Mardi, 28 septembre 2021
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    Les petits rois: Haro sur les beaux baveux!

    Chaque saison amène son lot de nouvelles séries télévisées pour ados, mais seules certaines feront un carton et marqueront l’imaginaire. Et c’est à cet exploit que Les petits rois est parvenu avec un tiercé d’excellences tant au niveau du scénario, que de la réalisation ou de l’interprétation.


    Dès le départ, une bande-annonce survoltée et oppressante donne le ton, mais le résultat obtenu dépasse clairement les attentes suscitées, que l’on se situe ou non dans l’univers des séries jeunesse. La clé de voute de toute bonne série tient dans sa matière première, à savoir le scénario, et Marie-Hélène Lapierre, accompagnée de Justine Philie, propose ici une intrigue d’une grande simplicité, mais d’une redoutable efficacité. Julep (Jules-Pascal) et Adaboy (Adam) sont les stars de leur école secondaire, au point que leur visage illustre même les oriflammes de leur programme de sport-étude respectif. Cette position au sommet de l’échelle sociale, depuis l’école primaire, est d’ailleurs corollaire à un égo survolté.


    Cette attitude souvent arrogante n’est pas sans avoir généré une flopée de victimes et d’ennemis. Un phénomène dont ils sont à peine conscients ou qu’ils balaient du revers de la main puisque, après tout, ils sont intouchables. Du moins, jusqu’au moment où se succèdent courriers et textos qui amorcent une campagne de harcèlement et de manipulations non seulement auprès des deux étudiants, mais également de leurs proches. Le scénario entrelace habilement une série de sous-intrigues, dont les truculentes coulisses d’une élection scolaire, où jeux de pouvoirs et de trahisons se succèdent frénétiquement au grand dam des deux étudiants qui voient progressivement leurs points de repère et leurs certitudes s’écrouler. La révélation qui clôt le premier épisode ouvre d’ailleurs avec fracas cette descente progressive aux enfers. Mais qu’est-ce qui motive une telle entreprise de vengeance? L’accumulation de plusieurs années de fautes mineures ou un événement précis? Et s’il s’agit de la seconde option, quel est-il et quelle prochaine pièce tombera sur l’échiquier ainsi posé par celle qui se cache dans l’ombre? L’emploi du féminin ne divulgâche rien puisque, dès le départ, une voix hors champ établit clairement qu’une jeune femme semble déplacer les pièces du jeu.


    Au-delà de l’ingéniosité de l’intrigue, qui n’est pas sans évoquer les Pretty little liars (Les Menteuses), Riverdale ou Get even (Les Justicières) de ce monde, le scénario se distingue de ses homologues par une très grande ingéniosité dans la construction des personnages et n’hésite pas à bousculer les clichés habituels dans la représentation des orientations sexuelles (hétéro, gai, lesbienne et bisexuel) et des identités de genre. Julep est l’athlète qui se destine au hockey professionnel et qui a de la difficulté à réussir dans les matières académiques. Bref, il est l’archétype classique du jock à un détail près: il est gai et en couple avec Pom, un Afro Québécois. De son côté, Adaboy est hétéro et se destine à une carrière en patinage artistique ainsi que dans le design de mode. Il est effervescent, arbore une tignasse bleue, des colliers et ne porte que des vêtements stylés. Bref, une inversion complète et rafraichissante des stéréotypes habituels. Ces derniers sont entourés d’une ribambelle de personnages tout aussi bien étoffés: Bee, la lesbienne fonceuse; Basta, l’influenceuse complètement accro aux réseaux sociaux; Prank, le farceur de service; Wizz, le technonerd; Liz, l’écolo convaincue et Mac, la petite étudiante parfaite qui ne voie dans ses pairs qu’un tremplin social et politique. Chacun se présente sous une étiquette qui semble bien le résumer, mais il ne faut pas s’y tromper puisqu’ils cachent tous un passé trouble, une fragilité ou des desseins inavoués.


    La réalisation de Julien Hurteau installe un climat de mystère et de tension très efficace qui vous garde sur le qui-vive du début à la fin des six épisodes. Le concept d’écoute en rafale prend d’ailleurs ici tout son sens puisque la multiplication des rebondissements, des imbroglios et des drames est telle qu’il devient vite impossible de détacher les yeux de l’écran et de ne pas passer à l’épisode suivant! Difficile également de ne pas souligner une distribution d’exception qui présente des personnages nuancés plus vrais que nature. Je pense particulièrement aux excellents Pier-Gabriel Lajoie (Julep) et Alex Godbout (Adaboy), mais également à Chanel Mings (Basta), Karl-Antoine Suprice (Pom), Lévi Doré (qui offre une interprétation émouvante de Prank), Audrey Roger (Liz) et Miryam Gaboury (délicieuse dans le rôle de l’insupportable Mac).


    Contrairement à de multiples œuvres qui privilégient une vision bien tranchée du bien et du mal, la série ne dépeint que des nuances de gris et ne prétend pas répondre à l’ensemble des questions soulevées. La conclusion dénoue bien évidemment le fil des intrigues, mais rien n’est tout à fait blanc ou noir. Restent surtout des personnages qui ont appris de leurs erreurs et d’autres qui s’en disent incapables (et même ce dernier élément semble équivoque). Plusieurs recensions de la série ont mentionné une langue truffée d’anglicisme et de «jargons jeunesses» et je m’attendais donc à un niveau de langage plus ardu, mais à quelques idiomes près, j’ai surtout remarqué l’emploi de termes populaires qui n’ont jamais nui à l’écoute et permettent au contraire de véritablement inscrire l’action dans le réel.

    J’ignore si une saison 2 verra le jour ou si celle-ci pourrait mettre en scène les mêmes personnages, mais la production peut compter sur moi: je suis d’ores et déjà accroc!
    Un classique instantané à voir et, déjà même, à revoir!


    INFOS | Les petits rois, sur l’Extra de Tou.tv, depuis le 27 mai

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