Mercredi, 24 juillet 2024
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    Le prix de la diversité (et de l’adversité)

    Alexe Frédéric Migneault n’en a que faire de la célébrité. Cette personne non binaire aura toutefois fait couler beaucoup d’encre en novembre dernier, alors qu’iel a décidé d’effectuer une grève de la faim à Québec afin que le marqueur X puisse être inscrit sur sa carte de la RAMQ.

    Si l’on peut désormais demander le marqueur X sur les actes de naissance ou de mariage depuis 2022, l’inscription du X sur des documents d’autres organismes comme la RAMQ et la SAAQ aura pris plus de temps. En mars dernier, Québec a confirmé que le marqueur X pourra être inscrit auprès de ces organismes, seulement quelques mois après que le gouvernement a indiqué qu’il souhaitait attendre le rapport final du Comité des sages sur l’identité de genre — donc pas avant hiver 2025 — avant de prendre une décision à ce sujet.

    En mars dernier, il avait toutefois été affirmé que certains problèmes persistaient, dont l’alphanumérisation des données des personnes demandant le marqueur X auprès de la RAMQ, le sexe biologique des patient.e.s étant considéré comme une donnée importante.

    Qu’est-ce qui t’a incité à faire une grève de la faim ?
    Alexe Frédéric Migneault : Ce n’est peut-être pas génial comme histoire, parce que je n’ai pas vraiment de parcours admirable ou de réflexion deep à apporter. C’était vraiment juste une détresse, un appel à l’aide. J’étais à court de moyen et je sentais que j’avais fait tout ce qu’on m’avait dit que je pouvais faire. J’avais contacté toutes les personnes qu’on m’avait dit de contacter, j’avais usé toute ma patience, j’avais payé pour mes soins, je n’avais plus d’argent pour continuer à payer. J’avais fait de mon mieux pour continuer à fonctionner.

    Puis il n’y avait rien, rien, rien qui débouchait. Je sentais que, dans le fond, il n’y avait que moi que ça affectait. Je sentais que personne ne me croyait quand je leur disais que c’était urgent, que ça avait besoin d’être implanté, que la loi c’était la loi, pis que moi aussi je méritais d’être protégé par la loi autant que les autres personnes. Une grève de la faim était donc le moyen le plus agressivement passif auquel j’ai pu penser pour justement forcer la main des personnes qui sont en position de changer les choses.

    Es-tu satisfait des changements récemment apportés par le gouvernement ?
    Alexe Frédéric Migneault : Non, vraiment pas. Je suis très, très en colère parce qu’il n’y a aucune excuse qui a été présentée. J’estime qu’on nous manque énormément de respect en mettant sur la place publique la validité de nos droits dans un débat qui a déjà eu lieu en Cour et qu’on a gagné en Cour supérieure. Comment ça se fait qu’on se batte encore, alors que la loi a même été amendée et que la décision n’a pas été portée en appel ? Il y a un lien de confiance énorme qui a été brisé. Et les organismes publics ne semblent pas du tout tenir à cœur le fait de nous assurer que nos informations vont être corrigées.

    Je le sais, on leur apprend que ça existe, qu’il y a des personnes qui ne sont pas des hommes et des femmes. On le sait que ça s’insère dans un système qui est vieux et qui est complètement socialement dépassé par ses attentes, par son infrastructure, pis qu’il faut apporter des corrections partout. Et que c’est lourd et c’est lent. Mais l’affaire c’est que ce n’est pas mon problème, ce n’est pas moi qui l’ai fait comme ça. Je n’ai jamais demandé ça, ce n’est pas ma job, je ne suis pas payé pour. Il n’y a pas de raison qu’on me regarde encore des heures en disant : « Oui, mais je ne sais pas quoi faire ».

    Y a-t-il un message que tu aimerais transmettre aux personnes non binaires ?
    Alexe Frédéric Migneault : Ce serait un message d’amour. J’aimerais tendre les bras pour leur offrir un câlin à qui en veut. Parce que c’est aussi une lutte. Il y a des personnes qui sont plus chanceuses que d’autres. Je me considère quand même moyennement chanceux, juste parce que j’ai encore quelques personnes autour de moi. Mais je sais qu’il y a énormément de solitude et je pense que parfois on sent tellement qu’on n’a pas de place nulle part, qu’on se demande si on mérite de l’amour. Mais c’est tellement une erreur de penser ça. On est tellement des êtres aimables, on est tellement des êtres créatifs et des êtres colorés. Nos luttes sont valides, nos luttes sont utiles.

    Et qu’aimerais-tu dire aux personnes LGB+, aux personnes homosexuelles et bisexuelles qui nous lisent ?
    Alexe Frédéric Migneault : Je leur conseillerais peut-être de continuer à regarder ce qui se passe pour les personnes non binaires. Parce que si, nous, on a la liberté d’essayer toutes sortes de choses, pourquoi pas les personnes LGB aussi ? Si, justement, nous, on peut se redéfinir
    complètement dans la société, alors je pense que ça ouvre la voie pour que le reste des gens — qui peut-être sont cantonné.e.s à certaines conventions sociales, dans un souci justement d’éviter la confrontation, de forger sa propre place sans trop de barrières — [puissent aussi se redéfinir]. J’espère que, quand les droits des personnes trans non binaires vont être émancipés, ça va ouvrir des nouvelles portes encore plus grandes aux personnes LGB qui nous ont précédé.e.s et qui ont surtout été les premières personnes sur le front jadis pour défendre nos droits, pour aimer qui elles aiment, pour être qui elles sont. On est vraiment ensemble là-dedans. On est une grande famille.

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