Jeudi, 13 août 2026
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    Le TIFF 2026, un rendez-vous incontournable, entre autres, pour le cinéma LGBTQ+

    Du 10 au 20 septembre 2026, le Toronto International Film Festival transformera une fois de plus la métropole ontarienne en l’un des centres névralgiques du cinéma mondial. Le TIFF demeure l’un des festivals les plus influents en Amérique du Nord, autant pour ses grandes premières internationales que pour ses découvertes queer appelées à marquer la saison cinématographique à venir.

    Son intérêt dépasse largement les quelques jours du festival : plusieurs des œuvres qui y sont présentées poursuivront ensuite leur parcours en salles ou dans les festivals montréalais de l’automne, notamment au Festival du nouveau cinéma, à CINEMANIA et, bien sûr, à l’incontournable Image+Nation, qui célébrera cette année sa 39e édition, du 19 au 29 novembre.

    Voici donc 25 films et courts métrages LGBTQ+ que j’ai pu repérer dans la programmation du TIFF 2026, mais que je n’ai évidemment pas encore visionnés… Alors, soyez indulgents s’il y a quelques raccourcis ou si certaines thématiques annoncées ne se retrouvent finalement pas tout à fait à l’écran.


    Dans la section Special Presentations

    The Man I Love — Ira Sachs

    À New York, à la fin des années 1980, Jimmy George, artiste de la scène, sait qu’il est condamné par le sida. Plutôt que de construire son récit uniquement autour de la maladie, Ira Sachs s’intéresse au désir qui demeure : désir de vivre, de créer, d’aimer et d’avoir encore une vie sexuelle alors que la mort approche. Ira Sachs a puisé dans ses propres souvenirs du New York frappé de plein fouet par l’épidémie et dans ceux d’amis issus du milieu artistique. Cannes présente d’ailleurs le film comme un hommage à cette génération disparue. Le film travaille directement sur la mémoire gaie du sida, mais refuse de réduire les hommes qui en sont morts au statut de victimes. Il replace au premier plan leur sexualité, leur créativité, leurs amours et leur joie. 

    La Bola Negra — Javier Calvo et Javier Ambrossi 

    Les créateurs de Veneno entrecroisent trois destins masculins dans l’Espagne de 1932, 1937 et 2017. Les trois personnages sont reliés par la sexualité, le désir, la douleur et ce qui se transmet d’une génération à l’autre. L’ombre de Federico García Lorca traverse le film, qui s’inspire notamment d’une de ses œuvres inachevées et de la pièce La Piedra Oscura d’Alberto Conejero. Le film propose une véritable généalogie de l’expérience homosexuelle espagnole, des années de répression précédant et accompagnant le franquisme jusqu’au présent. Les deux Javier s’intéressent particulièrement aux silences, à ce qu’on ne peut pas dire et à la façon dont les blessures des générations précédentes persistent chez les suivantes. C’est un film sur le désir, mais tout autant sur la mémoire queer et sa transmission.

    Coward — Lukas Dhont 

    En 1916, Pierre arrive sur le front belge de la Première Guerre mondiale, déterminé à faire ses preuves. Derrière les lignes, il rencontre Francis, qui organise un spectacle afin d’offrir aux soldats quelques moments d’évasion. Leur rapprochement se déroule au cœur d’un monde façonné par la guerre, la discipline et une conception extrêmement rigide de la virilité. Lukas Dhont confronte le désir entre hommes à l’un des environnements les plus intensément masculins qui soient : l’armée en temps de guerre. Le film permet d’interroger la masculinité, la tendresse entre hommes et les possibilités d’amour dans un système qui exige d’eux violence, courage et conformité. Après Close, Dhont poursuit donc, sous une autre forme, son interrogation sur ce que les normes masculines font aux relations entre garçons et hommes.

    Elsinore — Simon Stone 

    Andrew Scott incarne l’acteur écossais Ian Charleson, célèbre notamment pour Chariots of Fire. Le film revient sur les derniers mois de sa vie alors que, gravement malade du sida, Charleson prépare ce qui deviendra une interprétation légendaire de Hamlet au National Theatre de Londres. Après sa mort en janvier 1990, sa famille accepte que le sida soit publiquement identifié comme cause du décès, geste particulièrement singulier dans le contexte de stigmatisation de l’époque. Elsinore inscrit une histoire individuelle dans celle de la visibilité du sida et des hommes gais britanniques. Il permet également de revenir sur une époque où révéler publiquement qu’un artiste était mort du sida constituait presque un geste militant. 

