Un homme de la Caroline du Nord, qui harcelait et menaçait de mort des hommes gais depuis près d’une décennie, a été condamné à trois ans de prison fédérale, mettant fin à une longue série d’actes de cyberharcèlement qui ont semé la peur au sein de la communauté LGBTQ+ de la région de Raleigh-Durham.
David Ryan Winters, 40 ans, a été reconnu coupable d’accusations de cyberharcèlement après avoir ciblé de nombreux hommes gais, dont un élu municipal ouvertement gai. Selon les procureurs, ses agissements remontaient à 2016 et s’inscrivaient dans une escalade marquée par des menaces explicites, des tentatives d’intimidation et une traque en ligne méthodique.
Fait troublant, Winters est lui-même gai. Il avait même été bénévole au Centre LGBT de Raleigh en 2013 et 2014. Toutefois, rapporte le News & Observer, son comportement y avait suscité un tel malaise que les responsables lui avaient finalement permis de fréquenter les lieux, tout en lui interdisant de poursuivre son implication comme bénévole.
Selon le bureau du procureur des États-Unis pour le district est de la Caroline du Nord, l’accusé nourrissait une profonde rancœur envers la communauté gaie, qu’il estimait l’avoir rejeté. «Enragé contre la communauté gaie», il aurait alors entrepris de cibler ses victimes en fouillant leurs renseignements personnels avant de leur transmettre des messages menaçants en ligne.
Les documents déposés au tribunal dressent un portrait inquiétant de la situation. Winters ne s’est pas limité à des messages virtuels : il s’est rendu au domicile de certaines victimes, leur a envoyé des photos de leur résidence et a proféré des menaces de mort. Les procureurs ont également indiqué qu’il aurait exprimé le souhait de «faire les manchettes» en reproduisant une tragédie semblable à la fusillade de masse du nightclub Pulse à Orlando, survenue en 2016 et qui avait fait 49 morts, principalement au sein de la communauté LGBTQ+.
Le procureur fédéral Ellis Boyle a rappelé l’importance de la décision rendue. «Nous croyons à la protection de tous les citoyens, qui méritent de vivre leur vie en paix. Ce type de comportement antisocial ne peut s’installer sans une intervention sérieuse et des mesures de prévention », a-t-il déclaré, saluant au passage le travail des forces de l’ordre qui ont « pris cette affaire très au sérieux et permis d’envoyer ce criminel derrière les barreaux».
Me Boyle a également souligné devant la cour que « la preuve démontrant que l’accusé a choisi ses victimes parce qu’elles sont gaies est accablante », établissant clairement le caractère ciblé et discriminatoire des gestes posés.
Parmi les personnes visées figure Jonathan Lambert-Melton, conseiller municipal de Raleigh et élu ouvertement gai. En entrevue à WRAL News, il a décrit l’ampleur du harcèlement subi : «J’ai probablement des pages entières de comptes que j’ai bloqués — tous les siens — et il en créait constamment de nouveaux. Certains messages ont même été envoyés à des gens de mon entourage qui ne vivent pas en Caroline du Nord, suggérant que je devrais mourir.»
Lors de la lecture de sa déclaration de victime au moment de la sentence, Lambert-Melton a confié avoir vécu sous une pression constante. « Je me sentais comme sous une couverture lestée. Le seul moment où ce poids disparaissait, c’était lorsqu’il était incarcéré. »
Cette affaire rappelle la persistance des violences ciblant les personnes LGBTQ+, y compris au sein même de leurs communautés, et met en lumière l’impact réel et durable du cyberharcèlement. Si la condamnation apporte un certain soulagement aux victimes, elle souligne aussi la nécessité d’une vigilance accrue face aux discours haineux et aux menaces qui prolifèrent en ligne.

