Samedi, 13 avril 2024
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    Héros de notre histoire, Marcel Fabien Raymond alias Martin Reid

    Il y a dix ans déjà, le 24 mars 2012, lors d’une soirée littéraire à Saint-Jérôme, l’écrivain et journaliste Denis-Martin Chabot prononçait un éloge funèbre à la suite du décès prématuré de Marcel F. Raymond à l’aube de la soixantaine : « Avec son style direct, a-t-il souligné, d’une beauté simple et déconcertante, le poète rebelle a dénoncé sans compromis les injustices, les inimitiés et les infamies du monde, dont celles qui ont affligé la communauté GLBT.
     
    Il a aussi été un témoin et un acteur des batailles les plus importantes qui ont fait avancer les droits de cette communauté 1. » Quelque temps après, les Archives gaies du Québec récidivaient en invitant une trentaine de personnes afin de rendre un ultime hommage au disparu, lequel fut un fidèle collaborateur de l’organisme. Quant à Étienne Dutil, il rédigea un texte dans le magazine Fugues, signalant notamment que Marcel F. Raymond « était mécanicien de l’imaginaire et poète de la respiration libérée 2. »

    L’homme, assurément, était apprécié de ses contemporains. Il faut reconnaître que son parcours fut des plus éclectique, qu’il était impliqué au sein de son milieu dans une incroyable variété de domaines allant de la littérature à la politique, du journalisme à la peinture, et du travail social à l’édition — sans oublier une florissante carrière de… culturiste et de modèle. Après des études en sciences politiques, littérature française et droit constitutionnel à la Sir George Williams University (aujourd’hui l’Université Concordia), Marcel F. Raymond œuvre à titre de spécialiste et anime des ateliers de travail sur la refonte générale des matières constitutionnelles canadiennes. C’est cette conscience politique qui l’amène à s’insurger contre les moralisateurs de l’ordre public dans les années 1950, que ce soit l’Église avec le cardinal Léger ou l’État avec le maire Jean Drapeau : « Ni le souci de la vérité, clame-t-il, ni la recherche du bien ne furent réellement pris en considération dans la démarche de ces sbires. Seul le goût du pouvoir temporel les guida tous. Une suite logique de la Grande Inquisition venait de naître au Québec 3. »

    Écrivain, conférencier et essayiste, il fut également assistant-ingénieur en aéronautique chez Canadair, directeur du journal communautaire estival, Bonjour Beaulac, dans la région de Saint-Calixte et secrétaire du Centre de services sida secours du Québec. Fondateur des éditions MFR, il sera membre de l’Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ). Peintre à ses heures, il montera aussi sur les planches en tenant le rôle de Mathieu dans la pièce Le bout du quai de Guy Dufresne. De même, à titre de musicien, il composera une suite de petites pièces de musique sérielle et mélodynamique ainsi qu’une symphonie. Marcel F. Raymond a collaboré à diverses publications en écrivant des articles sur des artistes qu’il admire. Parmi eux, Carlos Quiroz pour qui : « photographier un homme “naturel” dans toute sa nudité est un acte politique qui vise à changer la conscience sociale 4. » Également le photographe John Brosseau dont les images  «  se veulent avant tout une célébration de la sensualité du corps masculin 5. » Et surtout celui qui fut un mentor, Tony Lanza, à la fois photographe et culturiste, mais aussi entraîneur, policier militaire, chanteur et lutteur. « Avec ténacité et professionnalisme, note Marcel F. Raymond, il a beaucoup contribué à en redorer le blason [du culturisme] et à sortir ses adeptes de la marginalité 6. » Cet engouement pour le culte du corps, Marcel F. Raymond le ressent très tôt. En 1959, âgé d’à peine 16 ans, il fonde sa première entreprise, Corporal Studio. Sous le pseudonyme de Martin Reid, il entreprend alors une importante carrière de culturiste jusqu’à devenir l’un des modèles préférés du photographe Alan B. Stone. D’ailleurs, en 2001, l’écrivain Christopher Frey revient sur son parcours et fait paraître une biographie intitulée Martin Reid : The Life and Times.

    De son côté, Réjean Roy, fondateur de L’arc-en-ciel littéraire — le seul regroupement d’écrivains LGBT au Québec —, publiera plusieurs ouvrages de Marcel F. Raymond qu’il considérait comme « un architecte de l’imaginaire et un poète de la libre pensée 7. » En 2009, il a même créé le Concours de création littéraire Marcel F. Raymond visant à l’honorer et à perpétuer sa mémoire.

    Quiconque souhaite en apprendre davantage sur notre héros pourra consulter le Fonds Marcel F. Raymond (Martin Reid) qui a été déposé aux Archives gaies du Québec et comprend de nombreux documents datant de 1920 à 2008. Et afin de mieux le connaître « véritablement », on lira ses multiples publications 8, dont ce poème Culturiste jadis, où il revient sur sa démarche de monsieur muscle :

    Il fut un beau culturiste
    culte des belles années soixante
    posait nu, frontal intégral
    pour des photographes altruistes

    mais plus encore que sa stature
    c’est sa musculature verbale et poétique
    qui finira par faire connaître
    ce bel Adonis d’antan 9

    Notes

    1. Denis Martin Chabot, hommage funèbre, 24 mars 2012 : http://www.denismartinchabot.com/www.denismartinchabot.com/Mes_nouvelles/
      Entrees/2012/3/24_MONTREAL___Deces_du_poete_Marcel_F._Raymond.html.
    2. Étienne Dutil, « L’écrivain Marcel F. Raymond n’est plus », Fugues, 21 mars 2012.
    3. Marcel F. Raymond, « La morale, les sbires et le poète obscène », L’Archigai, no 20,
      novembre 2010, p. 1.
    4. Marcel F. Raymond, « Carlos Quiroz, l’homme qui fait fleurir les pénis ! », L’Archigai, no 19, novembre 2009, p. 1.
    5. Marcel F. Raymond, « Un photographe à l’œil tactile », L’Archigai, no 14, octobre 2004, p. 7.
    6. Marcel F. Raymond, « Tony Lanza », L’Archigai, no 15, novembre 2005, p. 5.
    7. Réjean Roy, « Préface », in Marcel F. Raymond, Le retour. Poésie 2000 – 2010, L’arc-en-ciel littéraire, Montréal, 2010, p. 15.
    8. Notamment : Les jardins – impressions canadiennes (1978) ; Anniversaire insolite (1980) ; Les jardins (1980) ; Voyages (1981) ; Le Frondeur calligraphié (1983) ; Questions et réponses pour l’auteur à la recherche d’un éditeur (1989) ; La jungle en folie – poèmes (1989-1998) ; et Le poète nyctalope, Louis Geoffroy (1947-1977) – une analyse de la rencontre des irrévérences et de la provocation dans l’œuvre poétique de Louis Geoffroy, poète québécois de la contre-culture des années 1960-1975 (2011).
    9. Marcel F. Raymond, Le retour…, op. cit., p. 59.

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