Vendredi, 3 Décembre 2021
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    Cinemania 2021 aux couleurs de l’Arc-en-ciel

    La 27e édition du Festival CINEMANIA reste fidèle à sa mission : refléter parmi sa sélection les films qui touchent nos réalités d’aujourd’hui, mais aussi faire une place à la diversité, quelle qu’elle soit. Et parmi elles se trouve la diversité sexuelle. Cette année encore, plusieurs films présentés physiquement et numériquement intéresseront probablement notre lectorat.

    «Cette année, les projections se feront en présentiel, mais nous garderons aussi une présentation virtuelle, explique Guilhem Caillard, directeur général du Festival. Nous nous sommes rendus compte que ça permettait à de nombreuses personnes à travers le Québec et le Canada de pouvoir participer au Festival». C’est de toute évidence une réussite, puisque même des films qui ne sont pas considérés grand public ont touché beaucoup d’internautes. «A Good Man, par exemple, a été vu en ligne par plus de 200 personnes à Sept-Iles alors qu’il aborde un sujet difficile et extrêmement controversé, ce qui prouve la nécessité d’une programmation virtuelle pour celles et ceux qui ne peuvent se rendre à Montréal.» A Good Man (2020) est un film français de Marie-Castille Mention-Schaar qui raconte l’histoire d’un couple dont la femme ne peut avoir d’enfant. Pour y remédier, ils décident que c’est le mari qui portera l’enfant – le père étant un homme transgenre. Le film, bien accueilli par la critique, a soulevé de nombreuses polémiques, surtout parce que le mari est interprété par une femme cisgenre et non par un homme trans.

    Pour la programmation de cet automne, Guilhem Caillard se félicite de pouvoir présenter La fracture (2021) de Catherine Corsini. Ouvertement lesbienne, Catherine Corsini a toujours présenté des thématiques lesbiennes dans ses films. Dans La fracture, un couple de femmes (Valérie Bruni-Tedeschi et Marina Fois) se retrouve aux urgences au moment d’une manifestation des Gilets jaunes à Paris. Elles y font la rencontre d’un manifestant (Pio Marmaï), ce qui se révèlera une rencontre déterminante dans la vie des trois personnages.

    «Catherine Corsini s’est inspirée de sa propre histoire et donc il y a un angle autobiographique», précise Guilhem Caillard, qui ajoute que la réalisatrice sera présente à Montréal. «Nous avons décidé pour la première fois dans l’histoire du Festival de nous doter d’un jury et Catherine Corsini en sera la coprésidente».

    L’autre coup de cœur du directeur est Petite nature (2021) de Samuel Theis, un film également à saveur autobiographique qui nous plonge au cœur d’une cité HLM du Nord de la France. Comment grandir et s’épanouir dans un milieu où tout vous signale votre différence? Un jeune garçon de 10 ans, Johnny, qui ne se reconnait pas dans les autres jeunes de son âge, noue une relation d’affection avec un jeune enseignant qui va croire en lui et l’aider. Le réalisateur Samuel Theis est gai et explore ce qu’a été son adolescence et sa rencontre avec un adulte qui aura une grande influence sur lui.

    «En fait, ce garçon va tomber amoureux d’une personne dont il ne doit pas tomber amoureux. Le film a reçu plusieurs prix, dont celui du Festival de cinéma d’Angoulême, et sera présenté pour la première fois en Amérique du Nord à Cinémania.» Guilhem Caillac reste encore «bluffé» par l’interprétation de Aliocha Reinert (Johnny), qui fait là ses premiers pas comme acteur.

    Un documentaire a retenu l’attention de Guilhem Caillac par l’originalité de sa facture : Au cœur du bois (2021) de Claus Drexel. On connait tou.te.s la vie nocturne du bois de Boulogne à Paris. On connait beaucoup moins celles et ceux qui y travaillent, sinon par les représentations d’une sexualité exacerbée. Ceci dit, cette vie de nuit tend à disparaitre. Les sites et applis de rencontre changent la donne de la prostitution : on travaille plus de chez soi ou encore on se rend chez le client. Claus Drexel interroge celles et ceux dont le bois reste le lieu de travail en les rencontrant sur place, les laissant aller et revenir au gré des demandes de clients.

    «On découvre presque de la nostalgie de la part de certain.e.s prostitué.e.s qui voient venir la fin d’une époque, explique Guilhem Caillac, tout comme on se rend compte que le bois de Boulogne n’est pas aussi violent qu’on pourrait le croire.» S’ensuit une série de portraits sans complaisance, mais où transparait la relation particulière qui s’installe entre les témoins et le réalisateur, aucun.e d’entre eux ne tombant dans le sensationnalisme ou la condescendance.

    Benedetta est le dernier opus du réalisateur Paul Verhoeven, surnommé le Fou Hollandais. On doit à ce dernier des grands succès en salle comme RoboCop ou encore Basic Instinct, mais aussi des films d’auteur (dont The Fourth Man)où l’on retrouve les obsessions du réalisateur. Et Benedetta en est une illustration parfaite. Véritable chef-d’œuvre pour certain.e.s festivalier.ère.s, summum du kitsch pour d’autres, Benedetta est à l’image de celle dont on raconte la vie.

    Nonne italienne ayant réellement existé au 17e siècle, abbesse d’un couvent en Toscane, d’abord vénérée pour son mysticisme, puis jugée et condamnée pour avoir des relations sexuelles et amoureuses avec d’autres sœurs, Benedetta se disait l’épouse du Christ et en recevait des visions et des stigmates. Imposture, inspirée, malade mentale : comme le film, les historien.ne.s ne cessent de prendre des positions divergentes sur la vie de cette nonne. On retient surtout qu’il s’agit d’un des tout premiers procès documentés où il est question d’inculpation d’une femme pour lesbianisme. Pour les amoureux du cinéma : Virginie Elfira (Benedetta) y est entourée de Charlotte Rampling (mère Felicita) et de Lambert Wilson (le nonce).

    D’autres films programmés à CINEMANIA laissent apparaitre en second plan des thèmes LGBTQ+. Dans C’est la vie (2020) de Julien Rombaldi, cinq femmes se retrouvent à la maternité pour accoucher – cinq femmes aux parcours différents, dont une accompagnée de sa conjointe et du géniteur de l’enfant et Josyane Balasko en sage-femme à la veille de la retraite. Les amours d’Anaïs (2021) de Charline Bourgeois-Tacquet se concentre sur l’histoire d’une femme qui expérimente la fluidité du désir en étant attiré par un homme, mais aussi par la conjointe de celui-ci.


    INFOS | 27e édition de CINEMANIA, Festival de Films Francophones
    2 au 14 novembre en salles
    2 au 21 novembre en ligne
    WWW.FESTIVALCINEMANIA.COM

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