Mardi, 15 septembre 2026
• • •
    Publicité

    Élections 2026 : le Village interpelle ses candidat·e·s durant le débat de l’ACVM dans Sainte-Marie–Saint-Jacques

    Logement, itinérance, consommation de drogues, santé mentale et sentiment de sécurité : les enjeux qui secouent le Village se sont retrouvés au cœur d’un débat électoral organisé par l’Association citoyenne du Village de Montréal. Devant une salle comble au Théâtre La Comédie de Montréal, les candidat·e·s de Sainte-Marie–Saint-Jacques ont exposé leurs solutions pour une circonscription où les défis sociaux se vivent souvent de façon particulièrement visible. Retour sur ce débat qui a eu lieu le 9 septembre.

    La soirée avait évidemment une importance particulière dans cette circonscription longtemps représentée par Manon Massé. Sa succession s’annonce d’ailleurs comme l’une des courses montréalaises à surveiller lors du scrutin du 5 octobre.

    Pour Québec solidaire, Roxane Milot tente de conserver ce château fort laissé vacant par le départ de Manon Massé. Face à elle, Philippe Schnobb, ancien journaliste de Radio-Canada, porte les couleurs du Parti québécois, tandis que l’ancienne conseillère municipale Justine McIntyre représente le Parti libéral du Québec. Lina Zdruli, du Parti vert du Québec, Adrien Welsh, du Parti communiste du Québec, et Linda Sullivan, du Parti marxiste-léniniste du Québec, participaient également au débat.

    Deux absences ont toutefois été remarquées : celles d’Eli Zytoon, candidat de la Coalition avenir Québec, et d’Antoine Corminboeuf, du Parti conservateur du Québec.

    Le logement au premier rang des préoccupations

    Sans surprise, le logement et l’itinérance ont occupé une bonne partie des échanges. Dans le Village et les quartiers environnants, où la hausse des loyers, les évictions et la présence grandissante de personnes en situation d’itinérance alimentent les inquiétudes, les candidat·e·s ont proposé des approches parfois très différentes.

    « Le logement est un droit, pas une marchandise », a lancé Roxane Milot. La candidate solidaire a rappelé les engagements de son parti, notamment le plafonnement des loyers et la création de 50 000 logements hors marché.

    Se présentant dans la continuité du travail de Manon Massé, l’ancienne négociatrice internationale pour le Canada a raconté avoir développé au fil de son parcours une « allergie à l’injustice ». Elle souhaite notamment donner davantage de moyens aux organismes communautaires, qu’elle considère comme les mieux placés pour intervenir auprès des personnes en situation d’itinérance et les accompagner vers un logement stable.

    Roxane Milot propose également la création d’un poste de « superministre » responsable de l’itinérance et relevant directement du premier ministre.

    De son côté, Philippe Schnobb a promis de relancer la construction de logements sociaux, de mettre en place un registre des baux et de s’opposer aux évictions, notamment celles des personnes aînées.

    La libérale Justine McIntyre a rappelé l’engagement de son parti d’investir 60 millions de dollars pour lutter contre l’itinérance. Le PLQ souhaite également atteindre la construction de 100 000 logements par année, dont 40 000 hors marché. Pour accélérer le mouvement, elle propose notamment de réduire les délais d’octroi des permis et de recourir davantage à la construction préfabriquée.

    Lina Zdruli a choisi une façon plutôt originale d’aborder l’itinérance. « Je vais vous parler beaucoup de mon chien ce soir. Elle s’appelle Brigitte, Brigitte Bardog », a-t-elle lancé, provoquant les rires dans la salle. Derrière la boutade, la candidate verte a insisté sur la nécessité de remettre l’humain au centre des interventions. Pour cette ancienne de la Banque mondiale et de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, la réponse à l’itinérance passe avant tout par des services intégrés et adaptés aux réalités particulières des personnes concernées.

    Plus radical dans son approche, Adrien Welsh, du Parti communiste, a plaidé pour une rupture avec le modèle actuel, affirmant que la richesse du Québec était désormais concentrée entre les mains de quelques familles milliardaires. Il a notamment dénoncé l’insuffisance de la construction de logements sociaux publics depuis les années 1990.

