Au mois de mai, le Cabaret Mado célébrera son 24e anniversaire. Et, fidèle à sa réputation, on ne lésinera pas sur les moyens. Le 7 mai, le Cabaret vibrera au rythme d’un grand spectacle mettant en vedette une dizaine de drags. Une soirée qui souligne non seulement la longévité de cette institution du Village, mais aussi son évolution constante et son rôle clé dans la création d’une relève. Depuis ses débuts, des dizaines de drags y ont fait leurs premiers pas avant de devenir des stars de la nuit.
Sur scène ce soir-là : Marla Deer, Gisèle Lullaby, Sasha Baga, Victoire de Rockwell et Crystal Starz, entre autres. « Ce sera comme un pré-show du 25e anniversaire, qui aura lieu l’an prochain », explique Mado Lamotte (alias Luc Provost), copropriétaire du Cabaret avec Denis Brossard. « Et cette année, je célèbre aussi 39 ans de carrière. L’an prochain, ça fera 40 ans… en même temps que le 25e du Cabaret, en 2027. Qui l’aurait cru ! »
Une question de durée
« On est encore là après 24 ans, et on continue. Ce n’est pas la fin des drags, loin de là », lance Mado.
Avec des phénomènes comme RuPaul’s Drag Race, des tournées internationales et des salles pleines — jusqu’à l’Olympia —, les drags sont devenues de véritables vedettes.
« On s’adapte constamment, on a toujours de nouvelles idées. Les drags font de tout aujourd’hui, de l’humour, du théâtre… et ça attire des publics très variés. Même des machos à barbe qui se font cruiser par des drags — et c’est souvent très drôle ! »
Le succès est toujours au rendez-vous. « Voir la salle remplie chaque fin de semaine, ça fait plaisir. On est encore capables de livrer de beaux shows, et les gens répondent présents. »
Aujourd’hui, chaque drag peut aussi compter sur sa propre base de fans. « Certaines se spécialisent dans une artiste en particulier, et ça attire un public fidèle. Même les spectacles de jour fonctionnent : Jimmy Moore, par exemple, remplit la salle quand il personnifie Beyoncé ou Taylor Swift. » Et Mado n’est pas en reste : ses célèbres Mado reçoit, les vendredis et samedis, affichent complet chaque semaine.
Encourager la relève
Le Cabaret Mado a toujours été un tremplin pour les jeunes talents. « Il y a beaucoup de jeunes qui veulent performer, qui aiment être sur scène, explique Mado. J’essaie de donner la chance à tout le monde. » Mais trouver l’équilibre n’est pas toujours simple. « Parfois, il faut dire à une drag avec
20 ans d’expérience de laisser sa place, le temps d’une soirée, à quelqu’un qui débute. Il faut réussir à soutenir les deux. »
Après 24 ans, cette mission reste au cœur du Cabaret : valoriser l’expérience tout en ouvrant la porte à la relève — une relève qui, selon Mado, ne manque pas de talent.
Un univers en constante évolution
« On a encore plein d’idées pour le Cabaret », affirme Mado. « Il y a beaucoup de nouveautés, de création, de qualité chez les drags, chez les jeunes. » Le milieu drag s’est d’ailleurs largement diversifié, incluant désormais drag kings, drags femmes et artistes trans. « Il y a une grande variété, une belle diversité. Les soirées Folies Draglesques, par exemple, mêlent burlesque et drag. C’est créatif, différent, et ça plaît beaucoup aux jeunes. »
L’adaptation passe aussi par une lecture fine du public. Mado raconte notamment comment un spectacle hommage à Lady Gaga, organisé à la dernière minute un lundi — jour habituellement de fermeture —, a rempli la salle. « Lorsque Lady Gaga a dû annuler un de ses trois spectacles à
Montréal, quelques drags se sont mises ensemble pour en créer un spécial, alors que normalement, le Cabaret est fermé le lundi. Elles ont fait ouvrir le Cabaret pour un hommage à Gaga et le club s’est rempli le temps de le dire.
Je n’arrivais pas à le croire. Il y avait plein de fans de Lady Gaga qui sont venus au Cabaret pour voir un show de drags sur Gaga ! C’est aussi ça, le Cabaret Mado : apprendre comment fonctionne le public de nos jours.
C’est toute une fierté de voir ça, de rassembler des gens différents qui viennent voir l’art de la drag. Et le Cabaret est reconnu à l’international… Lorsque je parle du Cabaret en France, les gens [de la communauté LGBTQ+] connaissent le club. »
Une signature francophone
Autre particularité du Cabaret, la place accordée à la chanson francophone. « J’essaie toujours d’en inclure. Les gens chantent, ils embarquent. Quand je commence Voulez-vous coucher avec moi ce soir, toute la salle vibre ! »
Entre Broadway, pop internationale et classiques francophones, Mado adapte ses choix pour rejoindre le public. « Tout le monde ne connaît pas par cœur les chansons de Lady Gaga, mais les classiques francophones, ça rassemble toujours. »
À ne pas manquer
Les prochaines semaines s’annoncent chargées. Le 7 mai, ce sera le grand party du 24e anniversaire. Les fans de Tracy Trash seront plus qu’heureux d’apprendre que cette drag montera sur les planches pour une prestation unique en son genre intitulée Tracy Trashe’s Greatest Tits, un « one drag show », le 13 mai prochain.
« C’est un show conceptuel et c’est la première fois depuis longtemps que Tracy Trash n’a pas fait un show solo comme ça, ce sera très théâtral », lance Mado Lamotte. Le lendemain, le 14 mai, Derek Wood présente le spectacle Bromance avec Johnny Jones, Walter Ego, Alastair Sin, Mortal Mess et Dorian Tension.
L’amicale compétition MX Mado se termine sous peu. MX Mado a remplacé l’ancien concours Miss Mado, remixé au goût du jour. Sous la tutelle de la jeune et sympathique Lulu Shade, la grande finale de ce concours se déroulera le 3 juin. Avis aux fans intéressés ! En attendant le 25e anniversaire en 2027, le Cabaret Mado prouve une fois de plus qu’il demeure un pilier de la vie nocturne montréalaise — et un lieu incontournable pour célébrer l’art drag sous toutes ses formes.
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