    Club Kid — Jordan Firstman 

    Jordan Firstman écrit, réalise et interprète cette comédie autour d’un promoteur de soirées new-yorkais dont la vie consacrée aux clubs et à la fête est complètement bouleversée lorsqu’apparaît son fils de 10 ans, dont il ignorait l’existence. Le film confronte un univers de culture gaie et de nightlife à une réalité rarement associée à cette représentation : la paternité. Il ouvre donc sur des questions de vieillissement, de responsabilité et d’évolution des modèles familiaux chez les hommes gais, tout en promettant de conserver le regard irrévérencieux de Firstman sur la sexualité et la culture queer contemporaine.

    Bitter Christmas (Amarga Navidad) — Pedro Almodóvar 

    Deux histoires se répondent. En 2004, Elsa, réalisatrice publicitaire, tente d’échapper au deuil de sa mère en se réfugiant dans le travail. En 2026, Raúl, cinéaste en panne d’inspiration, écrit précisément l’histoire d’Elsa et transforme celle-ci en alter ego féminin. Le film brouille progressivement les frontières entre vie privée, création et autofiction.  Raúl est un homme gai dont le compagnon fait partie de l’univers intime qu’il cannibalise pour créer. Chez Almodóvar, la dimension queer passe ici moins par un récit militant que par la fluidité entre identité, genre et autofiction : un cinéaste gai se projette dans une femme fictive pour raconter une part de lui-même. Ça semble être un prolongement fascinant de la veine autobiographique de Pain and Glory.

    A Long Winter — Andrew Haigh 

    Andrew Haigh adapte une nouvelle de Colm Tóibín autour d’une famille bouleversée par la disparition d’une mère pendant une tempête hivernale. Sous ce récit de disparition et d’isolement se dessine toutefois une dimension de désir homosexuel présente dans le texte de Tóibín. Une analyse universitaire de la nouvelle décrit précisément le parcours du personnage de Miquel comme son passage d’un univers traditionnel vers un monde permettant l’expression du désir. Haigh est l’un des cinéastes contemporains qui a le plus finement filmé l’intimité entre hommes.

    Clarissa — Arie et Chuko Esiri 

    Cette transposition de Mrs Dalloway de Virginia Woolf déplace l’action à Lagos. Clarissa, femme de la haute société, prépare une réception tout en replongeant dans ses souvenirs de jeunesse. Elle repense notamment à Peter, mais aussi à Sally, et à la possibilité qu’elle n’a jamais explorée de vivre son attirance pour elle. Le film traite du désir bisexuel ou sapphique dans un contexte où classe sociale, privilège, attentes matrimoniales et conventions culturelles déterminent fortement les choix. La question n’est donc pas seulement « qui Clarissa désirait-elle? », mais quelle vie aurait-elle pu avoir si elle s’était autorisée à explorer ce désir?


    Dans la section Discovery

    Ancestors — David Turpin

    Situé dans le Londres de la fin des années 1980, le film suit Beau à la recherche de Tiny, un ami mystérieusement disparu. La quête se transforme progressivement en voyage dans les souvenirs, les absences et les fantômes laissés par la crise du sida. Ancestors semble s’intéresser moins à l’épidémie comme événement médical qu’à ce qu’elle a laissé derrière elle : des hommes disparus, des histoires interrompues et une mémoire collective trouée. Il complète remarquablement The Man I Love et Elsinore dans ce qui apparaît comme l’un des grands fils rouges queer de TIFF 2026 : comment raconter aujourd’hui ceux qui ont disparu pendant les années sida?

    I Am Mario / Soy Mario — Sharon Kleinberg 

    Mario est un chauffeur de taxi trans de 40 ans. Une grossesse inattendue lui donne la possibilité de réaliser son désir de devenir père, mais elle l’oblige aussi à confronter ses propres croyances sur la masculinité et son rapport à un environnement social marqué par le machisme. Le Festival de Guadalajara classe explicitement le film comme LGBTQ+ et transgenre. Le film traite de grossesse transmasculine et de paternité trans, sujets encore extrêmement rares au cinéma. Surtout, il ne paraît pas présenter la grossesse comme une contradiction de l’identité masculine de Mario, mais comme une situation qui l’oblige à redéfinir ce que « devenir père » et « être un homme » signifient pour lui.

    Seventeen — Justin Ducharme 

    Ce film canadien, présenté en première mondiale, suit pendant 17 heures trois jeunes Autochtones queer dans le centre-ville de Vancouver. Leurs trajectoires se croisent dans un environnement façonné par le déracinement, les relations affectives, la précarité et les conséquences persistantes du colonialisme. Le film croise queerness et identité autochtone, deux expériences trop rarement réunies au centre d’un long métrage canadien. Il permet également de sortir d’une représentation LGBTQ+ essentiellement blanche et urbaine de classe moyenne pour montrer comment identité sexuelle ou de genre, colonialisme et marginalisation sociale s’entrecroisent.

