• • •
    Publicité

    Se rencontrer

    Un roman construit autour d’une question en apparence simple : qu’est-ce qu’une rencontre laisse derrière elle? Au cœur d’une décennie, les années 90, qui annonce un nouveau millénaire, Julien Thèves dresse le portrait d’une génération qui entre alors dans l’âge adulte.

    D’entrée de jeu, l’auteur établit les frontières troubles d’une autofiction où le vrai et le faux se chevauchent allègrement : « Je ferais du vrai et du faux, je serais moi et je serais un autre, je voudrais que la vie revienne, je voudrais retenir le courant, m’accrocher aux gros rochers du fleuve en furie, le fleuve du temps, qui m’emporte… »

    La rencontre constitue le véritable fil conducteur du récit et signifie bien plus que simplement croiser le chemin d’un autre : c’est être déplacé, révélé, parfois blessé. Les personnages qui le traversent — Cédric, Esther, Alfred et Thomas — ne sont donc pas de simples figures de passage. Certains apparaissent fugitivement, d’autres laissent une trace profonde, mais tous participent à la construction d’une identité en constant changement. Paris occupe une place essentielle dans ce parcours, plus particulièrement les nuits du Marais et du milieu gai, à la fois promesses de liberté, espaces de désir et lieux d’expérimentation.

    Thèves montre aussi l’envers de ces lieux de fête : les bars, les clubs et les appartements deviennent autant des espaces d’émancipation que d’excès, de fragilité et de solitude, puisqu’on n’est jamais plus seul qu’au milieu d’une foule.

    L’auteur pose également sur l’intransigeance du passé un regard à la fois cynique et serein. Il évoque ainsi ce professeur qui, se rengorgeant de ses certitudes morales, condamne son copain Alfred en affirmant que « même les animaux ne faisaient pas ce qu’il faisait », soit se droguer, coucher avec des garçons et sortir en boîte toute la nuit. Trente ans plus tard, Thèves constate simplement : « La phrase reste. Trente ans après, elle est là, elle a désormais tout son poids de ridicule, comme si les années avaient fini par réduire à néant la formule vicieuse du prof, qui se voulait fracassante. »

    Le récit avance par fragments, souvenirs et retours en arrière, comme si la mémoire refusait la ligne droite. Cette construction peut parfois donner une impression de dispersion, mais elle correspond bien au projet : raconter une vie non comme une suite d’événements ordonnés, mais comme des instantanés qui remontent à la surface. La jeunesse y est évoquée avec intensité, non parce que l’auteur l’idéalise, mais parce que le recul des années lui permet de mieux mesurer ce qui a disparu : « Maintenant que nous ne sommes plus jeunes, nous sommes éclairés par l’intensité de la jeunesse. Celle des autres. »

    À travers ce récit, Julien Thèves décrit ainsi une identité en mouvement — ses hésitations, ses élans et ses blessures — tout en rappelant que chaque rencontre porte en elle le germe d’une transformation.

    INFOS | Se rencontrer / Julien Thèves. Rixheim : Éditions de l’Abstraction, 2026, 206 p.

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Livres

    Publicité