Donald Trump ne cache plus le calcul électoral derrière ses attaques contre les personnes trans. Devant des militants républicains réunis à Dallas, le président américain a expliqué qu’il préférait généralement attendre la dernière semaine d’une campagne avant de parler des athlètes trans, jugeant le sujet particulièrement efficace pour mobiliser les électeurs. À l’approche des élections de mi-mandat, ses propos offrent un rare aperçu de la stratégie politique derrière une offensive qui, depuis son retour à la Maison-Blanche, s’est traduite par une série de mesures visant directement les personnes transgenres.
Donald Trump s’exprimait le 9 septembre à Dallas, à l’occasion de la première convention nationale du Parti républicain consacrée aux élections de mi-mandat. Devant ses partisans, il est revenu sur l’un de ses thèmes de prédilection : la participation des femmes et des filles trans aux compétitions sportives féminines.
Le président a affirmé, sans présenter de données pour étayer ses propos, que l’opposition à la participation des athlètes trans dans les catégories correspondant à leur identité de genre serait un enjeu faisant pratiquement l’unanimité aux États-Unis — « 99 contre un », selon lui.
Mais plus que cette affirmation, c’est la façon dont Trump a décrit l’utilisation politique du sujet qui retient l’attention.
« Je n’aime pas beaucoup le faire longtemps avant l’élection, a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par The Advocate. J’aime attendre environ une semaine avant l’élection. »
Pourquoi alors soulever la question plusieurs semaines avant le scrutin? Trump a expliqué craindre que les démocrates ne modifient leur position d’ici là.
« Ça nous ferait vraiment mal », a-t-il lancé, avant de présenter l’enjeu des personnes trans dans le sport comme « l’un de nos meilleurs slogans de tous les temps ».
Autrement dit, le président américain ne décrivait pas seulement une conviction politique. Il expliquait à ses partisans comment et à quel moment il estime avantageux d’exploiter cet enjeu pendant une campagne électorale.
Les personnes trans au cœur d’une stratégie politique
La déclaration est particulièrement révélatrice parce que les personnes transgenres occupent depuis plusieurs années une place disproportionnée dans la rhétorique électorale républicaine, alors qu’elles ne représentent qu’une petite fraction de la population américaine.
Lors des dernières campagnes, les athlètes trans, les soins d’affirmation de genre et les politiques scolaires concernant l’identité de genre ont été transformés en enjeux politiques nationaux. Des millions de dollars ont notamment été consacrés à des publicités électorales centrées sur ces questions.
Les propos de Dallas viennent ainsi confirmer, dans les mots mêmes de Trump, la valeur qu’il attribue politiquement à ces sujets : ils constituent pour lui un moyen de mobiliser l’électorat, particulièrement à l’approche immédiate d’un scrutin.
Mais depuis son retour à la Maison-Blanche, cette stratégie ne relève plus uniquement des slogans de campagne.
Son administration a ordonné aux agences fédérales de ne reconnaître que deux sexes, entrepris d’exclure les personnes trans des forces armées et cherché à empêcher les filles et les femmes trans de participer aux compétitions sportives féminines dans les établissements scolaires.
Le gouvernement fédéral a également exercé des pressions sur des établissements et des autorités locales concernant les soins d’affirmation de genre et remis en question différentes protections accordées jusque-là aux personnes LGBTQ+.
Pour les communautés trans, les conséquences d’une stratégie électorale fondée sur leur identité dépassent donc largement les discours prononcés devant des militants républicains : une fois au pouvoir, plusieurs de ces promesses ont été transformées en politiques gouvernementales.
Mobiliser sans être sur le bulletin de vote
La préoccupation immédiate de Trump demeure toutefois les élections de mi-mandat, au cours desquelles son propre nom ne figurera pas sur le bulletin.
À Dallas, il a demandé aux électeurs de se comporter comme si c’était pourtant le cas : « Faites comme si j’étais sur le bulletin », leur a-t-il lancé.
Quelques jours auparavant, le 30 août, lors d’un entretien avec l’ancien représentant républicain Trey Gowdy, aujourd’hui animateur à Fox News, Trump avait reconnu que son parti avait parfois davantage de difficulté à mobiliser ses partisans lorsqu’il n’était pas lui-même candidat.
Il avait alors soutenu que les républicains obtenaient de meilleurs résultats lorsque son nom figurait directement sur le bulletin et prévenu que les électeurs devaient s’attendre à des « choses folles » si les démocrates parvenaient à gagner du terrain au Congrès.
Les élections de mi-mandat seront cruciales pour la deuxième moitié de son mandat : une progression démocrate à la Chambre des représentants ou au Sénat pourrait compliquer considérablement la capacité de son administration à faire avancer son programme.
Dans ce contexte, Trump cherche les thèmes susceptibles de reproduire la mobilisation de son électorat lorsqu’il est lui-même candidat.
Et ses déclarations de Dallas indiquent clairement que les personnes transgenres font partie de ce calcul.
Attendre le bon moment pour frapper
L’aspect le plus troublant de ses propos réside peut-être moins dans le choix du sujet que dans la précision avec laquelle Trump en décrit le calendrier.
Attendre « environ une semaine avant l’élection » signifie introduire l’enjeu au moment où l’attention des électeurs est maximale et où les adversaires disposent de peu de temps pour modifier le débat ou répondre à l’offensive.
Cette fois, le président a choisi d’en parler plus tôt parce qu’il dit craindre que les démocrates adaptent leur position et privent ainsi les républicains d’un argument qu’il juge particulièrement efficace.
Rarement le mécanisme aura été formulé aussi clairement.
Alors que son administration poursuit une offensive politique et juridique touchant directement la vie des personnes transgenres, Donald Trump vient lui-même de rappeler que, dans son arsenal électoral, les enjeux trans ne constituent pas seulement une question idéologique.
Ils sont aussi, selon ses propres mots, un argument de campagne — et un argument dont il calcule soigneusement le moment d’utilisation.