    Nosotros — Joaquín Ruano 

    Romero quitte les hauts plateaux guatémaltèques pour Guatemala City, où il travaille comme gardien de sécurité. Il y rencontre Nubia, une femme trans avec laquelle il développe rapidement un lien affectif. Après la mort violente de Romero, Nubia ramène son corps dans les montagnes et découvre l’homme qu’il était avant leur rencontre. Le film place une femme trans au cœur d’une histoire d’amour, mais aussi d’un récit sur la violence et la différence entre monde urbain et milieu rural. Il semble particulièrement intéressant pour la manière dont il confronte amour trans, masculinité et préjugés sociaux en Amérique centrale.


    Dans la section — Platform

    Masc — Bertil Nilsson 

    Robin est jeune, autiste, métis et queer. Cherchant désespérément à trouver sa place, il modifie son apparence, ses comportements et ses rôles sociaux afin de comprendre quelle sorte d’homme il est censé devenir. Le film suit cette expérience sur une année. C’est l’un des films les plus clairement intersectionnels de la sélection 2026. Il permet de réfléchir à la manière dont un homme queer neurodivergent apprend ou reproduit les codes de la masculinité. Plus profondément, Masc semble demander si la masculinité elle-même n’est pas une performance sociale que chacun apprend à jouer.

    The Smell of Apples — John Trengove 

    Dans l’Afrique du Sud blanche de 1974, Marnus, 11 ans, vit au sein d’une famille privilégiée sous l’apartheid. Une accusation portée contre le petit-fils de la domestique de la famille déclenche une spirale de violence et expose progressivement l’hypocrisie et les abus cachés derrière la façade respectable de son milieu. Le film est adapté du roman de Mark Behr. Bien que le synopsis du programme du Tiff N’en fait pas mention, la source littéraire associe sexualité masculine, bisexualité/homosexualité, abus, homophobie et construction de la masculinité afrikaner.

    Brace Your Heart — Amanda Kernell 

    Dans un village sámi isolé, Ejva, 20 ans, hérite du troupeau de rennes de son père. Le chef local Heaika veut nouer une relation avec elle, qu’elle semble accepter davantage par pression que par désir. L’arrivée de sa cousine Nejla bouleverse sa vie : Ejva découvre alors ce que le synopsis officiel appelle son premier véritable amour. C’est une romance entre femmes qui s’inscrit dans une autre question identitaire majeure : la survie culturelle sámie et le poids des traditions. Le film paraît donc mettre en tension désir lesbien, héritage familial, attentes communautaires et autonomie personnelle.


    Dans la section Centrepiece

    Julián — Louise Bagnall 

    Julián passe l’été à Brooklyn avec sa grand-mère. Fasciné par les sirènes, il finit par comprendre qu’il veut lui-même en devenir une. Son voyage imaginaire et familial l’amène à explorer son identité, son expression de genre et son héritage caribéen.  Julián est particulièrement précieux parce qu’il aborde l’expression de genre chez l’enfant sans nécessairement imposer une étiquette identitaire adulte. Ce film d’animation semble plutôt célébrer la liberté d’explorer qui l’on est et l’importance d’un adulte aimant qui accompagne cette découverte au lieu de la réprimer.

    Eklipse — Manuel Wetscher 

    Dans les Alpes autrichiennes, durant l’été 1999, Tomy passe ses vacances avec son meilleur ami Chris. La mère de Tomy lui cache pourquoi son père est hospitalisé. Lorsque Chris découvre que celui-ci souffre de ce qu’il appelle « la maladie des gais », la peur et les préjugés s’installent entre les deux garçons.  Eklipse observe le sida à travers les yeux d’un enfant dont le père est gai, plutôt que depuis le point de vue du malade lui-même. Il montre ainsi comment la stigmatisation du VIH et l’homophobie se transmettent aux enfants et peuvent contaminer leurs amitiés bien après les années les plus meurtrières de l’épidémie.

    Neverman — Rodrigo Barriuso 

    Lucía, ancienne militante trans, vit avec la maladie d’Alzheimer. Placée dans une résidence hostile aux personnes trans, elle doit continuer à défendre son identité alors que la démence la ramène mentalement à une période antérieure à sa transition. Le sujet est presque inédit : que devient l’identité d’une personne trans lorsque sa mémoire disparaît et qu’elle dépend entièrement des autres pour que cette identité soit respectée? Le film touche ainsi au vieillissement LGBTQ+, aux soins de longue durée, à la dignité et au danger de voir les institutions effacer une transition lorsque la personne n’est plus en mesure de la défendre elle-même.