    Linda Sullivan, du Parti marxiste-léniniste, propose quant à elle de réquisitionner des chambres d’hôtel afin de loger rapidement les personnes qui vivent dans la rue.

    Drogues et santé mentale : des réalités incontournables dans le Village

    La consommation de drogues et les problèmes de santé mentale ont également occupé une place importante dans les échanges. Difficile d’éviter le sujet dans un secteur où la présence de seringues abandonnées, les épisodes de détresse psychologique dans l’espace public et les tensions entourant les ressources en réduction des méfaits font régulièrement les manchettes.

    Linda Sullivan a dénoncé la loi 103 encadrant les sites de consommation supervisée. Elle estime que davantage de responsabilités et de moyens devraient être confiés aux organismes communautaires déjà implantés dans le secteur, notamment Spectre de rue et CACTUS Montréal.

    Lina Zdruli a elle aussi insisté sur l’importance d’interventions spécialisées et intégrées. Une personne qui perd son emploi, son logement ou un proche ne traverse pas nécessairement les mêmes difficultés et ne devrait donc pas recevoir automatiquement le même type d’accompagnement, a-t-elle fait valoir.

    Adrien Welsh souhaite pour sa part réinvestir massivement dans les CLSC et rendre les services de santé mentale entièrement couverts par la RAMQ, tout comme les soins dentaires et oculaires.

    Justine McIntyre estime qu’aucune avenue ne devrait être écartée. La candidate libérale propose notamment la tenue d’un sommet sur la question afin d’examiner les différentes approches et de s’inspirer des expériences menées ailleurs au Canada.

    Comment retrouver un sentiment de sécurité?

    La dernière grande question de la soirée touchait directement une préoccupation exprimée depuis plusieurs années par des résident·e·s et des commerçant·e·s du Village : le sentiment de sécurité dans l’espace public.

    À la question de savoir ce qu’il ferait pour redonner aux résident·e·s un sentiment de sécurité, Philippe Schnobb a dit vouloir « s’engager sur du long terme ». Le candidat péquiste a également insisté sur la nécessité de mesurer cette insécurité afin de mieux comprendre le phénomène et d’y apporter des réponses adaptées.

    Linda Sullivan lie directement la sécurité aux conditions socioéconomiques. Selon elle, un revenu minimal garanti, l’accès aux soins de santé et à une alimentation abordable contribueraient davantage à améliorer la situation que des mesures strictement répressives. Elle souhaite également s’appuyer sur l’expertise des organismes communautaires.

    Lina Zdruli a évoqué des interventions urbanistiques relativement simples ayant fait leurs preuves ailleurs : améliorer l’éclairage de certaines rues, aménager les espaces négligés et réhabiliter les terrains vacants, encore nombreux dans le secteur.

    Justine McIntyre a pour sa part plaidé pour une meilleure coordination entre les différents ordres de gouvernement.

    « Ça va prendre un alignement entre la ville, le provincial et le fédéral », a-t-elle souligné, rappelant l’importance d’espaces publics accueillants où les gens peuvent circuler et se retrouver en sécurité.

    Roxane Milot a également reconnu les inquiétudes exprimées par les résident·e·s. La candidate de Québec solidaire mise notamment sur un réinvestissement dans les organismes communautaires, mais souhaite aussi s’attaquer à ce qu’elle considère comme une autre forme d’insécurité : la montée des discours haineux. Elle propose ainsi de « travailler contre certains discours politiques qui encouragent les discours haineux ».

    Dans une circonscription qui englobe une bonne partie du Village, cette question prend une dimension particulière. La sécurité ne concerne pas uniquement la cohabitation dans l’espace public : elle touche également la capacité des personnes LGBTQ+ à vivre, circuler et s’afficher sans craindre l’intimidation ou la violence.

    À quelques semaines du scrutin, le débat aura surtout montré une chose : dans Sainte-Marie–Saint-Jacques, les questions de logement, d’itinérance, de santé mentale, de consommation et de sécurité sont désormais indissociables de l’avenir du Village — et les électeur·rice·s attendent des réponses qui dépassent les promesses de campagne.

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Actualités

    Les plus consultés cette semaine

    Publicité