Mercredi, 26 août 2026
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    Ces médecins qui nous mettent en danger

    J’aurais dû me méfier. Quand ce médecin a dit que la génétique poussait les femmes et les hommes à choisir des programmes d’études différents, j’aurais dû savoir qu’il était déconnecté du réel. Mais j’ai ensuite constaté que son absence de connaissances et de nuances mettait en danger les membres des communautés LGBTQ+.

    Précision d’emblée : ce médecin n’est pas un vieillard qui refuse de suivre l’évolution du savoir, mais un jeune trentenaire. Nous nous sommes croisés autour d’un déjeuner dans une auberge. J’exprimais mon admiration pour une autre cliente, qui est l’une des rares femmes pilotes au Canada. Il a dit qu’il serait plus en confiance avec un homme aux commandes, parce que les hommes sont « génétiquement
    programmés pour être meilleurs dans les domaines exigeant une logique cartésienne, du sang-froid et des connaissances liées aux mathématiques et à l’ingénierie ».

    Je me suis insurgé. J’ai contextualisé la faible représentation des femmes dans plusieurs domaines en parlant du manque de modèles permettant aux filles de se projeter. Et j’ai rappelé la façon dont les humains sont socialisés, les attentes sociales envers les femmes, les qualités qu’on les encourage à développer et les métiers qui s’y rattachent. Il a répliqué que tout cela était faux, que les filles et les garçons ont une inclinaison naturelle vers certains jouets, certaines activités, certains intérêts, donc certains métiers. J’ai rétorqué que les enfants sont influencés TRÈS jeunes par la publicité, la télé, les vidéos qui défilent sous leurs yeux et les interactions sociales de leur entourage, qui témoignent toutes, à leur façon, de certaines dynamiques genrées.

    Ce jeune médecin n’avait jamais entendu ces arguments! Probablement parce qu’il est l’un de ces hommes cisgenres hétérosexuels blancs qui n’ont jamais eu besoin de réfléchir aux dynamiques de pouvoir qui les avantagent depuis la nuit des temps. Vous voyez le personnage? Maintenant, imaginez la conversation qui a suivi sur les dangers d’entretenir des préjugés aussi forts quand il est en présence de patient·es issu·es de communautés marginalisées. Étant donné que les personnes LGBTQ+ sont souvent confrontées à l’ignorance et à la queerphobie de certains médecins, j’ai fouillé la question. Je lui ai demandé s’il connaissait la PrEP. Il en avait vaguement entendu parler.

    J’ai raconté que plusieurs lesbiennes se faisaient conseiller par leurs médecins d’utiliser la contraception. Il a dit que la pilule était utile pour traiter différents problèmes hormonaux et gynécologiques. En effet, mais quand j’ai précisé que ces femmes n’étaient pas atteintes de ces problèmes et que leurs médecins suggéraient l’usage du condom, parce qu’ils étaient incapables d’adapter leurs propos à une clientèle lesbienne, il n’a pas su quoi répondre.
    Lorsque j’ai renchéri en disant que les communautés queers étaient confrontées à des problèmes de santé spécifiques, il m’a demandé de fournir des exemples. J’ai parlé du VIH (et de ses effets collatéraux), plus présent chez les gais. De la nécessité de faire un suivi de la santé prostatique d’une femme trans. De la maladresse de croire que les démangeaisons à l’entrejambe d’un homo sont un signe de VIH, alors qu’il peut s’agir de champignons causés par l’humidité. Du stress lié au quotidien des minorités et aux microagressions, qui peuvent mener à l’anxiété, à la dépression et aux idées suicidaires. Sans oublier la queerphobie de certains médecins, leur absence de vocabulaire pour parler de nos réalités ou leur manque de connaissances pour nous traiter, qui poussent plusieurs personnes LGBTQ+ à ne plus retourner consulter et à laisser leurs problèmes de santé empirer.

    Bouche bée, ce médecin exerçant dans le Centre-du-Québec a mentionné qu’il avait peu de patient·es issu·es des communautés queers et qu’il préférait se tenir à jour sur des enjeux touchant une plus grande partie de sa population. J’ai mentionné que nous représentions de 10 à 15 % de la population québécoise, alors qu’il croyait que nous étions moins de 5 %.

    Dans les faits, les personnes queers sont aussi nombreuses que les personnes diabétiques : selon le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, près d’une personne de 20 ans et plus sur dix vivait avec le diabète au Québec en 2012-2013. Sur une population de 9 millions de personnes, cela représente préss d’un million d’êtres humains! Imaginez si les médecins se désintéressaient de tous les diabétiques, qu’ils ne se formaient pas sur la question et qu’ils les laissaient souffrir.
    J’entends déjà certaines voix me dire que ce médecin travaille dans le Centre-du-Québec, une région où la représentation LGBTQ+ est plus faible qu’à Montréal, Québec ou Sherbrooke, qu’il a raison d’affirmer que les queers sont peu présent·es dans sa population et que son ignorance n’a aucun impact. Cette idée est insidieuse.

    Si on veut que les queers cessent de fuir leurs régions natales et leur système de soutien (famille, ami·es), il faut créer des environnements ouverts, inclusifs et bienveillants, ce qui inclut un corps médical informé et nuancé. Dit autrement, le jour où tous les médecins seront suffisamment formés durant leurs études pour composer avec les réalités de différentes communautés, il y aura de moins en moins de jeunes médecins qui semblent avoir été formés pendant l’ère de Maurice Duplessis.

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