Financement des organismes, lutte contre la haine, itinérance, santé, familles, immigration, éducation : à quelques semaines du scrutin du 5 octobre, le Conseil québécois LGBT interpelle les partis politiques avec une série de 11 revendications. Dans un contexte où les droits des personnes LGBTQ+ sont de nouveau contestés et où les organismes communautaires peinent à répondre à des besoins grandissants, le Conseil estime que le prochain gouvernement ne pourra se contenter du statu quo.
« Nos droits, notre sécurité et notre dignité exigent des engagements clairs », affirme le Conseil québécois LGBT (CQ-LGBT), qui regroupe plus de 85 organismes membres à travers la province. L’organisation ne cache pas son inquiétude devant le climat actuel. « La haine gagne du terrain. Les réalités LGBTQ+ sont instrumentalisées. Des droits que nous pensions acquis sont à nouveau remis en question », peut-on lire dans son intervention en pleine campagne électorale. À cela s’ajoute une pression croissante sur les organismes communautaires LGBTQ+, qui doivent répondre à des besoins de plus en plus importants sans nécessairement disposer des ressources financières et humaines suffisantes. Le message adressé aux formations politiques est donc sans ambiguïté : « Face à ces reculs, le statu quo n’est pas une option. Le prochain gouvernement devra agir. »
Des organismes qui demandent de sortir de la précarité
La première revendication concerne justement le financement du milieu communautaire LGBTQ+. Le Conseil demande au prochain gouvernement d’assurer un financement « stable, adéquat et adapté aux réalités » des organismes. Une attention particulière devrait être accordée aux groupes établis en région, aux organismes émergents, à ceux qui travaillent en défense des droits ainsi qu’à ceux qui desservent des populations ayant des besoins spécifiques. Mais le CQ-LGBT demande également au gouvernement de reconnaître davantage l’expertise développée sur le terrain. Il souhaite que les organismes soient impliqués dans l’élaboration des politiques publiques qui concernent leurs communautés et dans la formation du personnel de l’État.
Familles LGBTQ+ : reconnaître la pluriparentalité
Sur le plan des droits, le Conseil remet à l’avant-plan la question de la pluriparentalité, soit la reconnaissance légale de familles dans lesquelles un enfant peut avoir plus de deux parents. Le CQ-LGBT demande au Québec de reconnaître légalement et administrativement ces familles, comme cela se fait déjà ailleurs au Canada, et d’adapter les services publics et les pratiques juridiques à la diversité des configurations familiales. Il réclame également une meilleure sensibilisation des personnes qui travaillent dans le système judiciaire aux réalités et aux droits des parents trans et non binaires.
Profilage, prisons et personnes trans
La protection des personnes LGBTQ+ les plus marginalisées occupe une place importante dans les revendications. Le Conseil demande au gouvernement de reconnaître et de combattre le profilage social et racial et de soutenir davantage les interventions communautaires non armées. Il réclame également des changements dans les établissements carcéraux afin que les conditions de détention respectent les droits, la dignité et l’identité de genre des personnes trans et non binaires.
S’attaquer à la haine, notamment en ligne
Dans un contexte où les personnes LGBTQ+, et particulièrement les personnes trans et non binaires, font régulièrement l’objet de campagnes hostiles sur les réseaux sociaux, le Conseil souhaite que Québec se dote d’une véritable stratégie contre la haine en ligne et la violence numérique. Cette stratégie devrait s’accompagner de mesures concrètes et financées, élaborées en collaboration avec les organismes directement concernés. Pour le CQ-LGBT, il ne suffit donc plus de dénoncer ponctuellement les manifestations de haine : il faut se donner les moyens de les prévenir et d’y répondre.
L’itinérance LGBTQ+ doit être reconnue dans ses particularités
Le Conseil demande également des mesures spécifiques pour prévenir et réduire l’itinérance chez les personnes LGBTQ+, particulièrement chez les jeunes et les personnes trans et non binaires. Les ressources d’hébergement ne sont pas toujours perçues comme sécuritaires ou adaptées par les personnes LGBTQ+. Le CQ-LGBT demande donc que leur personnel soit mieux formé et que les services spécialisés d’hébergement, d’accompagnement et de soutien au logement bénéficient d’un financement adéquat et pérenne. L’objectif : que les personnes LGBTQ+ en situation d’itinérance puissent accéder à des ressources où leur orientation sexuelle, leur identité ou leur expression de genre ne deviennent pas des obstacles supplémentaires.
