À moins de trois semaines des élections québécoises du 5 octobre, Les 3 sex interpelle les partis politiques et leur demande de prendre des engagements clairs en matière de droits sexuels et reproductifs. Avortement, contraception, éducation à la sexualité, cyberviolences, montée des discours antiféministes et masculinistes, travail du sexe : l’organisme montréalais présente neuf revendications qui concernent particulièrement les femmes et les personnes LGBTQ+.*
Pour Les 3 sex*, les droits sexuels et reproductifs ne peuvent être considérés comme des questions périphériques dans la présente campagne électorale. Ils touchent directement à la liberté de disposer de son corps, à l’accès aux soins, à l’éducation, à la sécurité et à la protection contre la discrimination.
Dans sa plateforme électorale publiée le 27 août, l’organisme appelle donc les formations politiques à préciser leurs intentions sur ces enjeux et à prendre des engagements « clairs, concrets et durables » en faveur des femmes et des personnes de la diversité sexuelle et de genre.
L’organisme inscrit ses demandes dans un contexte qu’il juge préoccupant, évoquant notamment la multiplication des cyberviolences basées sur le genre, les attaques envers les communautés LGBTQ+, la remise en question du droit à l’avortement, les féminicides ainsi que la résurgence des discours antiféministes.
« Les femmes et les personnes LGBTQ+ ont peur pour leur futur et leurs droits », affirme Les 3 sex*, qui estime que les partis sollicitant la confiance de l’électorat ont également la responsabilité de se prononcer sur leur protection.
Avortement, contraception et santé reproductive
Trois des neuf revendications concernent directement la santé sexuelle et reproductive.
Les 3 sex* réclame d’abord que le prochain gouvernement garantisse un accès universel et équitable à l’avortement partout au Québec, sans égard au lieu de résidence, à la situation socioéconomique, au statut migratoire, à la couverture médicale, à l’identité de genre ou à l’orientation sexuelle.
L’organisme souhaite également la création d’un programme universel assurant la gratuité de l’ensemble des méthodes contraceptives approuvées et disponibles au Québec, y compris la contraception d’urgence.
Il demande enfin une amélioration des soins et des services liés à la santé menstruelle, notamment par une meilleure éducation, un meilleur accès aux ressources et une réduction des délais de diagnostic pour les personnes vivant avec des douleurs menstruelles, l’endométriose ou un syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP).
Pour l’organisme, les questions de santé reproductive doivent par ailleurs être abordées en tenant compte des réalités des personnes trans et non binaires. Cette préoccupation se retrouve déjà dans ses activités : son programme de santé sexuelle et reproductive englobe notamment la contraception, l’avortement, la fertilité, les menstruations et les soins d’affirmation de genre.
S’attaquer aux cyberviolences et aux discours masculinistes
Un deuxième volet de la plateforme porte sur les violences à caractère sexuel et celles basées sur le genre, particulièrement dans l’univers numérique. Les 3 sex* réclame l’adoption d’une véritable politique québécoise de lutte contre les cyberviolences à caractère sexuel et basées sur le genre, accompagnée d’un plan d’action gouvernemental interministériel. L’organisme souhaite que l’expertise du milieu communautaire soit directement mise à contribution dans son élaboration.
Il demande également un financement accru et récurrent pour prévenir la propagation des idéologies antiféministes et masculinistes. Parmi les moyens proposés figurent des programmes de littératie numérique, la sensibilisation à la désinformation et aux discours misogynes ainsi que la formation du personnel scolaire et des intervenant·es jeunesse.
Cette question n’est pas nouvelle pour Les 3 sex*. L’organisme mène déjà des projets consacrés aux cyberviolences, dont Cyberhéros, qui vise notamment les garçons de 14 à 17 ans susceptibles d’être influencés par les discours provenant de la manosphère.
Sa plateforme demande aussi le développement de ressources de justice réparatrice adaptées aux situations de violence conjugale. Ces démarches devraient, selon l’organisme, demeurer volontaires, sécuritaires et centrées sur les besoins des personnes victimes, tout en favorisant la responsabilisation et l’accompagnement des personnes ayant commis des violences.
Une éducation sexuelle inclusive tout au long du parcours scolaire
L’éducation à la sexualité constitue un autre élément central des revendications. Les 3 sex* demande au prochain gouvernement de garantir une éducation sexuelle universelle, obligatoire, inclusive et fondée sur les données probantes pendant l’ensemble du parcours scolaire.
L’enjeu revêt une importance particulière pour les jeunes LGBTQ+, dont les réalités peuvent demeurer peu représentées lorsque l’éducation sexuelle repose essentiellement sur des modèles cisgenres et hétérosexuels.
Pour Les 3 sex*, une éducation sexuelle complète doit dépasser la seule prévention des infections transmissibles sexuellement ou des grossesses. L’organisme inscrit notamment dans sa mission la promotion de relations égalitaires, la lutte contre les stéréotypes et les préjugés ainsi que l’accès à une information récente, accessible, fiable et de qualité sur la sexualité.
Décriminaliser complètement le travail du sexe
Les 3 sex* prend également position sur un dossier relevant en grande partie du gouvernement fédéral : le travail du sexe. L’organisme demande au prochain gouvernement québécois de reconnaître publiquement que la décriminalisation complète du travail du sexe constitue, selon lui, une mesure essentielle à la protection des droits, de la santé et de la sécurité des travailleuses et travailleurs du sexe.
Québec devrait également, selon cette revendication, faire pression sur Ottawa afin que le cadre législatif canadien soit réformé. Les 3 sex* défend déjà publiquement cette approche et offre notamment une formation consacrée à la décriminalisation du travail du sexe et aux différents modèles juridiques qui l’encadrent.
Soutenir davantage les organismes spécialisés
Enfin, l’organisme réclame un financement accru des groupes possédant une expertise sexologique dans des domaines comme la jeunesse, la diversité sexuelle et de genre ou le travail du sexe. L’objectif serait notamment de maintenir et de développer des lieux physiques, des lignes d’écoute, des espaces numériques et d’autres services accessibles et sécuritaires pour les populations concernées.
Fondé en 2016, Les 3 sex* est un organisme de bienfaisance qui œuvre à la défense des droits sexuels et de la santé sexuelle des femmes et des personnes de la diversité sexuelle et de genre. Ses activités se déploient aujourd’hui autour de trois grands axes : la santé sexuelle et reproductive, les (cyber)violences à caractère sexuel et basées sur le genre ainsi que la vie relationnelle, affective et sexuelle.
À travers cette plateforme, l’organisme souhaite surtout que ces questions trouvent leur place dans la campagne électorale québécoise. Car derrière les débats sur la santé, l’éducation et les services sociaux se joue, rappelle-t-il, quelque chose de plus fondamental : la possibilité pour chaque personne d’exercer librement ses droits sexuels et reproductifs.

