sur l’importance d’un accès encadré, individualisé et fondé sur les données probantes aux soins d’affirmation de genre.

