Samedi, 9 mai 2026
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    Plus de 1 500 organismes communautaires en grève : «Assez, c’est assez»

    Le mouvement communautaire québécois a haussé le ton. Depuis le 23 mars, plus de 1 500 organismes d’action communautaire autonome sont en grève de services à l’échelle nationale afin d’exiger du gouvernement l’ouverture immédiate d’une table de négociation et un rehaussement significatif de leur financement.

    Réunis sous la bannière Le communautaire à boutte !, ces groupes dénoncent une situation devenue intenable. « On ne demande pas la charité, on exige la reconnaissance », martèlent-ils, dans un contexte où les besoins sociaux explosent, mais où les investissements publics stagnent.

    Un réseau essentiel fragilisé
    Partout au Québec, les organismes communautaires jouent un rôle central : défense des droits, soutien aux familles, accompagnement des personnes aînées, aide alimentaire, intervention en itinérance, en santé mentale ou auprès des victimes de violence. Autant de services qui sont actuellement perturbés, alors que la grève doit se poursuivre jusqu’au 2 avril.

    « Le communautaire est un pilier du filet social québécois. Pourtant, il est à bout de souffle, et à bout d’argent », résume Caroline Toupin, coordonnatrice et porte-parole du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA).

    Le déclenchement du mouvement fait suite au dernier budget provincial présenté par le ministre des Finances, Eric Girard. Selon les groupes, les sommes annoncées — environ 20 millions de dollars par année pour quelque 2 500 organismes — sont largement insuffisantes.

    « Une crise silencieuse » qui éclate au grand jour
    Derrière les chiffres, c’est toute une main-d’œuvre qui s’essouffle. Le secteur regroupe environ 50 000 travailleuses et travailleurs, représentant 1,6 % des emplois au Québec. « Pour chaque 100 millions investis dans le communautaire, c’est 185 millions qui retournent dans l’économie », souligne Caroline Toupin.

    Mais sur le terrain, la réalité est bien différente. Salaires inférieurs à la moyenne, surcharge de travail et détresse psychologique font partie du quotidien. « Ça fait des années que le gouvernement nous prend pour acquis », déplore Mathieu Gélinas, coporte-parole du mouvement. « Les travailleuses vivent de l’épuisement généralisé et des conditions salariales indécentes. Combien de groupes devront fermer leurs portes pour qu’on soit pris au sérieux ? »

    Des conditions de travail dénoncées
    À Shawinigan, Karine Houle Brière, intervenante au centre Roland-Bertrand, participe à la grève. Mère monoparentale de 42 ans, elle espère obtenir de meilleures conditions. « On veut des assurances collectives, des salaires décents. On veut pouvoir continuer à aider sans s’épuiser », confie-t-elle.

    Les revendications sont claires : permettre aux organismes d’offrir des conditions comparables au reste du marché du travail. Selon le RQ-ACA, cela nécessiterait des investissements supplémentaires de 2,6 milliards de dollars.

    Une question d’équité
    Le mouvement insiste également sur l’enjeu d’équité, alors que 75 % de la main-d’œuvre du secteur est composée de femmes. Hautement qualifiées — près des trois quarts détiennent un diplôme postsecondaire — elles gagnent pourtant en moyenne 33 % de moins que leurs homologues dans des emplois comparables, un écart qui grimpe à 42 % pour les postes à temps plein.

    À cela s’ajoute une détresse psychologique alarmante : près de 9 équipes sur 10 rapportent de la fatigue ou de l’épuisement, et 91 % font face à une surcharge de travail.

    Un appel à la négociation
    Au cœur des revendications : l’ouverture d’un dialogue direct avec le gouvernement. Les organismes réclament une table de négociation avec la future première ministre, dénonçant un manque d’écoute et un « bris de confiance » envers la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire, Chantal Rouleau. « Elle n’a pas livré la marchandise », tranche Caroline Toupin.

    « En lutte pour la survie du filet social »
    Né à Shawinigan et dans la région de Mékinac, le mouvement Le communautaire à boutte ! s’est rapidement étendu à l’ensemble du territoire québécois. Dans un contexte marqué par la crise du logement, l’insécurité alimentaire et les enjeux de santé mentale, les groupes affirment être le dernier rempart d’un filet social fragilisé. « En se désengageant, l’État met en péril non seulement les organismes communautaires, mais aussi l’ensemble des services publics », soutiennent-ils.

    Sans un soutien jugé « urgent et structurant », plusieurs craignent des fermetures imminentes. « Assez, c’est assez », répètent les manifestant·e·s. « C’est la survie du communautaire — et du filet social québécois — qui est en jeu. »

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