Statistique Canada a levé le voile sur le questionnaire détaillé du prochain recensement, prévu pour le printemps 2026. Ce formulaire, qui sera transmis à un ménage sur quatre, marque un tournant important dans la manière dont le pays mesure sa diversité sociale, sexuelle, de genre et religieuse. Il aborde pour la première fois l’orientation sexuelle des citoyens et cherche à mieux documenter des réalités jusque-là largement invisibilisées, comme l’itinérance cachée.
Le recensement — réalisé tous les cinq ans — demeure un outil fondamental pour comprendre la société canadienne et orienter les politiques publiques.
Obtenir un portrait plus inclusif du Canada et des réalités 2ELGBTQIA+
« On évolue », résume Sébastien Larochelle-Côté, directeur général à Statistique Canada, responsable du recensement et de l’innovation, en entrevue avec Radio-Canada.
Pour cette édition, l’organisme a mené des tests afin d’assurer que le formulaire demeure accessible et que les nouvelles questions ne découragent pas la participation. Parmi les ajouts notables : une section sur l’orientation sexuelle, une première pour un recensement national. Jusqu’ici, ces données n’étaient récoltées que dans d’autres enquêtes ponctuelles de Statistique Canada.
Désormais, les personnes de 15 ans et plus pourront s’identifier comme hétérosexuelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles ou pansexuelles, ou encore préciser une autre orientation dans un champ libre prévu à cet effet. En croisant ces réponses avec celles déjà recueillies sur l’identité de genre, les analystes espèrent obtenir un portrait plus complet de la population 2ELGBTQI+ (Deux esprits, Lesbiennes, Gais, Bisexuels, Transgenres, Queer, Intersexes et autres identités).
Ce changement s’inscrit dans une volonté plus large d’équité. La Loi canadienne sur les droits de la personne reconnaît l’orientation sexuelle comme motif de discrimination. Et en 2023, un groupe de travail fédéral recommandait d’inclure les personnes 2ELGBTQI+ parmi les groupes visés par l’équité en emploi.
L’itinérance visible et invisible mieux documentée
Le formulaire 2026 comprend aussi une innovation majeure : deux questions ciblant les expériences d’itinérance, y compris les formes les plus discrètes, mais tout aussi préoccupantes.
La première question demande si, au cours des 12 derniers mois, la personne a vécu dans la rue, dans un refuge, dans un véhicule, un parc, un bâtiment abandonné ou tout autre type d’abri précaire. La seconde, quant à elle, explore ce qu’on appelle l’« itinérance cachée » — par exemple, avoir dû loger temporairement chez un proche faute d’alternative.
Ces données, bien que limitées par l’incapacité d’atteindre directement les personnes sans adresse, viendront enrichir les statistiques déjà collectées via les dénombrements ponctuels et les bases de données administratives des refuges.
L’objectif est ambitieux : mieux comprendre les dynamiques de l’itinérance pour guider les efforts de la Stratégie nationale sur le logement du Canada, qui vise notamment à enrayer l’itinérance chronique.
Une mise à jour attendue sur la diversité religieuse
Autre nouveauté du recensement de 2026 : le retour de la question sur la religion, qui n’apparaît généralement qu’une fois tous les dix ans. Face aux bouleversements démographiques induits par l’immigration et l’essor des identités séculières, Statistique Canada a décidé d’accélérer la cadence.
Les données de 2021 indiquaient déjà une forte progression de la diversité religieuse : le nombre de personnes s’identifiant comme musulmanes, hindoues ou sikhes a doublé en deux décennies. En parallèle, la part de Canadiens sans affiliation religieuse a grimpé à 34,6 %, contre 16,5 % en 2001.
Pour refléter cette réalité, la liste d’exemples dans le formulaire a été actualisée. Les religions musulmane, hindoue, sikhe, bouddhiste, juive et orthodoxe grecque y figurent désormais, tandis que certaines confessions moins répandues ont été retirées.
Un exercice obligatoire… et essentiel
Le recensement canadien est loin d’être un simple sondage : la loi oblige tous les ménages à y répondre. Dès le 12 mai 2026, chaque foyer recevra soit le formulaire court (concentré sur les données de base), soit le questionnaire détaillé, qui nécessite en moyenne une trentaine de minutes à remplir.
Le libellé officiel de ce dernier a été publié dans la Gazette du Canada, marquant le lancement administratif du processus. Il s’inscrit dans une longue tradition : le tout premier recensement en sol canadien a été réalisé en 1666 par Jean Talon.
Comprendre pour mieux agir
Au-delà des chiffres, le recensement 2026 vise à capturer les multiples facettes d’un Canada en transformation : orientations sexuelles et de genre diverses, réalités précaires de l’itinérance, pluralité religieuse en pleine mutation. À travers ces données, c’est la capacité du pays à se regarder honnêtement qui est mise à l’épreuve — pour que personne ne soit laissé pour compte dans les politiques de demain.

