Mardi, 21 septembre 2021
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    Un formidable roman de l’Acadien Pierre-André Doucet

    Des dick pics sous les étoiles

    Des dick pics sous les étoiles, c’est la deuxième publication absolument exaltante de l’écrivain et pianiste Pierre-André Doucet. C’est un roman qui marie le français normatif dans la narration et la poésie jouissive du chiac dans les dialogues. Et c’est surtout le parcours de Marc, un jeune Acadien qui retourne vivre à Moncton chez sa sœur après des années d’études à Montréal… et un coup de foudre inattendu avec un certain Marc-Antoine, globe-trotter parti en voyage un peu partout en Amérique. Fugues s’est entretenu avec son auteur.

    Commençons en parlant de l’usage du chiac dans dialogues. Qu’est-ce que ça signifie pour toi de donner un aussi bel espace à la façon de s’exprimer de plusieurs Acadiens dans la littérature?
    C’est quelque chose qui me tenait vraiment à cœur. Pour moi, ce serait un non-sens qu’un personnage dans la mi-vingtaine originaire de Moncton s’exprime dans un français international. Moncton est une ville bilingue et biculturelle qui compte plusieurs foyers dont les parents parlent chaque langue. Le switch des langues est très commun. C’était important pour moi de refléter cette culture-là, sans que ce soit gratuit et sans qu’on le folklorise. On a tous des couleurs régionales que je trouve très importantes et qui dénotent beaucoup sur les personnages. C’est un aspect que j’ai énormément retravaillé durant mon processus d’écriture.


    Le roman est également entrecoupé de courts échanges sur Grindr très crédibles. Que voulais-tu illustrer?
    Je cherchais entre autres à véhiculer comment les conversations sur Grindr sont différentes aux deux endroits. À Moncton, il y a seulement une couple de centaines d’usagers et on a rapidement fait le tour. Donc, c’est moins une histoire de «Hey, on fourre-tu?» que «Qu’est-ce que tu fais? T’es nouveau dans la région? Tu restes combien de temps?». Ça ressemble beaucoup plus à un small town gay bar qu’à un lieu de rencontres au caractère utilitaire.

    Au début du roman, Marc termine une période de sa vie vécue à Montréal. On retrouve d’ailleurs quelques prises de position sur le choc des cultures dans le livre. Comment les Acadiens sont traités au Québec?
    J’ai habité Montréal entre 2007 à 2018. Les choses ont changé avec le temps, probablement à cause de la vague d’artistes acadiens en musique, comme Lisa LeBlanc, Radio Radio et Les Hay Babies. Entre Acadiens, on se dit souvent que le Québec redécouvre l’Acadie tous les 10 ans… Mais pour répondre à ta question, oui, ça m’est arrivé de vivre des expériences choquantes. Durant mes premiers jours d’école, une fille a remarqué que je parlais français. Quand je lui ai dit que je venais du Nouveau-Brunswick et que je vivais à Montréal depuis trois semaines, elle a dit qu’elle n’en revenait pas que mon français soit rendu si bon… Pourtant, j’ai été élevé en français, je suis allé à l’école en français et si on faisait une dictée PGL, je vais sûrement te smoker! J’ai un gros accent et j’ai fait le choix de ne pas le perdre durant toutes mes années à Montréal.


    Était-ce une expérience plus négative que positive?
    J’ai aimé beaucoup de choses au Québec. C’est une société ouverte, progressiste et cosmopolite. Pendant longtemps, j’ai eu un chum québécois, et nos différences culturelles étaient une grande source d’échanges, d’apprentissages et de croissance pour nous deux. Par contre, je trouvais ça difficile de constater qu’à tous les jours, j’interagissais avec au moins une personne qui me faisait remarquer que je ne venais pas du Québec. Ça me peine de le dire. Les gens n’étaient pas mal intentionnés ni malicieux, mais souvent, quand ils me disaient qu’ils aimaient mon accent, ce n’était pas une façon de dire que je parlais mal, mais ils mettaient de l’avant que je ne venais pas d’icitte. Ça nous réduit à une espèce de folklore de nous-mêmes.


    Quel genre de relation voulais-tu établir entre Marc et Marc-Antoine?
    Ils représentent un peu la beauté qu’on retrouve dans quelque chose d’imprévisible et qu’on ne cherche pas. Je voulais les voir s’apprivoiser et apprendre à se connaître rapidement, avant d’essayer de gérer la distance entre eux, en les regardant vivre et évoluer. C’était important pour moi que cette flamme qui les anime et cette relation qui les unit viennent un peu de nulle part. Au début, je pensais que le roman raconterait leur histoire d’amour, mais après quelques années à laisser les personnages m’habiter, je me suis rendu compte que je voulais surtout me concentrer sur Marc.


    Tu suis principalement sa quête pour devenir moins girouette et faire en sorte que sa vie démarre?

    Tout à fait. Marc se cherche une direction. Souvent, il a fait des choix qui lui paraissaient évidents et qui le dérangeaient moins, alors que son retour à Moncton était à peu près la seule option viable. Ce contexte-là ne lui permet pas vraiment de s’investir à fond dans quelque chose. En parallèle, l’histoire avec Marc-Antoine éveille chez lui le désir de se brancher. Ça lui prend tout le roman pour préciser ce qu’il veut dans sa vie.

    INFOS | www.prisedeparole.ca

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