Vendredi, 18 septembre 2026
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    Hommage à Bob Mackie, légende d’Hollywood et icône de la culture queer

    Des plumes, des cristaux, des paillettes et des silhouettes faites pour ne jamais passer inaperçues. Bob Mackie, l’un des plus célèbres créateurs de costumes américains, est décédé le 14 septembre à Palm Springs, en Californie, à l’âge de 87 ans, des suites d’une pneumonie. En plus de six décennies de carrière, il aura habillé une impressionnante partie du panthéon du spectacle américain : Cher, Diana Ross, Tina Turner, Dolly Parton, Barbra Streisand, Elton John, Madonna, Bette Midler, RuPaul ou encore Whitney Houston. Son esthétique flamboyante aura aussi profondément marqué la culture queer et l’univers du drag.

    Né Robert Gordon Mackie le 24 mars 1939 à Monterey Park, près de Los Angeles, Bob Mackie grandit avec les comédies musicales et le glamour des grands spectacles hollywoodiens. Après un passage au Chouinard Art Institute, il fait ses premières armes comme illustrateur dans les studios, travaillant notamment auprès des légendaires Jean Louis et Edith Head.

    À seulement 23 ans, il participe déjà à la création d’une image appelée à entrer dans l’histoire de la culture populaire américaine. En 1962, alors qu’il travaille pour Jean Louis, Mackie réalise le croquis de la robe transparente recouverte de cristaux que Marilyn Monroe porte lorsqu’elle chante Happy Birthday, Mr. President à John F. Kennedy au Madison Square Garden.

    Quelques années plus tard, c’est cependant la télévision qui va véritablement faire de son nom une référence.

    Des dizaines de costumes par semaine
    En 1967, Bob Mackie rejoint The Carol Burnett Show. Il y travaille pendant plus d’une décennie, concevant des milliers de costumes et devant parfois produire plusieurs dizaines de créations en une seule semaine.

    Chez Mackie, le costume ne sert jamais simplement à habiller un interprète. Il fait partie du personnage, de la mise en scène et, dans le cas de Carol Burnett, de la blague elle-même.

    La meilleure illustration demeure probablement la célèbre « robe-rideau » conçue en 1976 pour Went with the Wind!, une parodie d’Autant en emporte le vent. Burnett apparaît dans une robe verte confectionnée à partir d’un rideau, avec la tringle toujours posée sur ses épaules. Le costume est devenu si emblématique qu’il fait aujourd’hui partie de la collection du Smithsonian National Museum of American History.

    Mais c’est avec Cher que Mackie pousse son esthétique spectaculaire jusqu’à ses limites.

    Cher et Bob Mackie : un duo qui change les règles
    Leur collaboration s’étendra sur plusieurs décennies et contribuera à façonner l’image publique de la chanteuse. Pour Cher, Mackie imagine des robes presque transparentes couvertes de cristaux, des plumes gigantesques, des coiffes monumentales et des silhouettes qui jouent constamment avec ce que la télévision, les tapis rouges et les cérémonies américaines acceptent alors de montrer.

    La célèbre robe « illusion de nudité » portée par Cher au Met Gala de 1974 demeure l’une de leurs créations les plus célèbres. Cette manière de recouvrir stratégiquement le corps de perles et de cristaux tout en donnant l’impression qu’il est presque nu deviendra d’ailleurs l’une des signatures de Mackie.

    Au fil des décennies, il habille aussi Diana Ross, Tina Turner, Dolly Parton, Barbra Streisand, Elton John, Bette Midler, Liza Minnelli, Whitney Houston, Madonna et RuPaul, entre autres. Ses costumes accompagnent ainsi certaines des images les plus reconnaissables de la culture populaire américaine.

    Son travail lui vaut neuf Emmy Awards, trois nominations aux Oscars et, en 2019, un Tony Award pour les costumes de The Cher Show. Cette même année, le Council of Fashion Designers of America lui remet son Geoffrey Beene Lifetime Achievement Award pour l’ensemble de sa carrière.

    Ray Aghayan, son compagnon pendant près de cinquante ans
    Derrière cette carrière exceptionnelle se trouve également une longue histoire d’amour : celle qu’il partage avec le costumier Ray Aghayan.

