Pour sa 20e édition, le Festival TransAmériques (FTA) célèbre deux décennies d’audace scénique et de rencontres artistiques venues des quatre coins du monde. Fidèle à sa réputation de vitrine incontournable pour la danse et le théâtre contemporains, l’événement montréalais propose cette année une programmation anniversaire riche en visions singulières, en gestes politiques et en expériences scéniques marquantes.
Parmi la trentaine de propositions présentées au printemps, plusieurs spectacles retiennent particulièrement l’attention. Voici un premier aperçu de six œuvres qui marqueront cette édition spéciale qui se tiendra du 28 mai au 10 juin.
Vampyr
Dans Vampyr, la dramaturge et metteuse en scène chilienne Manuela Infante livre une satire écologique aussi absurde que mordante. Dans un parc éolien balayé par le vent, deux créatures têtues et désorientées errent entre les mondes : tantôt travailleurs de nuit épuisés, tantôt animaux menacés, mi-vivants mi-morts, ils se métamorphosent sans cesse. Sous la forme d’un faux documentaire sur l’impact des éoliennes sur des chauves-souris en voie de disparition, Infante revisite avec un humour acéré le mythe du vampire dans une perspective sud-américaine.
Derrière cette fable étrange se profile une réflexion sur l’illusion d’une économie verte qui perpétue l’exploitation des territoires, des corps et des âmes. Un théâtre physique, ironique et philosophique qui interroge notre insatiable soif de ressources.



Querelle de Roberval
Avec Querelle de Roberval, le metteur en scène Olivier Arteau adapte le roman coup-de-poing de Kev Lambert pour en faire un spectacle incandescent de désir, de violence et de lutte sociale. Dans une scierie en grève où flottent la sueur et la colère, les regards se tournent vers Querelle, ouvrier magnétique dont la liberté trouble les codes virils du milieu. Autour de lui, tensions politiques et pulsions enfouies se mêlent dans un climat électrique. Entre projections visuelles, visions hallucinées et déflagrations émotionnelles, Arteau transforme le récit en une fresque scénique charnelle qui questionne les rapports de pouvoir et l’hétéronormativité. Querelle y devient moins un personnage qu’une énigme — un corps projeté au cœur de nos fantasmes collectifs.
L’éther
Figure majeure de la scène québécoise, Marie Brassard revient au FTA avec L’éther, une création où se croisent mémoire, hallucination et poésie sonore. Sur scène, l’artiste explore les seuils de l’existence, laissant résonner les voix d’êtres chers et les traces des personnages flamboyants qui ont traversé sa vie.
Entre passé et présent, jeunesse et vieillesse, Brassard compose une traversée sensible des mystères qui échappent à la raison. Accompagnée de son complice musicien Alexander MacSween, elle pousse encore plus loin l’expérimentation scénique qu’elle développe depuis plus de vingt ans, entre textures sonores organiques et paysages électroniques. Une œuvre méditative et enveloppante qui frôle les frontières du réel.
The Romeo
Le chorégraphe états-unien Trajal Harrell, figure majeure de la danse contemporaine, signe avec The Romeo une cérémonie chorégraphique fascinante. Dans un décor diaphane et somptueux, entouré d’une douzaine d’interprètes éblouissant·e·s, Harrell imagine une danse fictive qui aurait traversé les siècles jusqu’à aujourd’hui. Le « Romeo », mystérieuse tradition venue d’un autre temps, devient un rituel collectif où se succèdent costumes, personnages et identités multiples. Au fil d’un défilé vibrant porté par une trame musicale exaltante, le chorégraphe convoque l’esprit libre d’Isadora Duncan, la gravité du buto et l’énergie flamboyante du voguing. Une ode sensuelle et joyeuse à la liberté des corps.


Mi madre y el dinero
Du Mexique arrive Mi madre y el dinero, du metteur en scène Anacarsis Ramos, un théâtre documentaire aussi intime que politique. Sur scène, Ramos partage l’espace avec sa mère Josefina, femme débrouillarde qui, au fil de sa vie, a exercé plus de quarante métiers pour survivre. À travers des gestes simples — couper les cheveux, préparer du chorizo — mère et fils racontent une trajectoire faite de précarité, d’inventivité et de résistance.
Entre humour, lyrisme et critique sociale, le spectacle tisse un parallèle touchant entre la vie chaotique de Josefina et celle de son fils artiste. Véritable reine de l’improvisation quotidienne, elle révèle au passage quelques stratégies de survie aussi inattendues qu’inestimables.
2par2
Enfin, la chorégraphe montréalaise Alexandra “Spicey” Landé, figure incontournable du hip-hop québécois, présente 2par2, une création vibrante consacrée à l’art d’être ensemble. Sur une musique originale de son complice Shash’U, dix interprètes virtuoses explorent les dynamiques qui façonnent les relations humaines : amour, amitié, famille, rivalité.
À travers une série de duos en tension constante, la pièce met en lumière les rapprochements, les conflits et les fragiles équilibres qui nous relient aux autres. Fidèle à l’énergie du street dance, Landé compose une fresque chorégraphique festive et incisive où chaque corps affirme sa singularité.
La programmation complète du FTA a été dévoilée le 24 mars et les forfaits avantageux 4+, 8+ et 12+ sont déjà en vente. Les billets à l’unité seront disponibles (plus d’une semaine après la tombée rédactionnelle du magazine) dès le 31 mars. Et comme cette 20e édition regorge d’autres propositions tout aussi captivantes, nous reviendrons sur le reste de la programmation dans les deux prochaines éditions de Fugues.
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