Samedi, 22 juin 2024
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    Le génial Ronnie Burkett de retour à Montréal, cette fois avec Little Willy

    Trésor national canadien et maître marionnettiste, Ronnie Burkett revient à Montréal avec son Daisy Theatre, un cabaret de marionnettes débauchées pour présenter Little Willy, une toute nouvelle production basée sur Roméo et Juliette de Shakespeare. Notre collaborateur, Richard Burnett, s’est entretenu avec lui pour Fugues.

    Le petit garçon gai de Medicine Hat, en Alberta, qui a grandi pour devenir le protégé des légendaires marionnettistes Martin Stevens et Bil Baird avant de devenir l’un des grands marionnettistes de sa génération, est maintenant aimé du public du monde entier.

    Burkett a remporté un Emmy Award en 1979 (à 22 ans) pour les marionnettes de la série télé de marionnettes Cinderrabbit diffusée sur PBS, avant de former le Ronnie Burkett Theatre of Marionettes en 1986 à travers de laquelle, il a produit des œuvres satiriques destinées à un public adulte. Le reste appartient à l’histoire.

    Nous nous sommes récemment entretenus avec lui à quelques jours des présentations à Montréal.

    Little-Willy Daisy Theatre photo Dahlia Katz

    La bande du Daisy Theatre est de retour avec une toute nouvelle production basée sur Roméo et Juliette. Que peux-tu nous dire sur votre nouveau spectacle ?

    Je pensais que cela honorerait le barde un peu plus que moi. Je travaillais avec une dramaturge, Tanja Jacobs. Je pense qu’elle pensait que ce serait une interprétation assez directe du texte avec ces personnages. Puis elle est venue voir Little Dickens en décembre dernier et elle a dit: «Oh, je comprends maintenant.»

    La prémisse est que le gang du Daisy Theater pense qu’ils montent la nouvelle comédie musicale All Hands on Deck d’Esmé Massengill, à cause des éléments diva vieillissante et personnage de star de cinéma. Mais le théâtre ayant fait de la publicité en lien avec Shakespeare, ils sont plongés dans une panique. Et, vous savez, toutes les vieilles dames du Daisy Theatre se disputent le rôle de Juliette. Nous avons aussi fait une marionnette de Shakespeare qui apparaît également dans la pièce. Et (le musicien de jazz et conjoint de Ronnie) John (Alcorn) a écrit cinq nouvelles chansons pour le spectacle, qui sont drôles et… assez cochonnes. Vous savez, chaque spectacle du Daisy Theatre commence par un numéro burlesque avec Dolly Wiggler, notre strip-teaseuse. John a composé pour elle une musique d’effeuilleuse de style élisabéthain et shakespearien !

    Comment as-tu géré la période avec la COVID et es-tu soulagé d’être de retour sur scène ?

    Je pense que nous allons tous avoir un syndrôme post-traumatique persistant à cause de cela. Je n’aurais jamais pris une année sabbatique. Donc je l’ai en quelque sorte bien accueilli. Puis ça s’est transformé en deux ans et demi. C’était un peu fou. Quand ça a commencé, j’avais eu une année record. J’étais allé en Australie avant de passer un mois à Vancouver, puis tout à coup nous nous sommes retrouvés en confinement et j’ai vu deux ans de réservations disparaître.

    Je n’avais aucune idée de ce que serait la réémergence du théâtre. À l’époque de «la pause/arrêt», il y avait le grand mouvement Black Lives Matter sur George Floyd et toutes ces conversations sur le retard dans le théâtre au niveau de l’inclusivité et la diversité. Et j’ai pensé, eh bien, peut-être que je ne travaillerai plus de toute façon parce que je suis officiellement un vieil homme blanc maintenant.

    Mais les gens étaient affamés de théâtre en direct et dès que cela a été possible on a réservé une tournée de sept villes. Et j’ai décidé que j’allais faire un autre spectacle — Little Willy — parce que les gens veulent rire. C’était vraiment comme une tournée de retour. Je n’avais pas ressenti ce genre d’enthousiasme de la part d’un public depuis longtemps.

    Ma référence gaie pour les marionnettes était Wayland Flowers et Madame. À propos de qui tu as une belle histoire…

    J’étais à New York et je travaillais pour Bil Baird. J’avais 19 ans, je venais tout juste de Medicine Hat. Et deux marionnettistes avec qui je travaillais étaient amis avec Wayland et m’ont emmené dans l’Upper West Side dans un petit club où il faisait son numéro. Il m’a époustouflé. Je n’avais jamais rien vu de tel, je ne savais même pas qu’on pouvait faire ça avec des marionnettes. Ils m’ont emmené dans les coulisses de sa loge pour le saluer et avant que je puisse dire quoi que ce soit, Wayland m’a juste regardé et a dit: « Je ne t’ai pas rimé dans un couloir quelque part? » Je ne savais même pas ce qu’était le rimming ! Ça m’a figé et que j’ai pas su quoi répondre bien que je percevais qu’il y avait un double sens (rires).


    Les gais adorent ta création d’Esmé Massengill, une diva vieillissante, ancienne star de cinéma. D’où vient-elle?

    Je pense qu’elle est un amalgame de mon amour pour les vieux films d’amour de diva — le cliché du petit garçon gai qui regardait ce genre de films. Et avec ce sens général du camp avec lequel j’ai grandi. L’avantage d’être canadien, c’est que lorsqu’on grandit, on a toute cette influence de la culture américaine, évidemment, mais il y a aussi cette forte influence de la culture britannique, leurs comédies et leur sens du camp et du mime.

