Le Sénégal a franchi un nouveau cap dans la répression des personnes LGBTQIA+. Le président Bassirou Diomaye Faye a promulgué, le 30 mars dernier, une loi qui alourdit considérablement les sanctions liées à l’homosexualité et élargit leur portée à ce que le texte qualifie désormais de « promotion ».
Publié au Journal officiel le lendemain, le texte prévoit désormais des peines de cinq à dix ans de prison pour les relations entre personnes de même sexe, contre un à cinq ans auparavant. À ces sanctions s’ajoutent des amendes fortement rehaussées, pouvant atteindre jusqu’à 10 millions de francs CFA (environ 22 000 $ CA), soit près de sept fois le plafond précédent.
Adoptée le 11 mars par une large majorité de l’Assemblée nationale, la loi ne se limite pas à la criminalisation des relations homosexuelles. Elle introduit également des sanctions contre toute forme de « promotion » ou de « financement » de l’homosexualité — des notions jugées floues par plusieurs observateurs et qui pourraient ouvrir la porte à des interprétations très larges. Le texte prévoit en outre des peines maximales lorsqu’un·e mineur·e est impliqué·e.
Un climat déjà sous tension
Sur le terrain, cette réforme s’inscrit dans un contexte marqué par une recrudescence des discours homophobes et des arrestations. Début février, douze hommes — dont deux figures publiques — ont été arrêtés pour « actes contre nature », une formulation inscrite dans le droit sénégalais pour désigner les relations entre personnes de même sexe.
Depuis, des dizaines d’interpellations supplémentaires ont été rapportées par les médias locaux. Certaines affaires ont été associées à des accusations de transmission volontaire du VIH, contribuant à alimenter des amalgames dangereux et à accentuer les tensions.
Si la loi inclut une disposition visant les dénonciations abusives « faites de mauvaise foi », plusieurs organisations craignent qu’elle ne suffise pas à prévenir les arrestations arbitraires dans un climat déjà très polarisé.
« Valeurs » nationales contre droits fondamentaux
Du côté des autorités, ce durcissement est assumé. Le gouvernement invoque la défense des « valeurs culturelles et morales » du pays, dans une société majoritairement musulmane où l’homosexualité demeure largement rejetée. Le premier ministre Ousmane Sonko a d’ailleurs revendiqué être à l’origine du texte, largement appuyé par la classe politique.
Mais sur la scène internationale, les critiques fusent. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, par la voix de Volker Türk, a dénoncé une loi qui « bafoue » les droits fondamentaux, rappelant les obligations du Sénégal en matière de non-discrimination, de respect de la vie privée et de protection des libertés individuelles.
Une tendance continentale préoccupante
Le Sénégal n’est pas un cas isolé. Cette réforme s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays africains, où les législations visant les personnes LGBTQIA+ se durcissent.
Des enquêtes ont également mis en lumière l’influence croissante de réseaux conservateurs internationaux, dont l’organisation américaine MassResistance, qui collaborent avec des groupes locaux pour promouvoir des lois anti-LGBTQ+.
Des priorités questionnées
Ce durcissement législatif intervient alors que le pays fait face à d’importants défis sociaux et humanitaires. L’insécurité alimentaire touche plusieurs régions, notamment dans le nord et le delta du fleuve Sénégal, tandis que la malnutrition infantile demeure préoccupante.
Les violences sexuelles, les mutilations génitales féminines et l’accès limité aux soins de santé et à l’éducation figurent également parmi les enjeux urgents. Pour plusieurs observateurs, ces priorités auraient mérité une attention accrue, plutôt qu’un renforcement des sanctions visant une minorité déjà vulnérable.
Des vies en danger
Sur le terrain, les conséquences se font déjà sentir. L’organisme STOP homophobie rapporte avoir reçu, ces dernières semaines, des dizaines de témoignages en provenance du Sénégal et d’autres pays africains.
Des personnes y décrivent des situations de traque, de menaces et de violences liées à leur orientation sexuelle ou à leur identité de genre.
Au-delà des textes de loi, ce sont donc des réalités humaines qui se transforment — souvent brutalement. Car derrière les débats juridiques et politiques, ce sont des vies bien concrètes qui basculent.