Personnes migrantes et demandeuses d’asile : des services indépendamment du statut
Le statut migratoire ne devrait pas empêcher une personne LGBTQ+ d’obtenir les soins dont elle a besoin, soutient également le Conseil. Il demande que les personnes migrantes, réfugiées et demandeuses d’asile LGBTQ+ puissent accéder gratuitement et sans discrimination aux soins de santé et aux services sociaux, indépendamment de leur statut migratoire. Ces services devraient également être adaptés à leurs réalités particulières, alors que certaines de ces personnes ont précisément quitté leur pays en raison de persécutions liées à leur orientation sexuelle ou à leur identité de genre.
Santé LGBTQ+ : un accès équitable partout au Québec
L’accès aux soins constitue l’un des grands blocs de revendications du Conseil. L’organisme demande un accès universel, équitable et inclusif aux soins de santé et aux services sociaux partout au Québec, en tenant compte notamment des réalités des personnes aînées, des jeunes, des personnes trans et non binaires ainsi que des personnes en situation d’itinérance. Cela comprend les services en santé mentale et les soins d’affirmation de genre, qui devraient être dispensés par du personnel adéquatement formé. Le Conseil réclame aussi une couverture suffisante des soins, médicaments et services nécessaires aux différentes communautés LGBTQ+.
Lever les obstacles aux chirurgies d’affirmation de genre
Le CQ-LGBT formule une demande plus précise concernant les chirurgies d’affirmation de genre. Il souhaite une augmentation durable de leur financement public ainsi qu’une modification du Règlement d’application de la Loi sur l’assurance maladie afin de lever certains obstacles à leur couverture par la RAMQ. Plus précisément, l’organisme demande au prochain gouvernement de revoir l’article 22 t) du règlement, qui encadre certaines exclusions à la couverture publique.
Violences sexuelles et conjugales : des ressources réellement inclusives
Autre réalité parfois moins visible : celle des personnes LGBTQ+ victimes de violences sexuelles ou de violences dans leurs relations intimes et amoureuses. Le Conseil réclame des services de prévention, de soutien et d’hébergement accessibles partout au Québec et réellement adaptés à la diversité des victimes. Ces ressources devraient être inclusives et sécuritaires, mais également développées en collaboration avec les organismes LGBTQ+, afin que les personnes puissent obtenir de l’aide sans craindre l’incompréhension, les préjugés ou la discrimination.
L’école au cœur de la lutte contre les discriminations
Dans un contexte où les questions entourant l’identité de genre et l’éducation à la sexualité se retrouvent de plus en plus souvent au centre de controverses politiques, le CQ-LGBT demande au prochain gouvernement de maintenir une éducation à la sexualité « complète, rigoureuse et inclusive ». Les réalités LGBTQ+ devraient être intégrées au curriculum scolaire, tandis que le personnel des écoles devrait recevoir une formation lui permettant de mieux prévenir les discriminations et d’intervenir lorsqu’elles surviennent. Pour le Conseil, l’école constitue ainsi l’un des lieux essentiels où doit se mener la lutte contre la montée de la haine.
Des milieux de travail plus inclusifs
Enfin, le Conseil demande au gouvernement d’agir également dans le monde du travail. Il souhaite favoriser un accès équitable à l’emploi pour les personnes LGBTQ+, soutenir les employeurs et les syndicats dans l’adoption de pratiques inclusives et renforcer l’employabilité des personnes les plus marginalisées. Une attention particulière devrait être accordée aux personnes LGBTQ+ vivant en région, où les possibilités d’emploi et les ressources spécialisées peuvent être plus limitées.
Des réponses attendues avant le 5 octobre
En présentant ses revendications pendant la campagne électorale, le Conseil québécois LGBT cherche maintenant à obtenir des engagements précis des différentes formations politiques. Au-delà des avancées législatives réalisées au Québec au cours des dernières décennies, l’organisme rappelle ainsi que l’égalité juridique ne signifie pas nécessairement l’égalité dans la vie quotidienne — particulièrement lorsqu’il est question de logement, de santé, de violence, de pauvreté, d’immigration ou d’accès aux services en région.
Et le CQ-LGBT entend bien demander des comptes aux partis : « Des engagements sur lesquels nous attendons des réponses. Et surtout, des actions. »

