Mercredi, 26 août 2026
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    Kill Yourself Faggots, injure emblématique s’il en est

    « Kill Yourself Faggots » : c’est le message reçu par Rafaël Provost, de l’organisme Ensemble pour le respect de la diversité, le 10 août, soit le lendemain du défilé de Fierté Montréal. Ils et elles sont nombreux·ses aujourd’hui à tomber sur des messages aussi violents dès qu’ils ouvrent leurs réseaux sociaux. Faire le dos rond, attendre que cela passe ou réagir?

    La haine contre les personnes 2ELGBTQI+ ne cesse de déferler et de prendre de l’ampleur. Depuis quelques mois, les organismes de prévention et de sensibilisation ne cessent de la dénoncer.
    De nombreux·ses candidat·es, élu·es et membres de leurs équipes issu·es des communautés, ainsi que des responsables d’organismes, sont visé·es par des messages haineux. Comment réagir? Comment renverser la vapeur?

    Depuis plusieurs décennies, nous pensions être sur une pente ascendante quant à l’intégration de nos réalités dans la société. Chaque année apportait son lot de gains : décriminalisation, reconnaissance du mariage, de la parentalité entre conjoint·es de même sexe. Ces succès étaient célébrés lors des marches de la Fierté, qui rappelaient d’où nous venions et affirmaient que plus jamais nous ne serions des sous-citoyen·nes, que nos vies sortiraient désormais de l’ombre et de la honte. Avons-nous été trop optimistes?

    Avons-nous sous-estimé nos opposant·es qui, lassé·es de nous entendre et de nous voir profiter de cette liberté durement acquise, considèrent aujourd’hui que nous prenons trop de place, et ce, dans toutes les sphères de la société? Les discours conservateurs et réactionnaires qui gagnent du terrain ont toujours eu besoin de cibler une catégorie de la population comme étant porteuse de tous les maux dont souffrirait la société. La résurgence de gouvernements aux idéologies extrémistes et les propos de leurs leaders libèrent la parole, tandis que les réseaux sociaux, avec l’anonymat qu’ils permettent, sont devenus des porte-voix de la haine. La liberté d’expression, chère aux principes démocratiques, est devenue la liberté d’excrétion. Et les personnes 2ELGBTQI+ sont devenues des cibles faciles sur lesquelles déverser des injures en toute impunité, ou presque.

    Cette haine ne reste pas confinée aux écrans. Dans plusieurs pays, elle est alimentée par des gouvernements; ailleurs, elle se traduit par du harcèlement, des agressions et parfois des meurtres commis par des groupes radicalisés ou des individus convaincus d’accomplir une mission — divine? — en s’attaquant aux personnes de nos communautés. Des voix s’élèvent, les médias se font l’écho de ce recul, mais il n’existe toujours pas de réponse à la hauteur pour contrer ces discours et ces actes homophobes, transphobes et queerphobes. Au Québec, quelques organismes communautaires, dont le Conseil québécois LGBT et Ensemble pour le respect de la diversité, sonnent l’alarme. Michel Dorais et Radjoul Mouhamadou le font également dans la préface de l’ouvrage collectif  Mon Québec inclusif : 12 voix engagées. Mais ce sont encore trop souvent des voix individuelles qui s’indignent et racontent les injures et les menaces qu’elles reçoivent sur les réseaux sociaux.

    Ce qui surprend, rappelle Rafaël Provost, c’est que même l’appel au respect dérange aujourd’hui, tout comme l’impunité dont bénéficient les anti-2ELGBTQI+ qui menacent, harcèlent et lancent des appels à la haine. « Il faut qu’il y ait plus de voix au sein de nos communautés qui s’élèvent, des personnes qui ont peut-être milité par le passé, des plus jeunes aussi, parce que lorsqu’une personne de nos communautés est attaquée, ce sont toutes nos communautés qui le sont », déclare Rafaël Provost.
    Si l’on considère les intimidations auxquelles font face les candidat·es et les élu·es 2ELGBTQI+, on peut se demander pourquoi les gouvernements et les partis politiques ne s’engagent pas davantage. On sait qu’ils et elles nous aiment — nous sommes aussi des électeur·rices —, qu’ils et elles participent au défilé de la Fierté et font leur petit tour lors des journées communautaires. Ils et elles se disent préoccupé·es, comme nous toustes.

    Mais une fois qu’on a partagé nos inquiétudes, que fait-on? Les chef·fes de partis devraient publiquement et fermement reconnaître les défis auxquels nous devrons faire face dans les années à venir et, surtout, prendre les mesures qui s’imposent, entre autres par des campagnes de sensibilisation à l’échelle nationale. En juin dernier, le gouvernement Carney a rappelé les valeurs défendues au Canada et offert un soutien financier aux organismes 2ELGBTQI+ afin de renforcer la sécurité lors des événements de la Fierté à travers le pays. Un geste fort, certes. Mais devrons-nous, dans les prochaines années, défiler avec des gilets pare-balles et des casques, ou tenterons-nous plutôt de prévenir cette violence qui ne cesse de grandir?

    Pendant ce temps-là, dans nos communautés, nous jouons la division. On s’emporte sur des questions importantes, certes, qui doivent être discutées, parfois tranchées, mais qui nous éloignent de ce qui devrait nous réunir : la montée de la haine et de la violence envers les personnes queers, et ce, peu importe notre origine ethnique, notre religion ou notre nationalité. Pour nos opposant·es, il n’y a pas de bons gais ou de bonnes lesbiennes, ni de bon·nes trans, vendu·es ou non au capitalisme, complices ou non de gouvernements oppresseurs et néocolonialistes : il n’y a que des déviant·es, des anormaux·ales à abattre.

    Rappelons qu’il y a encore peu de temps, ni les partis politiques, ni les syndicats, et encore moins les religions et la police n’étaient à nos côtés lorsque nous sommes descendu·es pour les premières fois dans la rue. Aujourd’hui, beaucoup sont devenu·es des allié·es et n’ont plus aucune gêne à s’afficher comme tel·les. Ces soutiens, nous les devons notamment au travail de militant·es qui, à l’intérieur même de ces organisations, se sont tenu·es debout.

    Rappelons aussi que, contrairement à de nombreux autres groupes revendicateurs, nos combats n’ont jamais utilisé la violence, l’intimidation et la peur pour se faire entendre. Il est donc plus facile — et cela en dit long sur le degré de lâcheté de nos adversaires — de s’en prendre à nous. Aucun homme blanc cisgenre faisant le salut nazi ne risque de se faire tabasser ou tuer par des « folles » enragées. L’ouverture aux autres a toujours prévalu dans nos démarches de reconnaissance. Insultes et menaces sur les réseaux sociaux, agressions verbales et physiques dans l’espace public, arrestations de masse dans certains pays : devant cette accumulation, il est plus que temps d’un réveil collectif et solidaire. Parce qu’au-delà des dissensions qui traversent nos communautés, il serait peut-être bon de nous rappeler une évidence : pour celles et ceux qui nous haïssent, nous formons déjà un seul et même camp.

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