Samedi, 2 juillet 2022
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    Marvin, l’Intelligence artificielle pour un meilleur engagement des patients VIH

    Vivre avec le VIH peut susciter, au jour le jour, des craintes ou des incertitudes. Souvent c’est relié à la prise de médicaments et pouvoir obtenir des réponses peut faciliter un meilleur engagement des personnes et favoriser l’adhésion adéquate à leur traitement. Une équipe interdisciplinaire, composée de médecins, pharmaciens, patients experts, infirmiers et ingénieurs en logiciels, s’est formée en janvier 2020 autour d’un but commun: développer un outil pour assister les professionnels de la santé à répondre aux questions concrètes que plusieurs personnes vivant avec le VIH (PVVIH) peuvent avoir au sujet de leur traitement antirétroviral et ainsi faciliter une meilleure autogestion. Cet outil, c’est Marvin.

    Nous nous sommes entretenus avec le Dr Bertrand Lebouché, Clinicien dans le Service des
    Maladies Virales Chroniques à l’hôpital Glen et chercheur à l’Institut de Recherche du Centre
    universitaire de santé McGill et Yuanchao Ma, diplômé de Polytechnique Montréal et gestionnaire du projet, pour qu’ils nous présentent Marvin, un agent conversationnel intelligent (ACI) ou dans un langage plus commun, un chatbot ou robot de chat, qui peut converser avec un utilisateur dans un langage de tous les jours au sujet de ses traitements antirétroviraux.

    De quelle manière en êtes-vous arrivés à penser et créer Marvin?
    Dr Bertrand Lebouché: Avec mon équipe, je travaille depuis assez longtemps pour que les personnes vivant avec le VIH s’engagent plus dans leurs soins et pour qu’elles puissent d’avantage interagir sur leur suivi. Parce que, comme dans toutes les pathologies qui sont chroniques — et le VIH est maintenant une pathologie chronique —, dans 99% des cas, au jour le jour la personne atteinte est seule à gérer sa maladie et ne voit son médecin traitant que deux, trois ou quatre fois dans l’année. Nous nous sommes dits, mes collègues et moi, qu’il fallait trouver des mesures pour donner aux patients plus d’autonomie et développer plus d’outils pour qu’ils suivent mieux leurs états de santé. Nous sommes en train d’adapter une application, Opal, pour que la personne ait accès, à partir de son smartphone, à tout son dossier médical et puisse prendre ses rendez-vous médicaux à distance. Avec des outils plus adaptés à la réalité de chaque patient, l’idée est de faciliter l’engagement des patients. Marvin s’inscrit dans cette démarche.

    De manière précise, à quels besoins Marvin répond-il?
    Dr Bertrand Lebouché: Avec le chatbot Marvin, l’idée était de travailler avec des étudiants de Polytechnique pour créer un outil qui allait permettre à un utilisateur qui n’a pas de formation en médecine de converser dans un langage de tous les jours et d’arriver à trouver des réponses à ses questions en lien avec ses antirétroviraux. Et ce, 24/24H, au moment où il en a besoin via une messagerie instantanée accessible. Évidemment, il fallait s’assurer que les informations soient validées par des professionnels de la santé. Yuanchao Ma: Pour ce faire, le chatbot fournit des conseils de santé fiables sous la forme d’une conversation dans un langage très accessible via des plateformes de messagerie, par exemple Messenger de Facebook, que l’utilisateur peut relire à tout moment. Le chatbot sait reconnaître les noms des médicaments mal orthographiés et les corrige. Il peut aussi reconnaître un médicament à partir des photos des comprimés qu’il fournit au patient. De plus, il apprend des questions des patients et des multiples situations qui lui sont notifiées. Quand il ne sait pas répondre à une question, il prévient son interlocuteur qu’il ne peut répondre à la question et notre groupe interdisciplinaire prépare une réponse adaptée qui sera ensuite intégrée dans le chatbot afin qu’il puisse fournir une réponse s’il rencontre à nouveau la même situation.

    Chat avec Marvin



    Vous parlez de groupe interdisciplinaire… Il est composé de vous, Dr Lebouché, comme responsable du projet, de vous, Yuanchao Ma, comme gestionnaire du projet, et de qui d’autre?
    Dr Bertrand Lebouché: le projet est mené par une équipe de l’Institut de Recherche et de l’hôpital Glen du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Outre nous deux, il y a des chercheurs en engagement des patients, deux pharmaciens (dont Rachel Therrien du CHUM et Benoît Lemire du CUSM) et un infirmier, Guillaume Thériault du service des maladies virales chroniques du CUSM, tous spécialisés dans les soins VIH, et un étudiant en médecine Ravi Datar, qui participent au projet. Ces soignants se sont associés à des ingénieurs et étudiants des départements de génie logiciel de Polytechnique Montréal responsables de la création et de la programmation du chatbot. Dans une perspective de recherche axée sur les patients, des patients VIH experts ont été impliqués depuis le début. Sous forme de rencontres tout au long du projet, leur implication a permis de créer un chatbot mieux adapté aux besoins concrets des patients. Par exemple, les patients ont dès le départ partagé des inquiétudes au niveau de la confidentialit ou de la sensibilité́ des informations, ce qui nous a permis d’intégrer cet aspect très tôt…

