Dimanche, 19 septembre 2021
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    Clarice explore ses racines transphobes

    Lorsque la série Clarice fut annoncée, on pouvait s’attendre à un simple ersatz de thriller policier à la Prodigal Son (Le Fils prodige) où l’accent est avant tout mis sur le meurtre sordide de la semaine. Suite directe du roman et du film Silence of the Lambs (Le Silence des agneaux), qui se conclut par l’arrestation du tueur en série Buffalo Bill, la série a cependant pris le parti d’aborder de front les éléments les plus déplaisants de ses racines, qu’elles soient littéraires ou cinématographiques.


    Se déroulant peu après les événements de 1991, Clarice Starling se joint à une enquête suite à la découverte des corps mutilés de plusieurs femmes. Se met progressivement à jour ce qui semble être un complot d’une compagnie pharmaceutique cherchant à maquiller, en victimes d’un tueur en série, des meurtres qui seraient plutôt de nature «économiques». On peut par ailleurs louer l’atmosphère oppressante qui y règne, la complexité des intrigues et des personnages, de même que la fine reconstitution réalisée afin que le passage entre le film de 1991 et la série soit presque organique.


    Contrairement au film initial, on a cependant droit à une distribution beaucoup plus diversifiée. Dans les six membres du groupe d’intervention du FBI, on retrouve Lucca De Oliveira, un acteur brésilien, Kal Penn, d’origine indienne, et Devyn A. Tyler, une Afro-Américaine. Au-delà de cette distribution plus variée, un soin est également porté à bien dépeindre la discrimination systémique en milieu de travail vécue à l’époque par ces derniers. C’est plus particulièrement le cas du personnage interprété par Tyler qui participe activement au dépôt d’une plainte de la Coalition noire contre le FBI (un fait réel qui s’est soldé par une victoire de ces derniers devant les tribunaux, 10 ans plus tard).


    Une volonté d’inclusion à la fois surprenante et bienvenue, mais qui ne laissait pas penser que la série irait vraiment plus loin jusqu’à la diffusion de l’épisode 9, fort adéquatement intitulé «Silence is Purgatory» où un personnage trans fait son apparition dans le cadre d’une nouvelle piste explorée par Clarice. Julia Lawson, une comptable travaillant au sein de l’entreprise pharmaceutique, reconnait immédiatement l’agente du FBI et n’accepte qu’à reculons de répondre à ses questions, lui confiant éventuellement à quel point le discours tenu au regard de Buffalo Bill a nui aux transsexuels dorénavant systématiquement associés à des tueurs en puissance.


    Clarice réplique que Buffalo Bill n’était pas un transsexuel et qu’elle n’a jamais tenu de tels propos. Julia souligne alors que le mot «transsexuel» figurait tout de même dans tous les titres, toutes les histoires, toutes les photos macabres des tabloïds, à côté de «meurtrier», «maniaque», «psychopathe». Elle insiste alors sur le fait que personne, pas plus Clarice que ses collègues, n’a cherché à corriger ce biais. Une conversation surprenante et très méta se met donc en place puisqu’elle s’inscrit à deux niveaux. Dans un premier temps, elle prend place au cœur d’une histoire fictive, vécue par les personnages de l’univers du Silence des agneaux, et dans un second, elle fait également référence à l’impact social réel et stigmatisant du film sur la communauté transgenre.


    Le personnage de Julia Lawson est brillamment interprété par l’actrice et scénariste trans Jen Richards, qui a également agi à titre de consultante pour la série. L’épisode insiste également sur les risques que le personnage accepte de prendre en collaborant à l’enquête puisque, dans le contexte des années 90 où la protection contre les discriminations est quasi inexistante, elle met en jeu son travail, sa sécurité personnelle et celle de sa conjointe si la vérité éclate quant à son implication et son passé médical.


    On aurait pu s’attendre à ce que cette incursion trans se limite à ce simple passage, mais le personnage revient au contraire dans les deux épisodes subséquents et constitue même l’un des piliers essentiels de l’enquête. Cette intégration au cœur du groupe du FBI permet d’ailleurs d’alimenter une conversation plus riche avec les membres de celui-ci au regard de la transidentité. Plutôt que de limiter sa représentation à un statut de victime, Julia y incarne donc, tout au contraire, une battante qui fait face à ses craintes afin d’affronter un ennemi commun.


    Comme le souligne Jen Richards, l’intention n’est pas de corriger le film initial, qui existe dans l’absolu, mais bien plutôt de reconnaitre et aborder de front le lourd héritage qu’il a laissé en perpétuant le cliché du tueur transsexuel popularisé par Psycho d’Alfred Hitchcock en 1960.

    Sur les réseaux CBS et Global

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