Ophelia a quatre passions, par ordre d’importance : ses amies, les roses, la bouffe cubaine et les garçons. Alors, comment expliquer le trouble qui l’envahit, ces palpitations inexplicables, chaque fois que Talia Sanchez est dans les parages ? Que lui arrive-t-il ?
C’est la dernière année du secondaire et elle est surexcitée par un événement culturel qui approche à grands pas et qui, elle en est certaine, va marquer sa vie : le bal des finissants ! Alors même qu’elle élabore des plans autour du cavalier avec qui elle pourra se pendre à ses bras, elle se surprend pourtant à ressentir une attirance inattendue pour Talia Sanchez, une camarade de classe pourtant très discrète.
Le phénomène lui semble complètement absurde et en complète opposition avec sa réputation de « fille dingue des garçons ». Pourtant, comme le disait si bien Blaise Pascal : le cœur a ses raisons que la raison ignore. Et le sien lui envoie des signaux qui sont en complète contradiction avec ce qu’elle souhaiterait lui dicter. Après tout, elle ne compte plus le nombre de garçons qui lui sont tombés dans l’œil et qui étaient tout à fait conformes à ce qu’elle attend du « parfait petit copain ».
Le roman ne remet toutefois jamais en cause la sincérité des sentiments qu’Ophelia a éprouvés par le passé. Il remet plutôt en question l’idée que notre identité doit se cristalliser très jeune dans une catégorie bien précise, sans jamais pouvoir évoluer ni se redéfinir. Au-delà des élans de son cœur, la jeune fille doit donc livrer une bataille sur deux fronts : apprendre à se redécouvrir, mais également affronter le regard des autres.
En effet, la crainte de perdre l’affection de ses parents et de ses amies la tenaille de près. Toute cette remise en question l’amène par ailleurs à réaliser que ses parties de saute-mouton entre des copains potentiels cachaient peut-être un besoin de validation : je n’ai de la valeur que si on m’accorde de l’attention ! Une autre question s’impose : au-delà de faire survolter ses neurones, qu’en est-il des sentiments de Talia à son égard ? Ophelia trouvera-t-elle le courage de lui proposer un rancard, ou même, ce qui la met au comble du plaisir et de la panique, de lui demander d’être sa cavalière au bal ?
Plus particulièrement destiné à un public adolescent, le roman de Racquel Marie saisit avec justesse les menus drames et les grandes joies de la fin de l’adolescence, que l’on a parfois trop souvent tendance à monter en épingle. À travers le portrait d’une jeune fille sensible, attachante et parfois maladroite, le roman rappelle qu’il est naturel de ne pas avoir toutes les réponses et que l’on a le droit de changer.
INFOS | Ophelia malgré tout / Racquel Marie. Rancon (France) : Akata, 2025, 397 p. (« Young Novel »)