    Yuanchao Ma: Une approche collaborative, entre médecins, pharmaciens, patients experts et ingénieurs, a été utilisée dès le début. Pour la rédaction des questions que Marvin peut comprendre, les professionnels de la santé et des patients experts ont d’abord déterminé quels genres de questions les utilisateurs devraient pouvoir poser. Ensuite, les ingénieurs développeurs ont ajouté des exemples en s’assurant qu’ils sont adaptés au module d’intelligence artificielle. L’approche interdisciplinaire est essentielle pour développer un chatbot qui fournit de l’information fiable. L’interdisciplinarité nous a permis de développer des dialogues en accord avec les méthodes du personnel soignant et qui répondent aux besoins des patients. Il faut comprendre aussi que pour développer un chatbot, il est important d’élaborer les questions que le chatbot peut comprendre, de rédiger les réponses communiquées par ce chatbot et de régir le dialogue, soit la suite de questions et de réponses entre l’utilisateur et le chatbot et le rationnel de la prise de décision, comme une conversation «cool».

    L’un des objectifs avoués du projet est de promouvoir l’engagement et l’autogestion des patients VIH pour une meilleure adhésion à leur traitement antirétroviral…
    Dr Bertrand Lebouché: Oui, c’est très important pour nous. Marvin aidera le patient à déterminer ce qui nécessite une consultation avec un professionnel, versus un ajustement qu’il peut faire de lui-même sans attendre que le problème s’aggrave. Il aidera à une meilleure adhésion grâce à un accès immédiat et sur demande à des fonctionnalités telles que des rappels automatisés de prise des médicaments sous formes de messages. Avec le chatbot, l’utilisateur programme ses rappels et la phrase qui l’accompagne pour que cela reste confidentiel.

    On peut donc parler de retombées concrètes pour les patients ou les proches aidants…
    Dr Bertrand Lebouché:
    En réduisant les difficultés d’autogestion des patients pour résoudre les problèmes liés à leur santé. Et en palliant au manque de disponibilité des professionnels de santé pour répondre à certaines de leurs demandes à toute heure. L’actuelle pandémie de COVID-19 accentue ce manque de disponibilité́ des soignants… Avec Marvin travaillant 24h/24, l’accessibilité sera augmentée pour les patients pour obtenir des réponses fiables concernant leur médication. Nous estimons que nous allons pouvoir offrir des soins centrés sur les besoins du patient en améliorant leur implication et leur autogestion du traitement antirétroviral. Yuanchao Ma: En automatisant des fonctions qui nécessitaient auparavant une interaction en face-à-face afin de faire gagner du temps aux patients et aux professionnels de santé. En faisant en sorte que les questions et les réponses soient préparées et validées par l’équipe de conception dès le départ, les patients peuvent obtenir immédiatement et de manière sécuritaire, les réponses qu’ils souhaitent à leurs questions et ainsi résoudre par eux-mêmes les problèmes rencontrés dans leur vie quotidienne.

    Dr Bertrand Lebouché: Libérés, les soignants pourront consacrer plus de temps aux autres patients qui ont besoin de soins avec des problématiques de santé plus complexes. De plus, quand le chatbot ne sait pas répondre à de nouvelles questions, l’équipe développera des réponses adaptées avec les patients experts, qui seront ensuite intégrées dans le pool disponible pour le chatbot. En étudiant ces nouvelles questions, cela devrait permettre à l’équipe multidisciplinaire de détecter de nouveaux défis rencontrés par les patients et de mettre en place des stratégies innovantes pour y répondre.

    On voit bien en contexte de pandémie comment un service comme Marvin pourrait être très utile…
    Dr Bertrand Lebouché: En effet, en réponse à la crise pandémique de COVID-19, il a été́ conseillé aux professionnels de santé de recourir à la télémédecine et aux téléconsultations, dans la mesure du possible, pour limiter la propagation de la maladie. Dans ce contexte, des appels sont également lancés en faveur d’une utilisation accrue des outils électroniques pour le suivi des maladies chroniques afin de garder les patients connectés à distance, de répondre rapidement leurs besoins tout en préservant les professionnels de santé. Marvin nous semble idéal pour garder le contact à distance et 24h/24.

    Quand Marvin sera-t-il pleinement fonctionnel?
    Yuanchao Ma: Le chatbot est actuellement testé par des patients VIH experts et nous débuterons un essai pilote avec 30 participants. Nous prévoyons le lancer officiellement en février prochain.

    INFOS | Page Facebook de Marvin: MarvinMUHC


    Cette entrevue a été rendue possible grâce au soutien de VIIV Healthcare

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