Lundi, 2 février 2026
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    J’ai arrêté le gym et je me sens mieux

    Quand je me suis inscrit au gym, c’était assez clair dans ma tête. Je me disais que si j’avais plus de muscles, je me sentirais sûrement mieux avec moi-même. Ça me semblait une façon logique de gagner un peu de confiance et d’arrêter de douter autant. Je ne me suis pas posé plus de questions que ça.

    Au début, j’aimais ça. Je dormais mieux. Je mangeais mieux. J’étais content d’avoir une routine. J’ai appris à cuisiner du riz, du poulet et des patates douces de quinze façons différentes. J’avais l’impression d’être en train de m’améliorer, de devenir une meilleure version de moi-même, sans trop me demander pour qui je le faisais exactement.

    Après quelques mois, j’ai commencé à remarquer autre chose. Pas juste dans le miroir, mais dans la façon dont les gens réagissaient : plus de regards, plus de compliments, plus d’invitations. Rien de renversant, mais assez pour que je fasse le lien. Pourtant, je n’avais pas changé tant que ça. Je n’étais pas devenu plus intéressant. J’avais toujours les mêmes insécurités, le même humour douteux, le même air bête quand je suis fatigué. J’étais juste plus en shape. Visiblement, dans bien des situations, ça suffisait.

    Le corps, c’est un capital social. Certains physiques donnent accès à des choses plus facilement : de l’attention, des invitations, du sexe, parfois même un semblant de respect. On peut appeler ça des préférences, mais quand ce sont les mêmes silhouettes qui sont constamment mises de l’avant, ça finit par créer une pression claire sur ce qui est désirable et ce qui l’est moins. Ce n’est pas une plainte, c’est un constat. Alors, quand tu as passé une partie de ta vie à te sentir invisible ou de trop, c’est tentant de miser là-dessus.

    Je continuais à m’entraîner. Pas parce que j’aimais tant ça, mais parce que je ne voulais pas perdre ce que ça m’apportait. Je me disais que c’était de la discipline, une bonne habitude à maintenir. Sans m’en rendre compte, je passais plus de temps à m’entretenir qu’à me demander comment j’allais vraiment. Je continuais pareil, sans trop me demander où ça menait.

    Dans ce moment-là, poster des photos sexy sur Instagram s’est fait presque naturellement. Parce que si ton corps devient ta monnaie, tu finis par vouloir le montrer. Je prenais une vingtaine de selfies torse nu et je publiais celui où j’avais l’air le plus musclé, le plus sûr de moi, même si je ne l’étais pas vraiment. Je savais ce que je faisais et ce que ça allait provoquer.

    Aujourd’hui, c’est un des moyens les plus rapides d’avoir un boost de validation. Pas besoin d’avoir quelque chose d’intelligent à dire. Il suffit de montrer un peu de peau. Les likes arrivent aussitôt, les commentaires aussi. C’est un système de récompense simple. Sur le coup, ça fait du bien. Ça rassure juste assez pour avoir envie de recommencer.

    Au fond, je savais que ça ne réglait rien, mais arrêter, ça voulait dire perdre de la visibilité. Je n’étais pas prêt à le faire. Dans un milieu où beaucoup ont grandi en se sentant pas assez masculins ou pas assez désirables, être vu devient une forme de sécurité. On ne s’y accroche pas par narcissisme, mais parce que ça rassure de quoi en dedans. Personne ne te force à jouer à ce jeu, mais tout te pousse à y rester.

    À la longue, ça m’a fatigué. J’avais l’impression de gérer une image plus que de prendre soin de moi. Je mettais beaucoup d’énergie à bâtir un corps que les autres allaient trouver attirant, sans être certain que ça me faisait vraiment du bien. Plus je me montrais, moins je me reconnaissais. Je suis quelqu’un de réservé. Me mettre autant de l’avant, ce n’est pas naturel pour moi.

    Regarder mon chum m’a fait réfléchir, sans qu’il dise quoi que ce soit. Il ne correspond pas aux standards qu’on voit partout. Il ne se compare pas sans arrêt. Il n’essaie pas d’optimiser son image. Pourtant, il a une estime de lui que je lui envie sincèrement. Moi, avec un corps plus en shape, je doutais plus que lui.

    Un matin, je ne suis pas allé au gym. Le lendemain non plus. Les photos ont arrêté en même temps. J’étais tanné de jouer un rôle. J’avais envie de voir ce qui resterait si j’arrêtais d’alimenter tout ça. Les premières semaines ont été rough. Je me sentais moins beau, moins confiant, plus discret. Ça ébranle l’ego. Je me demandais si j’étais en train de régresser ou si je gagnais une liberté. Je n’avais pas encore la réponse.

    Avec le temps, ça s’est placé. Je pense encore à mon corps, mais moins souvent. Je continue de bouger, de manger mes patates douces, de prendre soin de moi. J’aime encore plaire, évidemment. Je fais juste plus attention à la place que ça prend dans ma tête. Je ne ressens plus le besoin de me montrer pour me rassurer.

    Le gym, les muscles ou les photos sexy n’ont jamais été le vrai problème. Ce que je critique, c’était ce que j’espérais régler en passant par là. Je ne suis pas certain que j’en ai fini avec ça. C’est plus facile à dire quand il fait -30 et que tout le monde est caché sous un manteau. L’été va revenir, les corps aussi, et la comparaison qui vient avec. On verra quand l’été va revenir. Je sais juste qu’à un moment donné, m’exposer ainsi me demandait plus que ce que ça m’apportait. Et ça, je ne suis pas le seul à le vivre.

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