    Les deux hommes se rencontrent au début des années 1960 et deviennent partenaires dans la vie comme dans le travail. Ensemble, ils collaborent à plusieurs productions importantes. Dès 1967, Mackie et Aghayan remportent notamment un Emmy pour leur travail sur le téléfilm Alice Through the Looking Glass.

    Aghayan meurt en 2011, après avoir partagé près d’un demi-siècle de la vie de Mackie.

    La durée de cette relation prend une résonance particulière lorsqu’on la replace dans son époque. Les deux hommes se rencontrent alors que l’homosexualité demeure fortement stigmatisée aux États-Unis et que les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont encore criminalisées dans plusieurs États.

    Mackie ne fera jamais de son orientation sexuelle le centre d’un discours militant. Son parcours raconte plutôt l’histoire d’un homme gai de sa génération qui réussit à construire une vie personnelle durable et une œuvre considérable au cœur même d’une industrie extrêmement exposée.

    Une esthétique adoptée par la culture queer et drag
    L’influence de Bob Mackie dépasse largement les célébrités qu’il a habillées. Paillettes, plumes, transparences, silhouettes exagérées, humour, glamour assumé et jeu avec les codes du genre : son vocabulaire esthétique possède plusieurs des caractéristiques que l’on associe aujourd’hui au camp et à la culture drag.

    Ses vêtements sont conçus pour transformer la personne qui les porte. Ils agrandissent le corps, le théâtralisent et lui permettent d’occuper tout l’espace.

    Il n’est donc guère étonnant que plusieurs générations de drag queens se soient approprié cet univers.

    Mackie a notamment habillé RuPaul et est devenu une figure familière de l’univers de RuPaul’s Drag Race. RuPaul lui a d’ailleurs consacré une variation devenue célèbre de sa propre maxime : « We’re all born naked, and the rest is Bob Mackie. »

    Une phrase qui résume assez bien le pouvoir que Mackie attribuait au costume : on ne s’habille pas seulement pour couvrir son corps, mais aussi pour décider de la manière dont on veut être vu.

    De Cher à Miley Cyrus, six décennies de glamour
    Ce qui frappe également dans l’œuvre de Bob Mackie est sa capacité à traverser les générations. Ses créations et ses archives ont continué d’être portées ou revisitées par des artistes beaucoup plus jeunes, dont Miley Cyrus, Zendaya, Taylor Swift et Sabrina Carpenter.

    Une robe créée plusieurs décennies auparavant peut ainsi réapparaître sur un tapis rouge ou une scène et sembler immédiatement contemporaine.

    Parce que derrière les cristaux et les plumes se trouve une idée étonnamment durable : le vêtement comme outil de transformation et d’affirmation de soi.

    Plus que des paillettes
    Bob Mackie aura vu ses costumes entrer dans les musées, remporté certaines des plus importantes récompenses de son métier et habillé des artistes qui, à leur tour, sont devenus des icônes.

    Mais son héritage auprès des communautés LGBTQ+ ne se résume pas à la liste impressionnante des vedettes queer qu’il a habillées.

    Il était un homme gai ayant commencé sa carrière à une époque où vivre ouvertement son homosexualité pouvait encore entraîner d’importantes conséquences personnelles et professionnelles. Il a partagé près de cinquante ans de sa vie avec Ray Aghayan tout en construisant une carrière au sommet du spectacle américain. Puis son travail a été adopté par la culture drag et par plusieurs générations d’artistes queer.

    Et surtout, Bob Mackie n’a jamais conçu des vêtements destinés à disparaître.

    Une plume de plus. Quelques centaines de cristaux supplémentaires. Une transparence audacieuse. Une silhouette encore plus spectaculaire.

    Tout était pensé pour attirer le regard.

    À travers Cher, Tina Turner, Diana Ross, Elton John, RuPaul ou Carol Burnett, Bob Mackie a habillé une partie de l’histoire du spectacle américain. À travers son parcours personnel et l’influence considérable de son esthétique sur le drag et la culture camp, il laisse également une empreinte durable dans l’histoire queer.

    Bob Mackie laisse derrière lui des milliers de costumes et une esthétique devenue un langage à part entière : celui d’un glamour excessif, joyeux et parfaitement assumé, où être vu n’a jamais été quelque chose dont il fallait s’excuser.

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