Mardi, 21 septembre 2021
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    Peau d’Homme

    Une bande dessinée d’Hubert (Hubert Boulard) et Zanzim (Frédéric Leutelier) qui arrive précédée d’un drame (la mort de l’auteur quelques mois plus tôt), d’un cortège de critiques élogieuses, d’une ribambelle de prix et qui s’ouvre sur une prémisse très intrigante.


    L’action se déroule en Italie, au cœur de la Renaissance, où la jeune Bianca se voit promise à Giovanni, un homme qu’elle ne connaitrait ni d’Ève ni d’Adam si ce n’était d’une rencontre de quelques minutes à peine permettant aux futurs époux de « bien faire connaissance ». À l’encontre de plusieurs de ses consœurs, Bianca ne peut cependant se résoudre à son destin d’épouse alors qu’elle ne connait rien de la vie et des hommes. Elle partage ses sentiments à sa marraine qui lui confie un secret transmis depuis des générations entre les femmes de sa famille : une peau d’homme. Toute femme qui s’affuble de celle-ci prend la forme anatomiquement fonctionnelle du séduisant Lorenzo. La jeune fille ne fait ni une ni deux et, une fois revêtu de ses nouveaux oripeaux, se lance à la découverte du monde des hommes et, plus particulièrement de son futur époux.


    Non seulement Giovanni s’avère être uniquement intéressé par la gent masculine, mais voilà qu’une passion amoureuse nait entre ces derniers, Giovanni ignorant évidemment que l’homme avec qui il trompe sa promise n’est nul autre que… sa promise. Bianca s’en trouve elle-même bien contrite puisqu’elle aime son amant, mais déteste qu’il la trompe. Bref, on peut imaginer la suite de quiproquos qui s’ensuit.La bande dessinée entraîne également le lecteur dans une découverte des milieux gais de l’époque, de l’oppression et des interdits auxquels les femmes ainsi que tous les groupes marginaux font face. L’inspiration des auteurs nait d’ailleurs d’un désir de répondre aux réactions intolérantes à l’endroit du mariage gai. L’œuvre présente également uneréflexion assez fine sur les frontières somme toute assez poreuses entre le notions de sexes et de genres.


    Plusieurs auront reconnu dans le titre et dans la trame du récit, une référence au conte de fées Peau d’Âne de Charles Perrault où une jeune princesse, sous les conseils de sa marraine-fée, s’affuble de la peau d’une bête afin de camoufler son identité, échapper à un funeste destin (épouser son père) et explorer l’univers situé au-delà des limites de son royaume. Évidemment, le conte se conclut par un retour à l’ordre établi – épouse un prince – alors qu’Hubert et Zanzim s’amusent plutôt ici à broder une nouvelle et ingénieuse narration au sein des codes du genre.Difficile de ne pas souligner la splendide facture de l’ouvrage qui se présente sous une magnifique couverture rigide et où le dessin se distingue par un coup de crayon épuré qui se marie à merveille à des couleurs éclatantes.


    À lire absolument pour connaître quel destin est réservé à nos deux amants, mais également pour se plonger dans un univers où tragédie et comédie, intolérance et bravoure s’entrelacent ingénieusement. Et pourquoi ne pas également visionner la très belle adaptation cinématographique du conte original Peau d’Âne, par Jacques Demy, mettant en vedette Catherine Deneuve et Jean Marais?


    INFOS | Peau d’Homme / Hubert et Zanzim. Paris : Glénat, 2020. 152 p.
    (Collection 1000 Feuilles)

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