    Comment était-ce de grandir en tant qu’enfant gai à Medicine Hat?

    Je me suis senti isolé, c’est pourquoi je pense que les marionnettes m’ont sauvé la vie. Pour un enfant solitaire, voici un métier où on n’es pas enfermé dans son propre corps ou sa propre réalité et on peut inventer n’importe quel personnage, le fabriquer et l’interpréter.

    As-tu pu faire votre coming-out à vos parents

    Oui. Ça a pris du temps. Et bien sûr, ils le savaient déjà. Mon père était joueur de hockey et entraîneur. C’était un sportif. Mais c’est lui qui, dès que j’ai commencé à avoir des concerts, chargeait la voiture et me conduisait à ces concerts à 50 $ quand j’avais 14 ans. Il était donc complice de tout cela.


    Es-tu un artiste queer ou un artiste qui se trouve être queer ?

    Tu sais, c’est une très bonne question. Et je pense que la réponse dépend à la fois de la personne à qui je parle. Je pense que pour les jeunes artistes queer, il est important qu’ils m’entendent dire que je suis un artiste queer. J’en suis très conscient. Et j’aime vraiment le mot queer, tu sais ? Donc si je parle à un jeune créateur de théâtre, à un jeune marionnettiste queer, alors je dis : « Ouais, je suis un marionnettiste queer.

    Comment ton homosexualité influence-t-elle ton travail ?

    Je peux certainement me mettre à la place de personnes qui ne sont pas les bienvenues à table. Je pense aussi que le théâtre est une connexion avec le public au-delà du désir. Même si c’est de la comédie, je pense que nous en avons tous envie et si on peut exploiter cela avec un personnage, en particulier une marionnette, cela prend vie. Je pense que les personnes queer grandissent avec envie. Surtout quand on doit se taire ou essayer de e fondre dans la masse ou d’être invisible. Le sentiment de nostalgie est très réel pour la communauté queer.

    Y a-t-il un «plafond lavande» (une limite pour les LGBTQ) dans le monde des marionnettes ?

    Je ne pense pas. Mais j’ai en quelque sorte suivi ma propre route de toute façon. Tu sais, je n’ai pas perdu de vue que pendant toutes ces années, pour la majorité de ma carrière dans les théâtres régionaux, par exemple, j’ai joué principalement pour un public hétérosexuel — c’est un gros vieux homo là-haut avec ses poupées ! Le public gai a toujours été là aussi, mais je pense que la vraie percée est venue avec The Daisy Theatre. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à remarquer beaucoup plus de personnes queer dans le public.

    Quelles leçons as-tu apprises de tes mentors que tu transmets maintenant aux jeunes marionnettistes ?

    Que si on apprend tôt de bonnes compétences techniques, ce sera notre filet de sécurité pour le reste de notre vie.

    Depuis combien de temps toi et ton partenaire de vie — l’auteur-compositeur-interprète de jazz John Alcorn — êtes-vous ensemble ?


    Vingt trois ans. Nous nous sommes rencontrés par l’intermédiaire d’un dramaturge avec qui je travaillais à l’époque. C’est toujours un un peu suicidaire de travailler avec son partenaire. Il nous a fallu un certain temps pour apprendre à comment travailler ensemble et maintenant nous travaillons très bien ensemble.


    Les fans se jetent-ils encore aux pieds de Ronnie Burkett?

    Nous avons une blague courante : il y a des artistes comme Danny MacIvor et d’autres artistes queer qui font saliver tous les jeunes gars de théâtre parce qu’ils veulent faire leurs pièces. Alors que tout ce que je reçois, ce sont des femmes d’âge moyen qui m’apportent du pain aux bananes dans les coulisses ! Je suis un aimant à femmes ! (rires) J’adore tous mes fans!

    Es-tu impatient de revenir à Montréal? Parce que nous sommes ravis de te revoir!

    Je le suis vraiment. Tu sais, il m’a fallu des années pour arriver au Centaur. Mais la première fois que je suis venu avec The Daisy Theatre, ce fut comme une explosion, du vrai bonheur. Ce fut la même chose avec Little Dickens. J’ai un super public à Montréal.

    Comment te sens-tu quand les gens disent que tu es une légende vivante (parce que tu l’es, Ronnie) ?

    Eh bien, j’ai toujours l’impression d’être au milieu de ça. Mais je vais te raconter une histoire : il y a environ sept ans, j’attendais dans les coulisses pour monter sur scène à Vancouver. C’était un samedi soir, tout le monde était bien habillé et il y avait de l’électricité dans l’air. Je regardais à travers une fente dans le rideau et j’ai eu le tract. Puis j’ai eu ce moment où j’ai pensé: «Attend une minute, Ronnie, ces gens ont pris leur samedi soir et ont choisi d’être à ton spectacle de marionnettes. Et ils ont dépensé 65 $ et se sont mis tout beau pour l’occasion.

    Il m’est apparu à ce moment-là que personne dans ce public ne voulait que cela échoue. Pendant les deux heures suivantes, ces personnes étaient en fait mes meilleurs amis sur la planète. Cela a commencé une histoire d’amour d’un nouveau niveau avec mon public et je n’ai rien d’autre qu’une immense gratitude.

    INFOS | Little Willy, du 2 au 14 mai 2023, au Centaur Theatre dans le Vieux-Montréal.
    centaurtheatre.com/fr/shows/little-willy

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