La 14e édition de Fière la fête s’est conclue dimanche dans les rues de Sherbrooke avec la Marche des diversités. Un rendez-vous festif et rassembleur, mais qui a aussi pris cette année une tonalité plus grave, alors que les communautés LGBTQ+ font face à une recrudescence des discours hostiles et que leurs droits sont de nouveau au cœur de débats politiques.
Drapeaux arc-en-ciel, pancartes et tenues colorées ont accompagné les marcheur·euses dans les rues de Sherbrooke, dimanche, pour la traditionnelle Marche des diversités, point culminant de la 14e édition de Fière la fête.
Depuis 2013, l’événement rassemble les communautés LGBTQ+ de l’Estrie, leurs proches et leurs allié·es autour d’une programmation à la fois festive, familiale et éducative. Une présence qui prend une importance particulière en région, où les ressources et les espaces permettant aux personnes de la diversité sexuelle et de genre de se retrouver demeurent parfois moins nombreux que dans les grands centres.
Cette année, la marche était menée par Velma Jones, présidente d’honneur de Fière la fête 2026. Bien connue du public québécois et canadien, notamment depuis son passage à Canada’s Drag Race, l’artiste drag montréalaise avait choisi de placer sa participation sous le signe de la joie et de la célébration.
Mais célébrer ne signifie pas fermer les yeux sur ce qui se passe autour de nous.
Au parc James-S.-Mitchell, la marche s’est interrompue le temps d’une minute de silence en mémoire des personnes LGBTQ+ victimes de crimes haineux, au Québec et ailleurs dans le monde. Un moment de recueillement qui contrastait avec l’atmosphère festive du reste du parcours et rappelait pourquoi les marches de la Fierté conservent, au-delà de la fête, leur dimension politique et revendicatrice.
« C’est effrayant de voir qu’on recule sur ces combats-là qu’on pensait déjà qu’ils avançaient bien », a souligné Velma Jones. « On a besoin de nos alliés. Il faut absolument supporter les ressources LGBTQ+ partout, surtout dans les écoles, puis évidemment dans les régions ».
Le constat trouve un écho particulier en Estrie. L’an dernier, Interligne faisait état d’une augmentation de la violence et des propos haineux visant les communautés LGBTQ+ dans la région. Pour Velma Jones, la réponse passe notamment par une présence accrue auprès des jeunes et par le maintien de ressources accessibles hors des grands centres.
Une marche en pleine campagne électorale
La 14e édition de Fière la fête survient également dans un contexte particulier : le Québec est en pleine campagne électorale. À quelques semaines du scrutin, les enjeux touchant les personnes LGBTQ+, et particulièrement les personnes trans et non binaires, se retrouvent une fois de plus dans le débat public.
Velma Jones souhaite que les partis politiques ne réduisent pas ces questions à des arguments électoraux ou à des données abstraites. « Derrière les statistiques, il y a des familles, des êtres humains, des jeunes qui veulent juste vivre et être qui ils sont », rappelle-t-elle.
Un message qui résume assez bien l’esprit de cette Marche des diversités : occuper l’espace public pour être visible, célébrer les avancées réalisées, mais aussi rappeler que celles-ci ne sont jamais définitivement acquises.
Durant plusieurs jours, Fière la fête aura ainsi fait vivre la diversité sexuelle et de genre à Sherbrooke à travers différentes activités, dont une clinique de dépistage des ITSS et la soirée littéraire L’heure des queers.
Et dimanche, après les rencontres, les discussions et les célébrations, il restait le geste le plus simple et peut-être le plus symbolique : marcher ensemble, dans les rues de Sherbrooke, pour montrer que les communautés LGBTQ+ de l’Estrie sont là — et qu’elles entendent bien continuer de l’être.

