Jeudi, 13 août 2026
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    Le 12 août, j’achète un livre québécois… queer

    Le 12 août, J’achète un livre québécois est devenu un sympathique rituel estival : une invitation à entrer dans une librairie, à se laisser tenter et, surtout, à soutenir celles et ceux qui écrivent et publient ici. Pour l’occasion, pourquoi ne pas profiter de la richesse grandissante de la littérature LGBTQ+ québécoise? Romans, récits intimes, poésie, essais, littérature jeunesse : les parutions des trois dernières années témoignent d’une étonnante diversité de voix et de préoccupations. Voici quelques titres parus entre 2024 et 2026 à glisser dans votre panier.

    Bastien sort ce soir — Mathieu Pierre

    Une éducation sentimentale et sexuelle résolument queer. Dans Bastien sort ce soir, Mathieu Pierre construit son personnage à travers une succession d’expériences, de rencontres et d’échecs. Bastien cherche les autres autant qu’il se cherche lui-même, avec le désir et le regard extérieur comme miroirs parfois déformants de son identité. Le roman se distingue également par sa forme : certains chapitres peuvent presque se lire comme des nouvelles indépendantes et l’auteur varie les dispositifs narratifs, allant jusqu’à intégrer les échanges d’un jeune homme qui s’expose devant une webcam. Derrière les expérimentations demeure une question profondément queer : comment se construire lorsqu’on a longtemps appris à se regarder à travers les yeux des autres?

    La Mèche courte — Marilyse Hamelin

    Avec son premier roman jeunesse, Marilyse Hamelin n’a certainement pas choisi la voie de la prudence. La Mèche courterassemble une bande d’ados aux identités et aux expériences multiples : une jeune fille trans, un garçon pansexuel, une lesbienne, une adolescente asexuelle et une jeune hétéro à la libido particulièrement assumée. Plutôt que de transformer ses personnages en modèles irréprochables de diversité, l’autrice leur permet de se tromper, de se contredire, de se juger, de se réconcilier et d’apprendre. Le résultat aborde de front sexualité, consentement, orientation sexuelle et identité de genre sans réduire les personnages à ces seules dimensions. Un choix tout indiqué pour les ados… et probablement pour quelques adultes qui auraient avantage à leur emprunter le livre.

    Histoires LGBTQ+ au Québec et au Canada — Jean-Charles Panneton

    Pour comprendre le présent, encore faut-il connaître les combats qui l’ont précédé. L’historien et politologue Jean-Charles Panneton propose un ouvrage accessible consacré à quelques grands moments de l’histoire LGBTQ+ québécoise et canadienne. La purge menée contre les personnes LGBTQ+ au sein de l’appareil fédéral, la descente policière du Truxx, l’évolution du Village gai de Montréal, la bataille pour les unions civiles et le mariage entre personnes de même sexe : le livre rappelle le chemin parcouru. Panneton fait également revivre des figures comme la poète lesbienne Elsa Gidlow, le transformiste Guilda et la militante trans Marie-Marcelle Godbout. À une époque où certains acquis sont de nouveau contestés, voilà un livre qui rappelle utilement que les droits n’apparaissent jamais spontanément : ils sont le résultat de décennies de mobilisations.

    Vida — Nicholas Dawson

    Après Désormais, ma demeure et House Within a House, Nicholas Dawson poursuit une œuvre où l’intime, l’identité, la famille et la mémoire occupent une place centrale. Dans Vida, l’auteur et éditeur plonge cette fois dans la peur, la maladie et le deuil, notamment celui de sa sœur, l’écrivaine Caroline Dawson. Construit sous la forme d’un journal, le livre avait été amorcé avant le décès de cette dernière. Cette chronologie lui confère une charge particulière : le lecteur assiste à une écriture rattrapée par le réel, puis transformée par lui. Un récit vulnérable sur la mémoire familiale et sur ce que l’écriture permet — ou ne permet pas — de réparer.

    Tombée de la nuit — Maryse Andraos

    Aux Îles-de-la-Madeleine, une écrivaine tente de se retirer du monde pour écrire. Puis Marianne entre dans sa vie. Entre les deux femmes s’installe une relation passionnelle où l’attirance, le désir et la peur de l’abandon se heurtent rapidement. Maryse Andraos ne raconte pas simplement une histoire d’amour lesbienne : elle s’intéresse aux mécanismes intimes qui nous poussent vers l’autre tout en nous incitant parfois à le repousser. Désir, mémoire, solitude et quête identitaire se rencontrent dans un texte profondément introspectif. Publié dans la collection Queer de Triptyque, le roman est également répertorié par BAnQ parmi les œuvres mettant en scène des personnages lesbiens.

