Mercredi, 22 avril 2026
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    Une tournée pour briser l’isolement : Les entrepreneur.e.s 2ELGBTQI+au cœur des régions 

    Après avoir parcouru plusieurs régions du Québec et rejoint plus de 750 participant.e.s, le projet Fierté des entrepreneur.e.s 2ELGBTQI+ du Québec dresse un constat clair : il existe un réel besoin de réseautage, de reconnaissance et de soutien pour les entrepreneur.e.s issu.e.s des communautés LGBTQ+ en dehors des grands centres.

    La tournée s’est conclue le 13 mars dernier à Sainte-Agathe, dans les Laurentides, où près de 90 personnes se sont réunies, notamment en présence de l’artiste Dany Turcotte. Une participation qui illustre bien l’intérêt suscité par cette initiative à travers la province. « Ce qui m’a le plus marqué, c’est la participation des gens dans les régions », souligne Yves Guérin, directeur du projet. « Lorsqu’on s’est promenés, on a découvert un peu partout des gens de la communauté. Il y a un besoin d’activer le partenariat LGBTQ+ dans les régions et de montrer qu’on est là pour les encourager. Lorsqu’on s’est déplacés dans les régions, on ne savait pas toujours à quoi s’attendre, ajoute-t-il. Mais chaque fois, il y avait cette volonté de se rassembler, de se reconnaître entre entrepreneur.e.s. »

    Une mobilisation qui dépasse les attentes
    Pour Thierry Arnaud, président de la Chambre de commerce LGBT du Québec, cette tournée a permis de révéler des dynamiques régionales souvent invisibles. « Il y a plusieurs choses qui m’ont marqué dans ce projet-là. D’abord, le très beau 6 à 8 de la Chambre, à la Banque Nationale, axé sur le repreneuriat : ce fut un très beau succès », indique-t-il.

    Mais au-delà des grands événements, ce sont surtout les initiatives locales qui ont retenu son attention. « Ce qui m’a aussi surpris, c’est cette rencontre avec un groupe de femmes lesbiennes entrepreneures à Sherbrooke. À Québec, c’était essentiellement des hommes.

    Ce n’est pas le même type de rencontre, et cela nous a fait réfléchir à organiser plus d’événements avec davantage de mixité. Ce sont des initiatives qui existent déjà, mais qui sont souvent invisibles, précise Thierry Arnaud. Notre rôle, c’est aussi de les mettre en lumière et de les connecter entre elles. » Ces observations témoignent d’une réalité nuancée : les besoins et les formes de réseautage varient selon les milieux, mais la volonté de se rassembler est bien présente partout.

    Le 29 octobre dernier, la Chambre de commerce LGBT du Québec était de passage à Saguenay, en collaboration avec la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay – Le Fjord, pour une journée riche en apprentissages, en échanges et en inspiration. Crédit Photo : CCLGBTQ.

    Un projet pensé par et pour les communautés francophones
    Lancé en 2021 avec Développement économique du Canada, le projet reposait sur une approche adaptée aux réalités québécoises. « Il fallait organiser des événements par des francophones pour des queers francophones québécois. La culture francophone fonctionne de manière organique », explique Thierry Arnaud.

    Une approche qui a permis de répondre à un enjeu central : l’isolement des entrepreneur.e.s. « Les gens nous ont dit qu’ils en ont profité pour élargir leur réseau, alors que les entrepreneur.e.s sont parfois isolé.e.s », ajoute-t-il. Les résultats parlent d’eux-mêmes : « L’avis de recommandation est de 66 %, alors que 88 % des gens nous disent qu’ils ont élargi leur réseau grâce à ces activités », souligne Yves Guérin.

    Des collaborations régionales porteuses
    Le projet s’est aussi appuyé sur des partenariats locaux. « Nous avons eu une bonne collaboration […] à Laval, Gatineau ou encore au Saguenay […] avec des chambres de commerce locales », note Yves Guérin.

    Toutefois, cette ouverture n’est pas uniforme. « Peut-être que ce type d’initiative aurait été possible il y a 10 ans, mais cela dépend toujours des personnes en poste, nuance Thierry Arnaud. Il y a aussi la question d’un certain recul des valeurs EDI (équité, diversité, inclusion). Ce n’est pas seulement au sud de la frontière : cela se vit aussi au Québec. »

    Dans ce contexte, la tournée a aussi joué un rôle de sensibilisation. « Dans les régions, on ne nous connaît pas, mais en passant par les directions des chambres, on a pu établir des contacts et tenir ces événements », ajoute Yves Guérin.