    Trash Mountain — Kris Rey 

    Gavin, jeune homme gai installé à Chicago, retourne dans sa petite ville natale du Missouri après la mort de son père, atteint d’un trouble d’accumulation compulsive. Il hérite d’une maison littéralement remplie des objets que son père a conservés. Derrière la prémisse comique se profile une histoire très familière pour plusieurs personnes queer : partir de sa petite ville pour se construire ailleurs, puis être forcé d’y revenir. Le rapport père-fils, les différences entre vie queer urbaine et milieu rural et le poids de ce qu’on hérite de sa famille devraient constituer le cœur de son intérêt.

    Tangles — Leah Nelson 

    Sarah est une artiste et militante qui vit à San Francisco à la fin des années 1990, travaille pour un magazine queer et vient de tomber amoureuse de Donimo. Lorsque sa mère développe la maladie d’Alzheimer, elle retourne auprès de sa famille et se retrouve déchirée entre sa nouvelle vie et ses obligations comme proche aidante. Le film adapte le mémoire graphique de la Canadienne Sarah Leavitt. Tangles permet de parler de quelque chose de très peu représenté : l’expérience des personnes lesbiennes comme proches aidantes, et la manière dont une vie queer construite ailleurs doit parfois être renégociée au contact de la famille d’origine. Mis en parallèle avec Neverman, il ouvre un remarquable dossier sur communautés LGBTQ+, Alzheimer et vieillissement.

    Elephants in the Fog — Abinash Bikram Shah 

    Dans un village népalais, Pirati dirige une communauté de Kinnars. Ces femmes trans — ou personnes appartenant à une tradition de troisième genre propre à l’Asie du Sud — sont simultanément respectées pour certains rôles rituels et marginalisées socialement. Pirati rêve de partir à Delhi avec l’homme qu’elle aime, mais doit renoncer temporairement à ce projet lorsqu’Apsara, une jeune membre de la communauté, disparaît. Le film, qui décentre complètement le regard occidental sur la transidentité, s’intéresse à une communauté dont l’histoire et les structures identitaires ne se superposent pas parfaitement aux catégories LGBTQ+ nord-américaines. Il aborde transidentité, troisième genre, marginalisation, désir, famille choisie et solidarité communautaire dans un contexte culturel népalais.


    Dans la section TIFF Docs

    Rapinoe — Rebeca Huntt 

    Rebeca Huntt consacre son documentaire à Megan Rapinoe, l’une des joueuses de soccer les plus célèbres de sa génération, mais aussi l’une des athlètes lesbiennes les plus visibles au monde. Le film retrace nécessairement sa trajectoire sportive, mais aussi sa transformation en figure publique engagée. Rapinoe a contribué à faire de la visibilité lesbienne dans le sport professionnel une réalité impossible à ignorer. Son parcours permet d’aborder le coming out dans le sport, l’égalité salariale, le sexisme, la visibilité médiatique, l’engagement politique et le coût personnel associé au fait de devenir un symbole pour toute une communauté.


    Quelques courts métrages dans la section Short Cuts

    Driftwood — A.C. Birch 

    Ce court métrage canadien suit deux amis qui trouvent refuge dans les îles de Toronto après qu’une expérience sexuelle vécue par l’un d’eux provoque un profond malaise avec son corps. Le film aborde la dysphorie, l’intimité et la vie trans sans nécessairement transformer son personnage en objet d’explication. L’intérêt semble plutôt résider dans le soutien entre amis et dans la manière dont une personne trans réhabite son corps après une expérience déstabilisante.

    Buddies — Fraser Wolfe 

    Pendant une fin de semaine de ski, Aiden, 14 ans, explore la nature exacte de son lien avec Lucas. Une proximité familière entre garçons commence à prendre une autre signification. Le film s’intéresse à ce moment très précis précédant parfois toute définition identitaire : l’instant où une amitié devient désir. Cette approche permet de représenter l’éveil queer adolescent avec la confusion, l’intensité et l’absence de vocabulaire qui peuvent l’accompagner.

    2:Love — Ronni Shalev 

    Dans ce court métrage d’animation, deux ramasseuses de balles abordent un grand tournoi de tennis comme des rivales. Lorsqu’elles se regardent, la compétition se transforme progressivement en attirance et en passion. C’est probablement l’œuvre la plus légère et ludique de la sélection : le désir entre filles y apparaît comme une énergie joyeuse qui vient court-circuiter les règles de la compétition. Après plusieurs films marqués par le sida, la violence ou la marginalisation, cette représentation sapphique, romantique et animée apporte une tonalité bienvenue.

    INFOS : https://tiff.net/

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