Le célèbre designer a annoncé prendre cette année sa retraite après plus de deux décennies à habiller la communauté 2SLGBTQI+. C’est une marque emblématique, vendue dans de nombreux commerces gais et même mise à l’honneur lors d’un mini-défi dans RuPaul’s Drag Race. Après des années à façonner le style de la communauté, Andrew Christian tire sa révérence.

« Après plus de 25 ans, mes mains vont bientôt déposer l’aiguille qui m’a guidé dans cette vocation », a-t-il déclaré récemment par voie de communiqué.
Fondée en 1997, sa marque s’apprête à vivre son dernier chapitre avec la collection automne-hiver intitulée Bespoke, prévue pour octobre. Elle marquera son ultime message aux fans. « Bespoke sera ma dernière lettre d’amour. Elle rend hommage à cet échange sacré et intime entre le designer et celui qui porte le vêtement — chaque ourlet, chaque couture portera la mémoire historique, la joie de créer et la beauté douce-amère de cet adieu. »
Reconnu pour ses sous-vêtements au nom bien en vue sur la bande élastique, souvent exhibée au-dessus des pantalons et shorts de ses clients, Andrew Christian a fait de sa marque à la fois un projet passionné et un moyen vital de survie.
Dans sa déclaration, il évoque son enfance difficile dans un logement social, où il a subi insultes racistes et homophobes. « J’ai commencé ce parcours avec les blessures encore fraîches de mon enfance… », confie-t-il.

À 18 ans, il fait ses valises, quitte la maison pour Los Angeles avec, selon les dires, 500 $ en poche et un carnet de croquis. Il a déjà raconté avoir vécu dans un garage transformé, effrayé et seul à son arrivée. « Mon carnet était mon seul compagnon, mon armure contre la solitude », partage-t-il. La mode est devenue son refuge, une affirmation de son existence gaie. « Chaque point de couture était un battement de cœur; chaque vêtement, une parcelle de mon histoire, mon propre coming out. »
C’est ainsi qu’il a bâti un véritable empire. Ses produits ont fait le tour du monde, autant dans les boutiques que sur les passerelles. Il a présenté au monde ses « Trophy Boys », des mannequins souvent issus du porno, et même Cher a porté ses créations dans le vidéoclip du 7th Heaven Remix de sa chanson Take It Like a Man.
Dans ses adieux, Christian a adressé un message d’encouragement aux futures générations de créateurs. « Aux jeunes rêveurs queer qui serrent leurs croquis dans les coins de pièces qui n’ont pas été conçues pour vous — je vous vois », a-t-il écrit. « Vos mains tremblent peut-être aujourd’hui, mais elles façonneront un jour des mondes entiers… Prenez la terreur et l’espoir que nous portons toustes dans notre jeunesse, et cousez-les en quelque chose de bouleversant. »

Les raisons derrières cette retraite annoncée
Dans une entrevue accordée à Queerty, Andrew Christian a révélé avoir tenté à plusieurs reprises de vendre son entreprise, mais s’être heurté à une concurrence féroce de la part des géants de la mode rapide en ligne comme Temu, qui copiaient ses modèles moins de 2 semaines après leur lancement.
« La vérité, c’est que le paysage de la mode a complètement changé. On observe un changement évident dans les comportements d’achat, surtout chez les jeunes générations, qui se tournent vers des plateformes de fast fashion comme Shein et Temu, où tu peux acheter des sous-vêtements à 3 $ », a-t-il expliqué à Queerty.
Mais la compétition n’était pas le seul frein à la vente. Selon lui, le climat politique actuel à l’égard de la communauté LGBTQIA+ découragent de plus en plus les grandes entreprises de s’associer à des marques queer, voir à la distribuer.
« J’ai contacté toutes les grandes compagnies de vêtements pour leur proposer d’acquérir la marque Andrew Christian. Malheureusement, aucune n’a manifesté d’intérêt », a-t-il confié. « Il y a clairement aujourd’hui une réticence à s’associer à des entreprises centrées sur les personnes LGBTQ+, une réticence qui n’existait tout simplement pas il y a quelques années. »
Il a lancé un avertissement et un appel à la solidarité au sein de la communauté : « Si la communauté LGBTQ+ ne soutient pas les marques gaies, les bars gais et les entreprises queer en général, il n’en restera plus dans une décennie. On est à un moment critique où notre propre communauté doit faire des choix conscients sur la manière dont elle dépense son argent — sinon, on perdra les lieux et les marques qui nous ont soutenus pendant des décennies. »
Même s’il y a une tristesse bien réelle à voir disparaître une marque emblématique, Andrew Christian insiste sur l’importance de la visibilité qu’il a su créer. Grâce à ses campagnes percutantes et à ses mannequins, sa marque s’est toujours affichée sans complexe, permettant à des gens du monde entier de se sentir vus.
« La marque Andrew Christian leur a donné un sentiment d’appartenance à la communauté LGBTQ+, un lien qui était complètement absent de leur vie », conclut-il.

Réactions
La communauté queer réagit abondamment à cette annonce sur les réseaux sociaux. Si certain·es disent que ce n’est pas la nouvelle qu’iels voulaient entendre pendant le Mois de la Fierté, plusieurs le félicitent pour sa retraite, le remercient de les avoir aidé·es à se sentir sexy ou partagent comment il les a inspiré·es à lancer leur propre ligne de sous-vêtements.
Un de ses célèbres Trophy Boys, Jermayne Larget, a écrit sur Instagram : « Merci pour ton impact dans notre communauté et la visibilité que tu as offerte — toujours plus progressiste et inclusive au fil de ta carrière. Merci de m’avoir offert un rêve vers lequel tendre. Merci de m’avoir permis d’être un de tes Trophy Boys! »
Même si Christian raccroche le jockstrap et le maillot échancré, son héritage se fera sans doute sentir encore à travers les nombreux·ses designers queer des nouvelles générations qu’il a inspiré·es.