    Straight Park — Gabriel Cholette

    Après Les carnets de l’underground, Gabriel Cholette replonge dans les marges de la nuit montréalaise. Lorsqu’il apprend que des personnes queers et trans investissent un skatepark du Mile End les jeudis soir, il découvre un îlot de liberté au milieu d’un environnement largement hétéronormatif. Mais la fête et la communauté côtoient ici des zones beaucoup plus sombres : drogues, comportements autodestructeurs, souvenirs amoureux et violence. Straight Park poursuit ainsi l’exploration d’une jeunesse queer qui tente d’inventer ses propres espaces, ses codes et ses façons d’exister. BAnQ classe notamment l’ouvrage sous les thèmes de la culture des minorités sexuelles, de l’homosexualité masculine et de Montréal.

    En formes de fille(s) — Maude Lafleur

    Comment devenir soi lorsqu’on ne se reconnaît pas dans les catégories qu’on nous propose? Dans ce premier roman, Maude Lafleur accompagne son personnage de l’enfance jusqu’à l’âge adulte dans une double exploration de l’orientation sexuelle et du genre. Le titre annonce déjà le programme : interroger les multiples « formes » que peut prendre une identité lorsqu’elle refuse de demeurer sagement dans les contours qu’on lui avait assignés. Une œuvre sur la construction de soi, mais également sur la possibilité de désapprendre certaines normes pour mieux se réinventer. Fugues l’avait retenu parmi ses suggestions de livres québécois LGBTQ+ récents.

    Les Sentiers de neige — Kev Lambert

    Après le succès international de Que notre joie demeure, Kev Lambert change complètement de registre et nous entraîne dans l’imaginaire de l’enfance.

    Zoey et sa cousine Émie-Anne se lancent dans une aventure où jeux vidéo, créatures fantastiques et réalité familiale s’entremêlent. Sous les apparences du conte se dessine cependant quelque chose de beaucoup plus douloureux : le sentiment d’être différent, la violence des normes de genre, l’homophobie, le sexisme, le racisme, la grossophobie et les blessures que les adultes transmettent parfois aux enfants sans même les voir. La question du genre traverse profondément le parcours de Zoey et transforme le récit initiatique en exploration de la possibilité de devenir soi.

    C’est ainsi que je ne suis personne — Zed Cézard

    Pour celles et ceux qui souhaitent sortir du roman, la poésie offre elle aussi de remarquables territoires queer. Artiste non binaire, Zed Cézard rassemble ici des fragments de mémoire autour d’une identité en mouvement. Entre prose poétique, souvenirs et réflexion sur soi, C’est ainsi que je ne suis personne explore moins la nécessité de définir son identité que la liberté de la laisser mouvante. Une œuvre qui rappelle que la littérature queer peut justement être l’endroit où les catégories cessent d’être obligatoires.

    CHEER — Laura Doyle Péan

    Poète, artiste multidisciplinaire et figure bien connue des milieux queer montréalais, Laura Doyle Péan plonge dans l’univers du cheerleading pour interroger tout ce qui se cache derrière ses sourires impeccables et ses chorégraphies parfaitement synchronisées. La performance sportive devient le point de départ d’une réflexion sur le corps, la race, le poids, l’expression de genre, l’orientation sexuelle et cette injonction persistante à correspondre au modèle dominant. À travers la poésie narrative, CHEER confronte ainsi l’idéal d’uniformité à la réalité de celles et ceux dont le corps ou l’identité refusent précisément de se fondre dans le rang.

    Opération fleur de nuit — Laura Doyle Péan et Maylee Keo

    Il n’est jamais trop tôt pour remplir une bibliothèque de personnages qui reflètent réellement la diversité du monde. Dans cette bande dessinée jeunesse, Max, 11 ans, est non binaire. Sur le chemin de l’école, iel découvre qu’une friche est désormais couverte de déchets et décide de comprendre ce qui s’est passé. L’identité de genre du personnage existe sans devoir constituer à elle seule « le problème » du récit. Et c’est justement ce qui rend ce genre de représentation précieux : un personnage non binaire peut aussi simplement partir à l’aventure, résoudre un mystère et vouloir sauver son environnement. Une belle option pour faire du 12 août une affaire de famille.


    Et pourquoi pas un livre qui conserve notre mémoire?

    Si vous ne devez en choisir qu’un pour compléter votre pile, Histoires LGBTQ+ au Québec et au Canada constitue peut-être l’un des achats les plus directement liés à l’état actuel de nos communautés. Le livre revient notamment sur la purge anti-LGBTQ+ au gouvernement fédéral, le raid du Truxx, l’histoire du Village gai, le mariage pour tous ainsi que les parcours d’Elsa Gidlow, Guilda et Marie-Marcelle Godbout.

    Car acheter un livre LGBTQ+ québécois le 12 août, ce n’est pas uniquement encourager la littérature d’ici. C’est aussi contribuer à faire circuler des histoires qui ont longtemps été absentes des rayons, à préserver une mémoire parfois fragile et à permettre à de nouvelles voix de raconter nos désirs, nos familles, nos colères, nos amours et nos contradictions.

    Alors, aujourd’hui, poussons la porte de notre librairie indépendante préférée. Et surtout, prévoyons un peu plus de place que nécessaire dans le sac : un seul livre, c’est rarement assez.

    Pour plus d’idées, visitez la section LIVRES de Fugues

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