Surnommée la première dame du théâtre musical canadien, Louise Pitre a fait la pluie et le beau temps sur les scènes des deux côtés de la frontière. Après avoir joué dans Mamma Mia! (qui lui a valu une nomination aux Tony Awards en 2002), Blood Brothers, Sweeney Todd et tant d’autres, l’actrice qui a grandi à Montréal incarne maintenant une ado de 15 ans qui a l’air d’une septuagénaire dans la comédie musicale Kimberly Akimbo, présentée au Centre Segal jusqu’au 21 décembre.
Quels échos avez-vous entendus du show sur Broadway ?
Avant que le spectacle soit joué à New York, trois personnes qui l’avaient vu ailleurs aux États-Unis m’ont écrit pour me dire : « Je viens de voir Kimberly Akimbo, Louise, c’est parfait pour toi ! » Je me disais : « My God, quessé ça ? » J’ai fouillé un peu et l’histoire m’a semblé fantastique. J’ai proposé au Mirvish Theatre à Toronto de monter Kimberly Akimbo. On devait attendre que la production se termine à Broadway pour obtenir les droits. Plus tard, on m’a proposé de le faire au Centre Segal, puis à Toronto ensuite.
Quelles qualités lui ont permis de gagner cinq Tony Awards ?
La première chose, c’est le texte ! C’est rare de jouer une comédie musicale qui est vraiment une pièce de théâtre forte. L’auteur a adapté sa propre pièce en comédie musicale. Les personnages sont pas mal flyés ! Le cœur de cette histoire m’a jetée à terre. Je joue une ado dont la maladie la fait paraître comme une femme de 70 ans, et on sait qu’elle va mourir à 16 ans. Pourtant, ce n’est jamais misérabiliste. Elle fonce tout le temps et reste positive. L’important, c’est maintenant.

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’histoire ?
La jeune fille vit avec ses parents : son père boit trop, sa mère est enceinte. Au début, elle attend que son père vienne la chercher à la patinoire et il arrive avec trois heures et demie de retard. On comprend vite qu’elle ne peut pas compter sur eux. À l’école, on la voit tomber en amour pour la première fois avec Seth, un gars très intelligent qui voit les choses différemment. Il est un peu bizarre, il ne sera jamais cool. Mais Kimberly et lui se comprennent, ils se voient. Il oublie qu’elle a l’air d’une femme de 70 ans.
Il faut aussi mentionner le personnage de la tante, au langage, disons… fleuri.
Oui, la tante de Kimberly est souvent allée en prison. Elle monte un plan un peu croche avec les jeunes de l’école pour les aider à récolter de l’argent : elle veut que Kimberly vive une vraie aventure avant de mourir et que les quatre autres jeunes puissent s’acheter des costumes en vue d’une compétition de danse.
Quels sont les aspects queers du spectacle ?
Les quatre amis s’intéressent à un.e ou l’autre sans être capables de se le dire ni d’être ensemble. À un moment donné, la tante les rassemble et leur dit : « Toi, t’es gai. Toi, t’es hétéro. Toi, gai. Toi, hétéro. » Et elle ajoute : « Je viens de vous sauver 15 ans de thérapie ! »
À quel point est-ce un défi de jouer une ado pour vous ?
Je ne me sens pas du tout comme une femme de mon âge. C’est comme si je me jouais moi-même ! C’est drôle, parce que l’interprète de Seth va avoir 18 ans le 26 novembre. Il a vraiment l’âge de son personnage. J’ai vécu bien des choses depuis cette époque, mais je me souviens très bien de comment je me sentais au secondaire. C’est l’époque où mes parents ont décidé de quitter Montréal pour aller en Ontario. Les autres élèves m’appelaient « Québec », comme si c’était une insulte que je parle seulement français. Même si l’école était bilingue, ce n’était pas cool de parler français. C’est à ça que j’ai pensé pour retrouver ce sentiment d’être en dehors de la gang.
Vous avez joué dans plusieurs comédies musicales au fil de votre carrière. Quels éléments doivent absolument être présents pour que vous ayez envie de plonger dans un projet ?
Un ancien collègue m’a déjà dit qu’il y a seulement deux raisons de faire un show : pour l’argent ou pour l’art — et si tu peux avoir les deux, wow ! Je n’ai pas exactement les deux dans ce cas-ci, mais il faut toujours que je lise le texte et que j’aime la musique. Les personnages doivent être du vrai monde, avec des conflits, des problèmes, de la beauté et de la tristesse. Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait un show qui m’excite autant que celui-là.
Quel rôle les personnes queers jouent-elles dans le succès des comédies musicales ici et ailleurs ?
Énorme ! Cette communauté aime profondément la musique, le drame, les costumes, le côté showbiz et les histoires de grands combats de vie — quand tu dois traverser des épreuves ou quand tu ne te sens pas accepté. Et ça, on le retrouve au cœur de tellement de comédies musicales. Dans ma carrière, les personnes LGBTQ+ m’ont toujours beaucoup aimée ! Je suis expressive, comique et je m’exprime avec le cœur !

