Osvaldo Arias et ses collègues reçoivent des appels chaque jour : des personnes nouvelles arrivantes déboussolées, des demandeurs et demandeuses d’asile, des étudiant.e.s et des travailleurs et travailleuses temporaires à la recherche d’un logement, d’aide pour accéder au système de santé ou simplement d’une oreille attentive. Ils ont peu de difficulté à se mettre à la place des autres — ils sont tous passé.e.s par là.
Originaire de Mexico, Osvaldo Arias est scientifique de formation. Il a quitté son poste de chercheur en biologie moléculaire à McGill pour devenir directeur général d’AGIR, un OSBL montréalais qui soutient les migrant.e.s et les réfugié.e.s LGBTQ+. Comme plusieurs de ses collègues, il s’est réorienté afin de soutenir ses pairs. « Nous avons une personne qui avait étudié en médecine vétérinaire, une autre en ingénierie… Nous avons beaucoup de profils dans l’organisation, mais ce sont surtout des personnes très passionnées par notre mission », relate-t-il dans son bureau de Parc-Extension.
Cette mission est multiple. L’organisme offre des services de référencement vers de l’aide psychosociale, matérielle ou juridique, ainsi que vers des cours de francisation pour les personnes nouvelles arrivant.e.s LGBTQ+. Il propose aussi de l’accompagnement à des rendez-vous médicaux, des groupes de soutien, des ateliers et des activités sociales, le tout en quatre langues — français, anglais, espagnol et arabe. Au cours de la dernière année, AGIR a fourni des services à 540 personnes provenant de 70 pays, dont plus de la moitié étaient des demandeurs ou demandeuses d’asile. Chaque personne impliquée, comme employé.e ou bénévole, est elle-même un.e nouvel.le arrivant.e LGBTQ+. L’avantage d’être un organisme « par et pour », selon Osvaldo, réside dans le fait que les intervenant.e.s partagent des parcours semblables à ceux des personnes qu’ils accompagnent.
De la bienveillance et des défis
Osvaldo est arrivé à Montréal en 2019 et il a découvert AGIR grâce à des amis. Comme plusieurs de ses collègues, il a d’abord été bénéficiaire des services, puis bénévole, avant d’accéder à la direction.
« Au début, je parlais un peu français, je parlais espagnol et anglais, et les gens étaient très gentils avec moi par rapport à mon accent », dit-il dans un français assuré, joliment teinté des deux autres langues. « Ça m’a surtout apporté un sentiment d’appartenance, le sentiment d’avoir une communauté autour de moi, bienveillante, qui comprenait les réalités des immigrants LGBTQ+. »
L’une des difficultés les plus pressantes auxquelles font face les personnes nouvelles arrivantes est l’isolement, explique Osvaldo. La panoplie d’activités sociales — soirées de jeux de société, spectacles, journées de randonnée, rencontres culturelles pour les communautés hispanophone ou arabophone — aide à le briser.
« Parfois, les personnes arrivent seules, elles ne connaissent personne, elles ne parlent pas bien français ou anglais. Souvent, elles viennent d’abord aux activités pour voir comment est l’organisation, puis elles commencent à demander des services de soutien. » L’accès à la francisation constitue un autre défi majeur. Depuis l’adoption de la loi 96 en 2022, les personnes nouvelles arrivantes installées au Québec depuis plus de six mois ne peuvent plus recevoir des services — à l’exception des soins de santé — dans une autre langue que le français. En théorie, la loi élargit l’accès aux cours de français. En pratique, les financements n’ont pas suivi et les aspirant.e.s élèves se heurtent à de longues listes d’attente.
« Les personnes savent qu’elles doivent apprendre la langue, mais c’est beaucoup de pression d’y arriver en six mois. Le premier défi, c’est de trouver une école ! » À cela s’ajoute la complexité croissante des systèmes d’asile et d’immigration, devenus plus stricts, avec moins de ressources. « On met beaucoup de pression sur des personnes, sur des communautés déjà très marginalisées… Maintenant, on doit offrir plus de services avec moins d’argent. »
AGIR reçoit notamment de plus en plus d’appels de personnes trans aux États-Unis qui envisagent de demander l’asile au Canada. Elles sont souvent redirigées vers d’autres organismes, eux-mêmes confrontés au sous-financement et aux listes d’attente. En somme, Osvaldo et ses collègues aident les personnes nouvelles arrivantes à trouver leurs repères dans un système qui craque de toutes parts. Mais ils ne baissent pas les bras. Au cours de la prochaine année, l’organisme souhaite intensifier son travail de plaidoyer pour répondre aux besoins pressants de la communauté, notamment en ce qui concerne l’accès à l’hormonothérapie pour les personnes trans immigrantes. « C’est une période très intense », résume le directeur exécutif.
INFOS | Pour vous impliquer comme bénévole, faire une demande de services, vous
renseigner sur les formations offertes aux organismes communautaires concernant les
réalités des communautés LGBTQ+ migrantes, ou en apprendre davantage sur les activités d’AGIR, visitez agirmontreal.org