    Le mentorat, un levier déterminant
    Parmi les volets du projet, le mentorat s’est imposé comme un pilier. « Il y a un lien de confiance qui s’établit presque immédiatement […] les personnes n’ont pas besoin de faire leur coming out », explique Thierry Arnaud. Un lien facilité par un vécu partagé. « Les personnes mentorées n’ont pas besoin de faire leur coming out […] c’est presque émotionnel, ajoute-t-il. On sent qu’il y a un besoin d’être compris sans avoir à se justifier. C’est ce qui fait toute la différence dans la relation mentor-mentoré. » Le programme dépasse même les frontières régionales. « Encore aujourd’hui, il y a des mentors de Montréal qui font des sessions en visioconférence avec des mentorés d’autres régions. C’est un très bon succès pour la Chambre », dit Thierry Arnaud.

    Le 13 mars dernier avait lieu un événement de la Chambre de commerce LGBT du Québec, en collaboration avec la Chambre de commerce du Coeur des Laurentides et ÉVOL. 90 personnes étaient présentes. Crédit photo : Miichel Guertin

    Un programme qui fait ses preuves
    Au-delà des témoignages, le rapport d’impact 2025-2026 confirme l’ampleur du projet. Au total : 8 événements dans 7 villes et plus de 750 participant.e.s; un programme structuré autour du réseautage, du mentorat et du développement professionnel. L’objectif est clair : renforcer la visibilité et la réussite des entrepreneur.e.s 2ELGBTQI+ à travers le Québec. Le projet a également permis la création d’outils concrets, notamment un répertoire de ressources et d’entreprises « LGBTQ friendly », facilitant les connexions d’affaires dans un environnement plus inclusif.

    Des retombées mesurables et significatives
    L’analyse du sondage menée auprès des participant.e.s confirme ces impacts. D’abord, la satisfaction est très élevée : 8,8 / 10 de satisfaction globale; 9,2 / 10 pour la recommandation; et un indice de recommandation (IRC) de +66, considéré comme excellent. Mais c’est surtout sur le plan des retombées concrètes que le programme se démarque :
    • 88 % des participant.e.s ont élargi leur réseau professionnel
    • 72 % se sentent davantage intégré.e.s à la communauté d’affaires 2ELGBTQI+
    • 53 % ont renforcé leur confiance comme entrepreneur.e.s


    Le réseautage apparaît comme le cœur du projet — et sa principale force. En moyenne, les participant.e.s ayant quantifié leurs résultats rapportent 6,3 nouveaux contacts professionnels et 1,5 collaboration ou opportunité d’affaires.

    Derrière ces données, il y a aussi une réalité plus intangible : celle du sentiment d’appartenance et de reconnaissance, souvent difficile à quantifier, mais omniprésente dans les témoignages recueillis. Autre élément révélateur : 75 % des répondant.e.s ont déjà mis en place ou prévoient mettre en place des actions concrètes à la suite de leur participation. Enfin, l’intérêt pour la suite est quasi unanime : 88 % souhaitent participer aux prochaines activités et près de la moitié souhaitent s’impliquer davantage.

    Le 13 mars dernier avait lieu un événement de la Chambre de commerce LGBT du Québec, en collaboration avec la Chambre de commerce du Coeur des Laurentides et ÉVOL. 90 personnes étaient présentes. Crédit photo : Miichel Guertin

    Un avenir à consolider
    Malgré ces résultats très positifs, l’avenir du projet demeure incertain. « Le défi va être de sauvegarder chacun des volets […] puisque Développement économique du Canada ne financera plus les activités », rappelle Thierry Arnaud. « Le membership a augmenté de plus de 60 % grâce aux événements générés par ce projet. Il faut donc continuer », ajoute-t-il.

    La suite dépendra désormais du secteur privé. Même constat du côté d’Yves Guérin : « Ce programme a démontré la pertinence de la Chambre […] il y a un besoin réel et cela vient appuyer les entrepreneur.e.s dans les régions. »

    Un besoin désormais impossible à ignorer
    Au fil de cette tournée, une chose apparaît clairement : au-delà des chiffres et des activités, le projet a permis de créer des espaces de confiance, de visibilité et de solidarité dans des milieux où ces réalités sont encore peu reconnues. « On ne parle pas seulement de développement économique, insiste Yves Guérin. On parle de personnes, de parcours, de réalités qui ont besoin d’être soutenues et reconnues. » Dans un contexte où les enjeux d’inclusion et de diversité évoluent — parfois même reculent —, ces initiatives deviennent essentielles pour soutenir une communauté entrepreneuriale qui cherche encore sa pleine place.

    INFOS | Fierté des entrepreneur.e.s 2ELGBTQI+ du Québec
    https://www.cclgbtq.org

    À partir de la prochaine édition, nous publierons dans Fugues une série de portraits d’entrepreneur.e.s 2ELGBTQI+.

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