Le sénateur Markwayne Mullin est désormais officiellement le nouveau patron du département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS), après le congédiement de l’ancienne gouverneure du Dakota du Sud, Kristi Noem. Donald Trump a mis fin à son mandat après 13 mois à la tête de l’agence, une période marquée par des décisions musclées et de nombreuses controverses.
Ancien combattant de MMA et sénateur à son premier mandat, Mullin ne représente toutefois pas un virage progressiste. Il s’est lui aussi illustré par des positions fermement anti-immigration et opposées aux droits LGBTQ+.
Une gestion controversée des raids migratoires
Le passage de Kristi Noem à la tête du DHS a été particulièrement critiqué pour l’intensification des opérations de l’agence Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans plusieurs villes américaines. Ces interventions s’inscrivaient dans l’objectif de l’administration Trump de procéder à des expulsions massives de migrants.
Officiellement, la Maison-Blanche affirmait que ces opérations visaient uniquement des personnes en situation irrégulière. Mais plusieurs témoignages ont soulevé de graves inquiétudes. Des citoyens américains, des personnes détenant un visa valide ou encore des demandeurs d’asile auraient été arrêtés, détenus et expulsés par erreur.
Parmi les cas les plus choquants figure celui d’Andry José Hernández Romero, maquilleur gai originaire du Venezuela. Arrivé légalement aux États-Unis en 2024 pour demander l’asile après avoir fui la violence anti-LGBTQ+, il a pourtant été arrêté par l’ICE puis expulsé vers la prison de haute sécurité CECOT au Salvador. L’agence l’accusait à tort d’entretenir des liens avec des gangs.
La présence accrue d’agents de l’ICE dans plusieurs villes américaines a déclenché de vives protestations. Dans certains cas, les tensions entre agents et manifestants ont dégénéré en affrontements violents, menant à plusieurs arrestations — et même à deux décès.
Deux morts lors d’une opération de l’ICE
En janvier dernier à Minneapolis, deux personnes de 37 ans, l’infirmier en soins intensifs Alex Pretti et Renee Good, ont été mortellement atteintes par des tirs d’agents de l’ICE.
Les propos tenus par Kristi Noem après le drame ont suscité une indignation généralisée. Elle avait alors qualifié les deux victimes de « terroristes domestiques ».
Cette semaine, lors d’une audition devant le comité judiciaire de la Chambre des représentants, le député démocrate Jamie Raskin lui a donné l’occasion de revenir sur ces déclarations.
« Quelques heures seulement après qu’ils ont été abattus par vos agents, vous avez qualifié Renee de terroriste domestique. Vous avez affirmé qu’Alex avait commis un acte de terrorisme domestique », a rappelé Raskin.
« Je veux vous donner l’occasion, devant tout le pays, de corriger cette affirmation fausse et diffamatoire. Selon ce que vous savez aujourd’hui, Renee Good et Alex Pretti étaient-ils des terroristes domestiques? »
Noem s’est contentée de qualifier l’événement de « tragédie absolue ». « J’offre mes condoléances à leurs familles. Je sais que leur vie ne sera plus jamais la même », a-t-elle déclaré, ajoutant que les deux décès faisaient toujours l’objet d’une enquête.
Raskin lui a répliqué : « Mais vous n’avez pas attendu les résultats de l’enquête avant de les qualifier de terroristes, n’est-ce pas? »
Noem a répété : « J’offre mes condoléances à leurs familles. Mon cœur est avec elles. »
Des propos controversés sur les personnes trans
Kristi Noem est également bien connue pour ses positions hostiles aux droits LGBTQ+. Avant de devenir secrétaire à la Sécurité intérieure, elle avait déjà signé plusieurs lois visant les personnes transgenres alors qu’elle était gouverneure du Dakota du Sud.
En octobre 2024, elle s’est jointe à neuf autres gouverneurs pour déposer un mémoire devant la Cour suprême des États-Unis dans l’affaire U.S. v. Skrmetti, portant sur les soins d’affirmation de genre.
À cette occasion, elle a affirmé — sans preuve — que le gouvernement fédéral de l’époque, dirigé par Joe Biden, « forçait » les États à pratiquer des transitions médicales chez les enfants.
Dans un communiqué, Noem soutenait que Washington « obligeait les États à effectuer des procédures médicales nuisibles, irréversibles et non scientifiques sur des enfants ».
Ces affirmations ont rapidement été dénoncées par l’American Civil Liberties Union (ACLU). « Les propos de la gouverneure Noem sont trompeurs : personne n’oblige l’État à offrir des traitements hormonaux aux enfants », avait alors expliqué Samantha Chapman, responsable du plaidoyer à l’ACLU du Dakota du Sud.
Selon elle, la loi adoptée par l’État forçait plutôt les médecins à ignorer les normes médicales reconnues pour traiter la dysphorie de genre chez les jeunes.
« Cette loi prive les jeunes trans de soins médicaux appropriés et nécessaires et enlève aux parents le droit de chercher des traitements pour leurs enfants », avait-elle ajouté.
Un livre et d’étranges révélations
La politicienne a aussi suscité la controverse pour des passages de son autobiographie No Going Back. Dans le livre, elle raconte avoir abattu son chiot de 14 mois, qu’elle jugeait « impossible à dresser », dans une carrière de gravier.
Elle y affirme également avoir rencontré le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un — une déclaration qui a soulevé de nombreuses questions.
Dans un extrait cité par plusieurs médias, elle écrit : « Je me souviens de la fois où j’ai rencontré le dictateur nord-coréen Kim Jong-un. Il m’a sûrement sous-estimée, sans savoir que j’avais l’habitude de tenir tête aux petits tyrans… »
Interrogée à ce sujet à l’émission Face the Nation, elle a refusé de confirmer clairement cette rencontre. «J’ai rencontré de très nombreux dirigeants mondiaux », a-t-elle répondu. « J’ai beaucoup voyagé et je parle dans ce livre de mon passage au Congrès, de mon mandat de gouverneure et de certains de mes déplacements. Je ne discuterai pas de mes rencontres spécifiques avec des dirigeants.» Le jour même, son éditeur Center Street a annoncé retirer le passage controversé.
Des experts ont également remis en doute la crédibilité de cette affirmation. George Lopez, spécialiste de la Corée du Nord à l’Université Notre Dame, l’a jugée hautement improbable. « Je ne vois pas comment un simple membre du Congrès, sans escorte officielle du département d’État ou de l’armée, aurait pu rencontrer le dirigeant nord-coréen », a-t-il expliqué.

