Les Pays-Bas viennent d’inscrire une nouvelle page dans l’histoire politique européenne. Le chef du parti centriste D66 (Démocrates 66), Rob Jetten, est devenu le premier premier ministre ouvertement gai du pays après avoir été assermenté le 23 février par le roi Willem-Alexander.
Âgé de 38 ans, Jetten devient également le plus jeune chef de gouvernement de l’histoire néerlandaise.
Son parti a remporté les élections d’octobre dernier, devançant de justesse le Parti pour la liberté (PVV) de l’ultranationaliste Geert Wilders. Le nouveau gouvernement est formé d’une coalition incluant le D66, les chrétiens-démocrates et le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), une formation de centre droit.
Avant la cérémonie d’assermentation, Rob Jetten a publié un message sur le réseau social X soulignant le caractère collectif de ce moment : « Fier de pouvoir accomplir cela ensemble. »
Une symbolique importante pour les communautés LGBTQ+
Pour plusieurs organisations LGBTQ+ néerlandaises, l’accession de Jetten au pouvoir représente un symbole important, même dans un pays considéré depuis longtemps comme l’un des plus progressistes en matière de droits des minorités sexuelles.
Dans un communiqué, l’organisme COC Nederland, l’une des plus anciennes associations LGBTQ+ au monde, a salué la nomination du nouveau premier ministre.
« Le fait que Rob Jetten devienne premier ministre montre que l’orientation sexuelle ne devrait pas être un obstacle. On peut devenir ouvrier, médecin, avocat… et même premier ministre », souligne l’organisation.
COC Nederland rappelle toutefois que les symboles doivent s’accompagner d’engagements concrets. Le groupe entend surveiller de près la mise en œuvre du « Rainbow Agreement », un ensemble de mesures promises par le gouvernement pour renforcer les droits des personnes LGBTQ+.
Parmi les priorités annoncées figurent notamment le renforcement des lois contre la discrimination, une meilleure protection des personnes trans et intersexes, l’augmentation du nombre d’enquêteurs spécialisés dans les crimes haineux et des initiatives visant à favoriser l’acceptation de la diversité sexuelle dans les écoles. « Nous tiendrons le gouvernement responsable de ces promesses », a affirmé l’organisme.
Une présence queer de plus en plus visible en politique
La vie personnelle de Rob Jetten a également suscité l’attention des médias. Le premier ministre est fiancé à Nicolás Keenen, joueur argentin de hockey sur gazon qui a participé aux Jeux olympiques de Paris en 2024.
Avec cette nomination, Jetten rejoint un groupe encore restreint mais grandissant de dirigeants politiques ouvertement LGBTQ+.
Aujourd’hui, seuls quelques chefs de gouvernement ou chefs d’État dans le monde ont fait leur coming-out. Le premier ministre d’Andorre Xavier Espot Zamora s’est déclaré gai en 2023, tandis que la Lettonie est dirigée depuis la même année par un président ouvertement homosexuel, Edgars Rinkēvičs.
Plusieurs dirigeants européens ont également marqué l’histoire récente, dont l’Irlandais Leo Varadkar, premier ministre à deux reprises entre 2017 et 2024, et le Luxembourgeois Xavier Bettel, en poste de 2013 à 2023.
En Europe de l’Est, la Serbie a aussi été dirigée par une première ministre lesbienne, Ana Brnabić, de 2017 à 2024.
Une évolution progressive
L’élection de Rob Jetten s’inscrit dans une évolution plus large de la représentation politique des personnes LGBTQ+. En 2009, l’Islandaise Jóhanna Sigurðardóttir avait été la première cheffe de gouvernement ouvertement lesbienne au monde.
Depuis, d’autres figures politiques ont suivi, comme l’ancien premier ministre belge Elio Di Rupo, l’ancien chef du gouvernement français Gabriel Attal ou encore le dirigeant de Saint-Marin Paolo Rondelli.
Dans les Amériques, la question de la représentation LGBTQ+ pourrait aussi franchir une nouvelle étape. En Colombie, l’ancienne mairesse de Bogotá Claudia López, ouvertement lesbienne, se présente à l’élection présidentielle prévue plus tard cette année. Si elle l’emporte, elle deviendrait la première femme et la première personne ouvertement LGBTQ+ à accéder à la présidence du pays.
Un symbole… mais aussi des attentes
Pour plusieurs observateurs, l’arrivée de Rob Jetten à la tête du gouvernement néerlandais témoigne d’une normalisation progressive de la diversité sexuelle dans la sphère politique.
Mais comme le rappellent les organisations LGBTQ+, les avancées symboliques ne remplacent pas les politiques publiques. Même dans des pays réputés progressistes comme les Pays-Bas, les enjeux liés à la discrimination, aux violences haineuses ou à l’inclusion des personnes trans demeurent bien réels.
L’élection de Jetten représente donc à la fois un moment historique — et un test politique pour les engagements en matière d’égalité et de droits humains.

